Rome: Le Vatican condamne un livre d’une religieuse américaine
Positions non catholiques en matière de sexualité
Rome, 4 juin 2012 (Apic) Dans une note publiée le 4 juin 2012, la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) met en garde les fidèles contre les ’thèses inacceptables’ en matière de sexualité contenues dans un livre de la religieuse américaine Margaret A. Farley.
Paru en 2006, l’ouvrage ’Just Love – A Framework for Christian Sexual Ethics’ a fait l’objet d’une intense correspondance entre la congrégation de sœur Margaret et le Vatican qui reproche à cette professeur d’éthique de défendre la masturbation, le ’mariage’ homosexuel ou encore le divorce.
Le dicastère reproche à la religieuse des ’Sisters of Mercy of the Americas’ de ne pas comprendre «correctement le rôle du Magistère de l’Eglise, comme enseignement autorisé des évêques en communion avec le successeur de Pierre». En particulier, est-il indiqué dans la note, «parmi les nombreuses erreurs et les ambiguïtés du livre, figurent les positions concernant la masturbation, les actes homosexuels, les unions homosexuelles, l’indissolubilité du mariage et le problème du divorce et du remariage».
Dans ce texte daté du 14 mars 2012 et approuvé deux jours plus tard par Benoît XVI, la CDF fait part de son «profond regret pour le fait qu’un membre d’un Institut de vie consacrée (…) affirme des positions en contradiction directe avec la doctrine catholique dans le domaine de la morale sexuelle». Le dicastère avertit les fidèles que le livre de sœur Margaret n’est pas conforme à la doctrine de l’Eglise et, par conséquent, ne peut servir d’expression valide de l’enseignement catholique, ni pour la direction spirituelle et la formation, ni pour le dialogue interreligieux.
Une série d’erreurs
Au rang des erreurs et des ambiguïtés de sœur Margaret Farley auxquelles s’oppose la CDF figure l’affirmation selon laquelle «la masturbation (…) ne pose généralement aucun problème de moralité». La religieuse ne s’oppose pas «au choix d’éprouver un plaisir sexuel auto-érotique» lorsque Rome y voit au contraire «un acte intrinsèquement et gravement désordonné».
La religieuse américaine juge en outre que «les relations et les actes homosexuels peuvent être justifiés» au même titre que «les relations et les actes hétérosexuels». A Rome, on rappelle que l’Eglise catholique fait la distinction entre les personnes présentant des tendances homosexuelles, qui «doivent être accueillies», et les actes homosexuels, qui sont «intrinsèquement désordonnés» et «contraires à la loi naturelle». Dans le même esprit, sœur Margaret Farley est favorable à une «reconnaissance sociale» et à un «statut légal» pour les unions homosexuelles «comparables aux unions entre hétérosexuels». La CDF réaffirme que la reconnaissance de ces unions et leur assimilation au mariage «signifierait non seulement approuver un comportement déviant, et par conséquent en faire un modèle dans la société actuelle, mais aussi masquer des valeurs fondamentales qui appartiennent au patrimoine commun de l’humanité».
Favorable à la dissolution du mariage, la religieuse américaine est, là encore, «en contradiction avec la doctrine catholique», rappelle la notification de la CDF. La religieuse soutient également que rien ne s’oppose à un «second mariage» alors que Rome réaffirme que l’enseignement catholique l’exclut et prive de l’accès aux sacrements ceux qui persistent dans cette voie s’ils ne sont pas «dans une continence complète».
Voici plusieurs années que la CDF n’avait pas ainsi publié de notification. La dernière en date concernait, début 2007, les ouvrages du jésuite espagnol Jon Sobrino. Originaire d’Espagne mais installé depuis 50 ans au Salvador, Jon Sobrino, l’une des dernières grandes figures latino-américaines de la théologie de la libération, avait refusé de se soumettre à la mise en garde de la congrégation sur le contenu de ses livres présentant Jésus davantage dans sa dimension humaine que divine.
Etroite surveillance
La publication de cette notification intervient dans un contexte où les religieuses américaines font l’objet de toute l’attention du Vatican. En particulier, la CDF surveille de près la ›Leadership conference of women religious’ (LCWR), la principale association de supérieures de congrégations religieuses aux Etats-Unis – dont font partie les ›Sisters of Mercy of the Americas’ – connue pour ses positions libérales dans les domaines ecclésial, éthique et social.
En avril dernier, après 3 années d’enquête, la CDF a annoncé son intention de lancer un vaste programme de réforme pour résoudre les «problèmes sérieux» posées par la LCWR. Réunie à Washington du 29 au 31 mai, la direction de la LCWR a fait part de ses inquiétudes concernant la manière dont la CDF avait élaboré son programme de réforme et le contenu de ce dernier, basé sur «des accusations peu solides».
Une réunion est prévue le 12 juin au Vatican entre la directrice de la LWCR, sœur Janet Mock, le préfet de la CDF, le cardinal William Joseph Levada, et l’archevêque de Seattle, Mgr Peter Sartain, chargé de mener à bien cette réforme, en collaboration avec la Conférence épiscopale américaine. Par la suite, la LWCR tiendra des réunions au niveau régional avant de se rassembler au mois d’août pour formuler sa réponse à Rome. (apic/imedia/cp/ami/mp)



