Somalie : Les islamistes shebab interdisent l’aide du Programme alimentaire mondial

Pour permettre aux agriculteurs de vendre leurs produits

Mogadiscio, 4 mars 2010 (Apic) Les islamistes shebab de Somalie, qui luttent contre le gouvernement de transition somalien depuis janvier 2009, ont interdit la distribution d’aide du Programme alimentaire mondial (PAM). Pour le mouvement rebelle, cette aide empêche les agriculteurs locaux de vendre leurs produits, a rapporté l’agence France presse (AFP). Le PAM a confirmé ce blocage de l’aide alimentaire, précisant que ce sont plus de 366’000 personnes déplacées qui en profitaient.

Selon les shebab, des agriculteurs somaliens les ont saisis de plaintes pour leur dire «que la quantité d’aide alimentaire apportée par le PAM les empêchait de vendre leur propre production à un bon prix».

«Etant donné les problèmes causés par l’aide alimentaire distribuée par le Programme alimentaire mondial, le mouvement des shebab al mujahideen a interdit les activités de cette agence en Somalie de façon générale», a indiqué un communiqué du département de l’information du mouvement islamiste, qui se réclame d’El Qaïda.

Dans son communiqué, le mouvement a rappelé avoir donné l’occasion au PAM «d’opérer en Somalie, mais elle n’a pas rempli les conditions que nous avions avancées, aussi avons-nous totalement interdit» ses activités dans le pays, a indiqué à l’AFP, un haut responsable des shebab à Mogadiscio sous le couvert de l’anonymat, confirmant l’authenticité du communiqué.

La décision des shebab contre le PAM est l’aboutissement d’un long processus entre les deux parties. Depuis la fin de l’année dernière, le PAM a été victime de plusieurs attaques de combattants islamistes somaliens. Ces convois ont été, à maintes reprises, interceptés et l’aide apportée aux milliers de réfugiés dans les camps onusiens dérobée et vendue dans les marchés de Mogadiscio.

Travail du Pam quasi impossible dans le pays et menaces des rebelles

Selon le porte-parole du PAM, «les camions n’étaient plus autorisés depuis deux semaines à passer un poste de contrôle dans le corridor d’Afgooye, près de Mogadiscio, où se trouvent les plus importantes concentrations de personnes déplacées ».

La multiplication des attaques fondamentalistes musulmans contre le PAM avait contraint les responsables de l’organisation à suspendre leurs activités en janvier dernier, dans le sud du pays, en proie aussi à la violence d’autres factions rebelles.

Selon un document publié par le quotidien algérien, «La Tribune», dans l’ensemble de la Somalie, le PAM fournit une assistance alimentaire à près de deux millions de personnes. Mais il lui est devenu de plus en plus difficile de poursuivre normalement ses activités, surtout à Mogadiscio où les shebab contrôlent une grande partie de la capitale.

«Les gens sous contrat travaillant avec le PAM doivent s’abstenir de le faire, faute de quoi quiconque travaillant avec cette agence sera considéré comme servant ses intérêts», ont encore menacé les rebelles islamistes qui cherchent à renverser l’actuel président de transition, cheikh Ahmed Sharif, accusé d’être pro-occidental.

En novembre, les shebab avaient exigé des Organisations non gouvernementales et des agences de l’ONU en Somalie, que les humanitaires cessent «d’interférer avec la religion islamique», qu’ils licencient leur personnel féminin et qu’ils paient tous les six mois «une taxe» d’au moins 20’000 dollars (2’141 CHF). (apic/ibc/js)

4 mars 2010 | 14:50
par webmaster@kath.ch
Partagez!