Lausanne : De refuge en refuge, les déboutés de l’asile s’inquiètent

Pour des cantons qui offrent le séjour aux persécutés

Lausanne, 29 octobre 2010 (Apic) Afin de dénoncer ce qu’ils appellent le mépris de la dignité humaine et des droits fondamentaux, les membres du «Collectif Droit de rester» assurent la permanence des refuges 24 heures sur 24 heures. Le 29 octobre, le refuge de la paroisse réformée de la Sallaz sera transféré à la paroisse catholique Saint-Joseph. Les changements de lieux successifs augmentent l’indignation des défenseurs des droits humains et la peur des requérants d’asile.

Le refuge obtenu à la paroisse réformée de la Sallaz, après de nombreuses tractations entre le «Collectif Droit de rester» et les Eglises catholique et réformée, ferme aujourd’hui ses portes. Dès la semaine prochaine, la grande salle paroissiale, où les déboutés de l’asile dormaient, mangeaient et passaient la journée, abritera l’accueil pour enfants en milieu scolaire (APEMS). S’il n’y avait pas eu d’autre refuge, aurait-ce été une raison suffisante de fermer les portes de la Sallaz aux sans abris? La question se pose d’autant plus que le nouveau refuge n’a été connu du collectif que jeudi. Le suspens a été long. Très long même.

Membre du Collectif, Simon Dubois est indigné par la situation de détresse dans laquelle vivent les requérants. Il estime que, faute de mieux, les enfants de l’APEMS auraient même pu partager le repas avec les demandeurs d’asile. Il ne considère donc pas l’APEMS comme une raison suffisante pour cesser d’accueillir les requérants. «Heureusement que nous avons une nouvelle adresse», dit-il soulagé.

Les nombreuses divergences entre le collectif et les représentants des Eglises expliquent l’occupation forcée de l’église de Saint-Jacques le 11 octobre dernier. « Plusieurs demandes directes à des pasteurs ont été favorables. Leur hiérarchie n’a cependant pas donné son feu vert», constate Simon Dubois. Il rappelle que c’est suite à des négociations musclées que les deux parties ont pu trouver un accord d’évacuation. Les requérants s’étaient alors rendu, il y a 3 semaines, au Point d’Appui, un Centre multiculturel des Eglises réformée et catholique. Le militant du collectif attend moins d’intransigeance de «la machine administrative» qui expulse de plus en plus de personnes. «Nous voulons des cantons qui offrent un droit de séjour aux personnes persécutées qui souhaitent non pas mourir mais vivre paisiblement chez nous», s’exclame le Vaudois, qui dénonce le mépris de la dignité humaine et des droits fondamentaux dans les expulsions.

Des refuges pas totalement sûrs

Dans tous les cas, les requérants vivent la peur au ventre. Dans la convention qui lie le «Collectif Droit de rester» et la paroisse réformée de la Sallaz, le refuge n’est pas soumis à l’inviolabilité policière. Un certain nombre d’obligations pour les occupants du refuge et leurs défenseurs ont été élaborées. Par exemple, ne pas opposer de résistance active si la police investit les locaux. Il ne doit pas y avoir de réaction violente envers les forces de l’ordre et toute manifestation aux abords de l’église est proscrite. «Des conditions qui devraient rester les mêmes au nouveau refuge», affirme-t-on au sein du collectif.

Sur place, les requérants fument et parlent de moins en moins. L’un d’eux affirme qu’il est malade depuis une semaine. «Je me sens moralement abattu et pense tout le temps au danger d’expulsion qui peut arriver à tout moment», explique ce Congolais qui n’imagine pas une seule seconde retourner au pays de Joseph Kabila, devenu la poubelle des droits humains selon ses propres termes.

Les Eglises n’ont jamais oublié les migrants

Au Point d’Appui, Centre multiculturel des Eglises réformée et catholique, Brigitte Zilocchi rassure. Après 15 ans de service auprès des migrants avec ou sans papiers, la diacre ne voit pas de malentendus sur la question des refuges entre les Eglises et les autres défenseurs du droit d’asile. Il y a eu certes des incompréhensions, mais c’est une situation normale lorsqu’il faut réagir aux décisions des autorités. Si, pour les Eglises, les requérants doivent avoir leurs dossiers de demande d’asile au refuge, pour le collectif, on ne doit rien exiger d’une personne dont le besoin primordial est d’être protégée. «C’est surtout pour vérifier si des recours juridiques en leur faveur peuvent servir à quelque chose», explique Brigitte Zilocchi appuyée par le réformé Jean Buttet, un bénévole fortement investi dans l’aide aux déboutés de l’asile.

Au Point d’appui, la diacre prend à peine sa pause. Son collègue Yannick Salomon, catholique, est en vacances. Les migrants viennent avec ou sans rendez-vous lui soumettre leurs problèmes. Tracasseries administratives, problèmes de santé ou difficultés d’ordre social. «Malgré l’immensité des problèmes que les migrants me soumettent, je garde la même flamme qu’au début de mon travail. Dans deux mois, je pars à la retraite et j’irai avec la conviction que les Eglises réformée et catholique n’ont jamais oublié les migrants», souligne Brigitte Zilocchi. Elle rappelle avoir elle-même fait l’expérience de ces difficiles parcours lors de son arrivée d’Allemagne, dans les années 60.

Dans la salle d’attente du Point d’Appui, une vingtaine de migrants jouent aux cartes, discutent sur divers sujets et avouent que le centre et les médiateurs leur sont utiles, ne fût-ce que pour leur écoute. «Selon la météo, l’affluence varie entre 10 et 50 personnes par jours». Le Point d’Appui est ouvert tous les jours de la semaine, mais fermé la nuit.

Des informations sur le collectif sont disponibles sur le site Internet: www.droit-de-rester.blogspot.com (apic/dng/amc)

29 octobre 2010 | 10:09
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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