Tout le monde se souvient des foules rassemblées pour les XIIe Journées mondiales de la jeunesse en août à Paris. Mais au fond quels étaient ces jeunes ?

Pour analyser les XIIe Journées mondiales de la jeunesse à Paris et leurs retombées, l’Association des journalistes de l’information religieuse (AJIR) a invité la sociologue Danièle Hervieu-Léger, Mgr Jacques David, évêque d’Evreux et Philippe Da Costa, p

Danièle Hervieu-Léger : Une quinzaine de mes étudiants de l’Ecole des hautes-études en sciences sociales (EHESS) se sont portés volontaires pour faire avec moi une enquête sur le terrain. On peut constater que diverses couches de pèlerins se sont agrégées à partir de la cérémonie d’ouverture du Champ-de-Mars. Aux jeunes bien socialisés dans le catholicisme qui formaient le noyau dur se sont joints des jeunes qui se disaient: «Au fond, moi aussi je suis catholique». Grâce à l’événement, faire état de son identité avait cessé d’être marginal ou problématique. La troisième vague est composée de jeunes par forcément catholiques, mais touchés par la force du rassemblement: l’impact de la chaîne de fraternité a été par exemple considérable. La dernière vague, ce sont les lourds bataillons des adultes des paroisses, parisiennes essentiellement.

Quel était le centre de l’expérience des pèlerins?

D.H.L.: Dans leur grande majorité ils n’étaient pas là pour attester de leur foi, mais d’abord pour se retrouver entre jeunes du monde entier. Cette dimension planétaire comme moyen d’accès à l’universel, à l’instar de ce qui se fait à Taizé, est une dimension centrale de leur expérience.

Les observateurs ont été frappés par le pluralisme des sensibilités exprimées à cette occasion.

D.H.L.: Oui, absolument. Des courants très marqués, voire antinomiques du catholicisme, fonctionnaient dans la journée séparément, comme dans une sorte de «salon» du catholicisme. Mais tout le monde se retrouvait le soir autour d’une même logique du rassemblement, d’une dynamique de l’agrégation émotionnelle. D’une manière plus générale, on peut remarque que cette «sociabilité pèlerine» est très déconnectée des critères d’obéissance, de pratique régulière et d’attachement à un territoire qui marquent l’Eglise.

Philippe Da Costa : Ce qui est important ce sont les rencontres entre mouvements divers formant une Eglise plurielle, mais capables de monter des actions ensemble. A mes yeux, il ne faut pas en outre se focaliser uniquement sur les journées parisiennes. Ce qui s’est passé dans les diocèses la semaine précédente est capital avec une sensibilité très marquée pour le caractère international de la rencontre. Enfin, les jeunes ont eux-mêmes créé l’événement en dehors des temps structurés par l’organisation des JMJ, dans le métro par exemple.

Mgr David, quelle est votre lecture des JMJ sur le plan ecclésial ?

Mgr Jacques David : Il faudra du temps pour mesurer l’impact réel des JMJ. Mais elles représentent incontestablement une lame de fond. Je suis très frappé du fait que beaucoup de familles éloignées des réseaux d’Eglise se sont proposées pour accueillir les jeunes dans les diocèses. Les JMJ ont su mobiliser bien au-delà des seuls croyants. Le produit de la souscription spéciale et des dons est finalement presque trois fois supérieur à ce que nous envisagions !

L’échange entre les générations a bien fonctionné. Le Mouvement des chrétiens retraités n’est-il pas le premier à avoir été dans le coup? 4’000 volontaires ont accepté de se former pendant un an et chacun s’est entouré d’une équipe de 20 bénévoles. Quelle créativité ! Je dirais donc que les JMJ sont un signe de Dieu encourageant pour la capacité de notre Eglise à trouver des réponses adéquates aux défis et aux questions d’aujourd’hui.

Quelles seront les suites pastorales des JMJ dans les diocèses?

J.D.: Cette question sera abordée lors de notre prochaine assemblée plénière à Lourdes. Les réponses s’inscriront dans la dynamique de la «Lettre aux catholiques», inspirée du rapport de Mgr Dagens, et de notre assemblée du printemps 1996 consacrée aux jeunes.

Plus concrètement ?

J.D.: L’Eglise doit chercher une pastorale qui s’adapte à une certaine forme de mobilité et ne plus raisonner seulement en terme de rythme dominical. Nous devons aussi chercher autour de l’universel comme signe de la catholicité. Nous avons constaté en outre une formidable demande de formation. Les 50’000 places prévues pour les catéchèses francophones étaient largement insuffisantes ! La veillée baptismale a eu un succès énorme, l’idée du cardinal Lustiger était géniale. De nouvelles expériences se font aussi dans les diocèses autour de la confirmation. Nous devons travailler avec la diversité des mouvements, tout en amélioration la concertation de la pastorale des jeunes.

D.H.L : A propos de la veillée baptismale je voudrais relever que face à la figure du pèlerin, celle du converti est très importante aussi. La veillée de Longchamp correspond à cette nouvelle configuration.

J.D. : On rencontre beaucoup de personnes de 25-30 ans qui sont en recherche malgré leur manque de connaissances. Elles ont à la fois beaucoup de bonne volonté et peur d’être embrigadées. D’où un certain décalage entre cette demande et notre proposition ecclésiale qui elle s’ancre dans la fidélité à une communauté. Comment convertir cette attente en vie de l’Eglise? La réponse n’est pas simple.

On a dit que les jeunes ont été attirés par un vieillard qui affirme avec force ce qu’il croit…

D.H.L:. Jean Paul II est un homme très affaibli qui exprime sa conviction avec force alors que les jeunes sont habituellement confrontés à des «édredons». C’est évident qu’il y a là un élément important de leur mobilisation.

Du côté des jeunes quelle est la demande de l’après-JMJ ?

Ph.C.: Plus de 50 mouvements et services ont fait leur propre évaluation des Journées mondiales de la jeunesse, avec leur remarques et propositions. Il faut encore faire la lecture spirituelle et pastorale des JMJ.

La liturgie mise en ouvre pendant les JMJ ne doit-elle pas interpeller les pratiques habituelles ?

D.H.L.: La liturgie habituelle tend a expliquer le plus possible ce qui se vit. Celle des JMJ au contraire était très abstraite avec un signifiant très «flottant». Voilà qui interpelle. Au Champ-de-Mars, quand le Notre Père fut récité simultanément dans chaque langue, ce fut un moment de pure glossolalie, ou «parler en langues», inséré dans un cadre rituel contrôlé. L’idée que l’on doit se sentir bien dans une liturgie est récente. Elle est significative de la prise de conscience de l’individu dans nos sociétés modernes.

J.D.: Je regrette que la liturgie des grands moments des JMJ ait été un point «faible» en terme de participation des fidèles notamment. Plus globalement, je dirais qu’à part Taizé, nous ne savons pas bien nous y prendre . (apic/jcn/mp)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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