Pour Riccardo Di Segni, Shimon Peres n'est pas «un habitué des lieux de prière»

Rome: Scepticisme du grand rabbin après la prière pour la paix organisée par le pape

Rome, 12 juin 2014 (Apic) Le grand rabbin de Rome a exprimé son scepticisme après la prière pour la paix israélo-palestinienne organisée par le pape François. «Curieuse et même dangereuse», tels sont les mots utilisés par Riccardo Di Segni, pour qualifier l’initiative de prière convoquée le 8 juin 2014 par le pape au Vatican pour réunir les présidents israélien et palestinien, Shimon Peres et Mahmoud Abbas, afin d’invoquer la paix.

Dans son numéro du mois de juin, «Pagine Ebraiche», le mensuel de la communauté juive en Italie, rapporte des paroles du chef religieux faisant part de sa perplexité face à cet événement et au voyage du pontife en Terre Sainte, du 24 au 26 mai dernier.

«S’agissant d’une rencontre religieuse, affirme ainsi le grand rabbin, le sens de la présence d’une figure clairement laïque comme celle de Shimon Peres m’échappe». «Il ne me semble pas être un habitué des lieux de prière», ajoute-t-il. A ses yeux, la modalité de cette prière est «curieuse et même dangereuse».

Du point de vue théologique, juifs et catholiques «n’ont rien à discuter»

«Si j’avais été à Rome, j’aurais participé, mais en qualité de simple témoin, car je suis très perplexe concernant les modalités de cet événement», souligne Riccardo Di Segni. «Quant aux résultats, le temps nous le dira», poursuit-il. Dans une interview accordée le mois dernier au quotidien israélien «Haaretz», il a estimé que «du point de vue théologique», juifs et catholiques «n’ont rien à discuter», tout en se disant favorable à des «relations de bon voisinage».

Le grand rabbin juge que le Vatican n’est pas au-dessus des parties

L’absence de Riccardo Di Segni lors de la prière organisée dans les Jardins du Vatican avait suscité des remarques de la presse italienne. Mais le grand rabbin a tenu à rappeler qu’il avait au même moment un engagement de longue date en Israël. Concernant la prière, le rabbin estime que malgré ses «bonnes intentions», le Vatican, «en partie en cause dans ce conflit», ne peut pas «s’ériger en médiateur super partes». Riccardo Di Segni fait certainement allusion à la défense des intérêts de l’Eglise de Terre Sainte, composée de nombreux Palestiniens, par le Saint-Siège.

Dans cette publication, Riccardo Di Segni dénonce aussi la «confusion systématique qui a été faite entre les aspects religieux et politiques» lors du déplacement du pape en Terre Sainte. Reconnaissant la disponibilité du souverain pontife au dialogue, le leader religieux critique cependant l’envoi à plusieurs occasions de «messages peu clairs et tendancieux» en termes politiques.

La halte du pape François devant le mur de séparation israélien à Bethléem n’a notamment pas été de son goût. Ces remarques interviennent alors que le président de la communauté juive en Italie, Riccardo Pacifici, a récemment invité le pape François à se rendre à la Grande synagogue de Rome.

Le rabbinat italien apparaît très divisé

Selon «Haaretz», le rabbinat italien apparaît très divisé quand il s’agit des relations avec l’Eglise catholique. Alors que jusqu’à récemment, peu de rabbins en Italie étaient désireux d’en parler publiquement, un nombre croissant d’entre eux expriment leur désaccord avec l’attitude de Di Segni. Le journal, relevant qu’il revient au rabbin de Rome de maintenir la communication avec le pape, se demande ce qui va se passer si ce même rabbin semble être moins intéressé que d’autres rabbins italiens à parler avec le pape. Contrairement à Di Segni, le rabbin de Florence Joseph Levi salue les efforts du pontife de promouvoir le dialogue interreligieux, et avertit que si les juifs ne sont pas capables de répondre aux messages envoyés par le pape, «ce serait une faute!». (apic/imedia/haar/be)

12 juin 2014 | 11:45
par webmaster@kath.ch
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