Rome: Le cardinal Turkson défend la légitimité de la note publiée par Justice et Paix
Pour la création d’une l’Autorité publique mondiale
Rome, 11 novembre 2011 (Apic) Si la note publiée fin octobre 2011 par le Conseil pontifical Justice et Paix pour proposer la création d’une Autorité publique mondiale afin de remédier à la crise financière actuelle a reçu un accueil mitigé au sein même de la curie romaine, le cardinal Peter Turkson estime que son dicastère n’a fait que son devoir. Dans un entretien accordé à I.MEDIA le 11 novembre, le cardinal ghanéen se demande si on ne lui reproche pas d’avoir remis en cause le capitalisme libéral.
Le 24 octobre dernier, le Conseil pontifical Justice et Paix présentait à la presse une note visant à la «réforme du système financier international dans la perspective d’une Autorité publique de compétence universelle». Selon diverses sources, ce document aurait déclenché la colère du secrétaire d’Etat et du pape lui-même, jugeant tous deux que le dicastère du cardinal Turkson n’avait pas été chargé d’effectuer une telle étude, d’ailleurs présentée à la presse à la veille du sommet du G20 de Cannes. Le vaticaniste italien Sandro Magister soutient plus précisément que ce document a «déconcerté beaucoup de gens, au Vatican et ailleurs», «qu’il est en contradiction flagrante avec l’Encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI» et que, désormais, plus aucun écrit ne sera publié «sans contrôle préalable et autorisation de la secrétairerie d’Etat».
Diffuser la doctrine sociale de l’Eglise
«Pour une note comme celle-ci, et nous en publions depuis longtemps, sur l’environnement, sur le racisme, etc…, personne ne nous a jamais demandé si nous avions reçu ou non l’approbation du Vatican», se défend le cardinal Turkson.
Le haut prélat se demande si on ne lui reproche pas, au final, d’avoir «remis en cause le capitalisme libéral». A la question de savoir s’il a rejoint les «indignés» qui manifestent aujourd’hui face à la crise financière à travers le monde, le cardinal Turkson répond : «Moi, je ne suis pas descendu dans la rue, nous faisons simplement notre travail, nous avons le devoir de diffuser la doctrine sociale de l’Eglise et de promouvoir des études comme celle-ci».
«Le Saint-Père, lorsqu’il écrit des livres de théologie sur Jésus, ne signe pas en tant que pape mais comme Joseph Ratzinger. Il fait un travail de théologien qui peut être discuté par d’autres théologiens», explique encore le président du Conseil pontifical Justice et Paix. «De la même manière, poursuit-il, tout ce qui sort du dicastère n’est pas de l’ordre du dogme ou de la foi. Nous avons publié cette note pour permettre une discussion alors que s’ouvrait le G20 de Cannes, et pour faire face à la crise que nous traversons depuis longtemps».
Le pape pour la mise en place d’une Autorité politique mondiale
Interrogé sur les réactions à cette note, le cardinal Turkson affirme: «Il y a ceux qui nous applaudissent et qui nous disent: maintenant je suis fier d’appartenir à l’Eglise catholique. Il y a aussi ceux qui sont moins satisfaits et enfin ceux qui disent que nous avons trahi l’enseignement de Benoît XVI car il n’aurait jamais parlé d’une autorité politique». «Mais il faut lire le document du pape», demande le cardinal Turkson en ouvrant l’Encyclique Caritas in Veritate dans laquelle le pape affirme qu’il est «urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale».
«Si, à cause des réactions à ce document, le secrétaire d’Etat décide que nos études doivent désormais être relues, je n’aurais pas de problème», assure encore le cardinal Turkson qui affirme être au Vatican «pour servir le pape» et confie n’avoir «encore reçu aucune communication de ce type».
D’ores et déjà, le cardinal Turkson annonce la prochaine publication d’un document, issu d’un séminaire réalisé avec des chercheurs américains, à l’intention des entrepreneurs chrétiens. Le Conseil pontifical Justice et Paix publiera ainsi une série de principes de doctrine sociale sur le monde des affaires. Il espère aussi envoyer des membres de son dicastère au sommet des Nations unies sur le climat et le développement durable organisé à Durban, en Afrique du Sud, début décembre. (apic/imedia/ami/bb)



