Quelle architecture pour la paix en Europe ?

Pour les évêques de l’Union Européenne, la paix passe par une plus grande justice sociale

Bruxelles, 2 novembre 1997 (APIC) A la veille de la Toussaint, les évêques membres de la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE) ont consacré leur seconde session annuelle à Bruxelles à ce qu’ils considèrent comme un défi majeur pour l’avenir : «Pour les évêques de l’Union Européenne, la paix passe par une plus grande justice sociale»

Quatre mois après le sommet européen d’Amsterdam, la COMECE, réunie sous la présidence de Mgr Joseph Homeyer, évêque de Hildesheim (Allemagne), a d’abord procédé à une évaluation du traité d’Amsterdam. Son principal motif de satisfaction concerne les nouvelle compétences conférées au Parlement européen. «Les évêques applaudissent à ce renforcement de la démocratie et aux efforts pour rapprocher l’Europe des citoyens», a précisé Mgr Homeyer, le 31 octobre, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

La COMECE se réjouit aussi de voir qu’un accord sur la politique sociale a été annexé au Traité ainsi qu’un chapitre sur l’emploi. En revanche, les évêques déplorent le peu de progrès réalisés sur le plan des réformes institutionnelles. Or la remise en cause de la règle de l’unanimité dans les décisions pour une nouvelle règle de majorité qualifiée leur paraît un «prérequis à l’élargissement de l’Union Européenne».

Les enjeux de la paix

L’essentiel des travaux des évêques a porté sur l’édification de la paix dans un nouveau contexte international. Depuis la chute du mur de Berlin et l’écroulement de l’Union soviétique, le problème de la sécurité et de la stabilité du contient européen se pose en termes nouveaux. Bien que les risques de guerre aient quasiment disparu au sein des Etats démocratiques, les drames vécus par l’Albanie et la Bosnie, sans parler d’autres violences, indiquent aux évêques que plusieurs Etats ne sont pas encore en paix. La menace de conflits armés subsiste, sous forme de guerres civiles et d’actions terroristes.

«Plus qu’hier, la violence, et par conséquent la paix, revêt une dimension sociale», insiste Mgr Homeyer. «La sécurité n’est plus seulement une question de défense. Le trafic de drogue, l’action de groupes mafieux, la corruption dans le monde politique et le crime dans le monde économique, la violence des médias, les injustices qui semblent en augmentation sur le terrain social sont autant de menaces pour la sécurité.»

La COMECE n’évacue pas pour autant le problème posé par les conflits armés. Elle mise beaucoup, à ce propos, sur l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) et voudrait que l’Union Européenne collabore davantage avec l’OSCE. «Trop de belles promesses n’ont pas été tenues», affirme Mgr Homeyer, qui incrimine le «manque de volonté» des Quinze.

Quelle contribution l’Eglise catholique peut-elle, pour sa part, apporter à la construction de la paix ? D’abord rappeler que «la paix est d’abord un don à recevoir, à accueillir», souligne Mgr Homeyer. Ensuite proposer quelques repères d’ordre éthique. «Nous n’avons pas de recette miracle. Du moins pouvons-nous éclairer des points primordiaux. Et surtout plaider pour que les Etats dépassent les intérêts nationaux et pour que la Communauté européenne ne se replie pas sur elle-même : il s’agit de viser avant tout le bien de la collectivité mondiale !» Pour les évêques, c’est «un critère éthique majeur».

Des moyens concrets

Les évêques européens réunis à Bruxelles ont aussi envisagé quelques moyens concrets pour promouvoir la paix dans une Europe plus élargie et mieux intégrée. Par exemple, collaborer avec les décideurs pour développer des outils d’analyse préventive des conflits. Les évêques entendent bien interpeller les communautés chrétiennes locales sur leur rôle dans la prévention des conflits et dans la promotion de la paix.

Les pays ou les régions qui ont été déchirés par la violence ont plus que d’autres besoin, en phase de reconstruction, de services pour la paix. Les évêques, qui se réfèrent entre autres à l’expérience de l’Afrique du Sud, jugent notamment indispensable d’instaurer des Commissions pour la Justice et la Vérité, ainsi que des lieux et des outils de dialogue.

Parallèlement, la COMECE réclame un contrôle plus rigoureux des armements. Les évêques redisent en particulier leur désir d’une interdiction totale des mines antipersonnel.

En deçà des réalisations concrètes, la paix qui est oeuvre d’envergure et d’approfondissement intérieur, insistent encore les évêques, implique tout un travail de formation et d’éducation. Ici encore, la COMECE renvoie au rôle des communautés locales, des écoles et d’autres initiatives. (apic/cip/mp)

26 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!