«Pour que la bioéthique soit au service de l’humanité»
France: Le «bébé-médicament», une fausse piste selon les évêques de France
Paris, 9 février 2011 (Apic) Le «bébé-médicament» est une «fausse piste» selon plusieurs évêques de France, qui plaident «pour que la bioéthique soit au service de l’humanité», alors que l’Assemblée nationale a commencé mardi 8 février la discussion générale du projet de loi relatif à la bioéthique (*).
Un groupe d’évêques a réagi mardi à l’annonce de la naissance, le 26 janvier à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart, d’un bébé qui pourrait sauver, grâce à une greffe de cellules, un frère aîné atteint d’une maladie génétique grave. L’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, a mis en garde sur «La Chaîne Info» (LCI) contre les dangers d’une «instrumentalisation d’un être humain au service des autres». La bioéthique est en débat au Parlement et l’Eglise de France est, depuis plus de deux ans, dans le processus de dialogue sur ce sujet très sensible.
«Indigne de l’homme»
Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et président du Groupe de travail des évêques de France pour les questions bioéthiques, a publié mardi 8 février, avec les évêques de la Province de Rennes, un communiqué (**) dénonçant «la légalisation de l’utilisation de l’être humain le plus vulnérable pour guérir», qu’il estime «indigne de l’homme».
«Concevoir un enfant pour l’utiliser – même pour soigner – n’est pas respectueux de sa dignité. Que dira l’enfant quand il se découvrira ’bébé médicament’ ?», écrivent les évêques de Bretagne et Pays-de-Loire dans leur communiqué. Les 10 évêques de la Province ecclésiastique de Rennes, réunis à Angers, estiment que «vouloir guérir son frère en humanité est à l’honneur de l’homme. Tant de personnes y consacrent leur vie !» Ils soulignent également qu’accompagner la souffrance de parents qui ont un enfant gravement malade est un devoir de la société. «Nous comprenons leur détresse et leur espoir dans la médecine. En revanche, légaliser l’utilisation de l’être humain le plus vulnérable pour guérir est indigne de l’homme».
«Un tel utilitarisme est toujours une régression. Il est dangereux pour une société de ne pas respecter ’l’intérêt primordial’ de l’enfant stipulé par la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Nous encourageons la recherche afin qu’elle trouve de plus en plus les thérapies appropriées», peut-on lire dans le communiqué des évêques de Bretagne et Pays-de-Loire.
Le gouvernement se félicite de la naissance d’un «bébé du double espoir»
Le professeur René Frydman, chef du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital Antoine-Béclère, à Clamart, près de Paris, explique que la naissance d’Umut-Talha, «notre espoir» en turc, a été rendue possible grâce au diagnostic génétique pré-implantatoire (DPI). La ministre française de la Recherche, Valérie Pécresse s’est déclarée mardi très heureuse de la naissance en France – une première dans le pays – d’un «bébé du double espoir» ou «bébé médicament». Elle a félicité l’équipe du professeur René Frydman et relevé que les parents d’enfants atteints de maladies incurables, peuvent ainsi «non seulement faire un diagnostic préimplantatoire sur leurs embryons pour pouvoir, s’ils souhaitent avoir un nouvel enfant, avoir un enfant qui n’est pas porteur de la maladie».
Valérie Pécresse a encore relevé que la loi de bioéthique de 2004 autorise «que l’on puisse choisir parmi les embryons celui qui est, en plus, compatible avec l’enfant malade de façon à ce que le sang de son cordon ombilical puisse éventuellement servir de traitement».
Lundi, la chaîne de télévision France 3 Bretagne interrogeait sur ce sujet Mgr Pierre d’Ornellas. L’archevêque de Rennes était invité à donner rapidement la position de l’Eglise sur trois questions qui font débat dans les propositions d’évolution de cette loi:
Sur l’anonymat du don de gamète, il précise qu’»Il y a autant d’inconvénient à lever l’anonymat que d’injustice à ne pas lever l’anonymat. Est-ce que ce qui est techniquement possible doit-il toujours être réalisé ?». A la question sur l’éventualité de légaliser les mères porteuses, il répond que «toutes les institutions qui ont été consultés sur ce sujet en France, toutes se sont prononcées négativement. Moi, je ne suis pas pour l’esclavage, c’est clair!» En ce qui concerne la recherche sur l’embryon, il affirme que «l’embryon humain, c’est un être humain. Tous les scientifiques reconnaissent que dès que la conception est achevée, une nouvelle vie humaine a commencé».
(*) Ce projet de loi traite de sujets aussi sensibles que le don d’organes, la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires, le diagnostic prénatal et préimplantatoire, le don de gamètes et l’assistance médicale à la procréation (AMP). La commission spéciale chargée d’examiner ce projet de loi a adopté 117 amendements dont certains ne manqueront pas de faire débat, ainsi des dispositions prévoyant de préserver l’anonymat des dons de gamètes, d’autoriser le don d’ovocytes par des femmes n’ayant jamais eu d’enfant ainsi que leur conservation et utilisation et de permettre le transfert post mortem d’embryon. L’examen du texte se poursuit jusqu’à la fin de la semaine, les explications de vote et le vote par scrutin public étant programmés mardi 15 février à 16h15.
(**) Le communiqué est signé par Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Mgr Emmanuel Delmas, évêque d’Angers, Mgr Jean-Yves Le Saux, évêque de Le Mans, Mgr Jean-Paul James, évêque de Nantes, Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes, Mgr Thierry Scherrer, évêque de Laval, Mgr Alain Castet, évêque de Luçon, Mgr Jean-Marie Le Vert, évêque de Quimper, Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc, Mgr Nicolas Souchu, évêque auxiliaire de Rennes.




