Lucerne: Le Prix Caritas 2013 est décerné à la Britannique Rachel Newton

Pour son engagement en faveur des enfants des rues dans la partie kurde de l’Irak

Lucerne, 5 juin 2013 (Apic) Le Prix Caritas 2013, doté d’un montant de 10’000 francs, a pris la direction de la partie kurde du nord de l’Irak. Il a été remis le 5 juin à la Britannique Rachel Newton, fondatrice de l’organisation STEP (Seeking To Equip People) qui s’engage dans cette région pour améliorer les conditions de vie des enfants des rues. La cérémonie s’est déroulée au Centre de culture et de congrès (KKL) à Lucerne, en présence de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga et de près de 650 invités, dont une grande majorité de donateurs.

Rachel Newton s’engage depuis 12 ans dans la ville de Souleimaniye auprès des enfants les plus démunis de la région. Son Centre STEP, installé dans un immeuble simple et bien équipé, accueille jusqu’à 800 garçons par mois. Ils peuvent se reposer un moment (beaucoup parmi eux travaillent dans la rue), mais aussi jouer et bénéficier d’un enseignement. Même si l’école est obligatoire, beaucoup parmi eux ne suivent plus de scolarité depuis longtemps, relève un film sur l’engagement de Rachel Newton présenté aux participants.

L’activité de STEP s’étend également dans les camps de réfugiés installés aux environs de la ville et où résident dans des conditions de pauvreté extrême près de 1,5 millions de personnes, dont la plupart ont fui la guerre d’Irak. L’association offre un accompagnement social et médical, ainsi que des possibilités de formation. Beaucoup d’enfants rencontrés par les travailleurs sociaux ont été maltraités ou abusés. Certains ont même été soldats. Une des premières tâches des assistants sociaux est de les rassurer: oui, il existe des adultes qui leur veulent du bien.

«Depuis que notre projet a débuté en 2001 avec des garçons travailleurs, nous avons pu offrir un toit et une protection à 7’500 enfants», a expliqué Rachel Newton dans son message de remerciements à Caritas-Suisse. «Notre travail est entièrement orienté vers les besoins des enfants les plus vulnérables», a-t-elle précisé. «Nous travaillons également avec des adultes, dans la mesure où ils peuvent aider les enfants et les soutenir de façon ciblée».

La lauréate a illustré son engagement en prenant l’exemple de quelques enfants, devenus adultes, qui ont fréquenté STEP et lui sont devenus reconnaissants pour l’aide dont ils ont pu bénéficier, dans les domaines de la protection de l’enfance, de l’éducation, de l’enseignement et des droits fondamentaux.

Le droit de vivre dignement dans son pays

Dans son discours, la conseillère fédérale Sommaruga, cheffe du Département fédéral de Justice et Police, a souligné que la lauréate avait permis à des milliers d’enfants d’obtenir un peu de sécurité, de se ravitailler et de bénéficier de soins médicaux. Rachel Newton a également accompli un important travail de sensibilisation et de prévention en intégrant dans ses activités l’environnement social des enfants et en particulier les autorités et l’école.

Simonetta Sommaruga a affirmé que les migrants cherchent des perspectives d’avenir avant tout dans leur propre pays et ne le quittent pas volontiers. «Certains politiciens veulent même nous faire croire que le monde entier ne veut vivre en réalité qu’à un endroit: justement en Suisse», a-t-elle lancé. Elle a défini comme «tâche fondamentale du monde politique de tout mettre en œuvre pour que les gens puissent vivre dignement dans leur pays».

On voit bien en Irak à quel point les guerres détruisent les structures de l’Etat, lequel n’est plus en mesure de remplir ses tâches les plus fondamentales comme la sécurité, la protection des plus vulnérables et l’approvisionnement de la population dans ses besoins les plus élémentaires, a souligné la conseillère fédérale. Elle a affirmé que la Suisse devait renforcer son engagement dans le cadre de la coopération internationale dans les Etats fragiles, notamment le Soudan du Sud, la Corne de l’Afrique et l’Irak. «La Suisse, pays neutre et sans passé colonial, réunit de bonnes conditions pour cet engagement», a-t-elle lancé.

Une région en réalité très fragile

«Il est vrai que la situation de la région kurde indépendant du Nord de l’Irak, où travaille notre lauréate, est relativement stable. Il n’y a plus eu d’attentats depuis plusieurs années et l’économie connaît un accroissement en raison des revenus liés au pétrole», a relevé la présidente de Caritas Suisse, Mariangela Wallimann-Bornatico, dans son discours d’accueil.

«Mais ce développement positif ne doit pas faire oublier que toute la région a connu un glissement: dans les faits l’Irak est partagé, la Syrie s’est écroulée, alors que le Liban et la Jordanie sont confrontés à un immense afflux de réfugiés. La peur face à une dérive dans une guerre civile est grande dans tout le pays». La présidente de Caritas-Suisse a mis en évidence l’effet bénéfique de l’engagement de la lauréate dans cette région du nord de l’Irak encore marquée par la guerre, ses conséquences et ses atrocités. (apic/bb)

5 juin 2013 | 22:07
par webmaster@kath.ch
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