Inde: Un diocèse catholique fait campagne pour la scolarisation afin de lutter contre le travail des enfants
Pour une école gratuite et obligatoire
Andhra Pradesh, 26 octobre 2010 (Apic) Une campagne d’information sur le «Right to Education Act», loi votée en avril dernier instituant l’école gratuite et obligatoire pour tous les enfants âgés de 6 à 14 ans, vient d’être lancée dans le diocèse catholique de Kurnool (Karnoul), en Inde, rapporte l’agence Eglises d’Asie.
Bien qu’elle soit signataire de la Convention internationale des droits de l’enfants (CIDE) ainsi que de nombreux programmes visant à éliminer l’exploitation infantile (1), l’Inde demeure l’un des pays les plus touchés par le travail des enfants, y compris dans ses formes les plus graves comme la prostitution, l’esclavage domestique et l’exploitation dans les mines.
Parmi les Etats de l’Union indienne dont la pauvreté et la faiblesse des infrastructures rendent difficiles l’application des lois de protection des enfants, l’Andhra Pradesh est particulièrement touché par le problème. Natif de la région, Mgr Poola, évêque de Kurnool, est très sensibilisé au problème de l’analphabétisme et du travail des enfants. Dans les deux districts que couvre son diocèse, vit une majorité de «dalit», dont la plupart n’ont jamais envisagé d’envoyer leurs enfants à l’école (2). «Le travail des enfants est un sérieux problème ici», explique le Père Joseph Kochuparampil, prêtre du diocèse. Il évoque des centaines d’enfants qui, au lieu d’aller à l’école, travaillent dans des carrières, sont employés aux travaux des champs, ou encore servent comme domestiques dans des maisons particulières ou des gargotes de village.
Tout n’est pas si simple
Le «Right to Education Act» a été adopté par le Parlement fédéral le 1er avril 2010 sur proposition du Premier ministre Manmohan Singh, qui souhaitait ainsi «que la lumière de l’éducation touche tous les enfants de ce pays (…), quels que soient leur sexe et leur milieu social». Le projet, jugé révolutionnaire pour les uns, inapplicable pour les autres, se heurte d’ores et déjà aux disparités profondes qui existent entre les Etats.
Le problème n’est pas simple dans un pays où le travail des enfants ne choque guère les consciences. Pour les familles les plus pauvres, il est même impensable de se priver d’un salaire, même modeste et rapporté par un jeune enfant de 5 ans. Quant aux fonds apportés par l’Etat pour appliquer la loi, ils sont estimés insuffisants et les préjugés de castes sont encore trop importants pour faire accepter sur les mêmes bancs d’école les enfants de «dalit» et de classes plus aisées.
Convaincre de la nécessité de l’école
Afin de trouver des solutions concrètes pour faire appliquer la loi sur l’école gratuite et obligatoire, les responsables catholiques du diocèse de Kurnool, en collaboration avec les services sociaux et ceux de l’éducation, ont rencontré les officiels de l’Education du district, ainsi que les dirigeants des ONG et les institutions d’éducation privées.
Près d’une centaine de personnes ont assisté à cette première séance d’information et de sensibilisation organisée par le diocèse. Le Père Kochuparampil dit actuellement travailler à convaincre les chefs de village et les directeurs d’école de la nécessité de scolariser les enfants comme la loi leur en donne le droit. «Notre objectif est de permettre à chaque enfant du district d’aller à l’école, ce qui nous semble le meilleur moyen d’éradiquer le travail des enfants», insiste-t-il.
Selon le recensement national de 2001, 12,6 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans seraient au travail, un chiffre contesté par les ONG et les Nations Unies, qui estiment leur nombre entre 60 et 80 millions.
(1) L’Inde a signé la Convention internationale des droits de l’enfant en 1992 puis, en 1996, le «Child Labor Act» interdisant le travail des enfants. Une loi demeurée lettre morte, ou presque, tout comme le projet INDUS lancé en 2004 avec la collaboration de l’OIT (Nations Unies) visant à éliminer totalement le travail des enfants dans les secteurs dits dangereux comme les mines, les fabriques de briques ou d’explosifs, etc.
(2) Lors de son installation en 2008, le nouvel évêque de Kurnool, Mgr Poola, a annoncé que son principal objectif était de faire construire des écoles dans les villages isolés du diocèse et de sensibiliser la population au travail des enfants. Il avait souligné les méfaits de l’extrême pauvreté et de l’importance du système des castes affectant particulièrement son diocèse. Celui-ci couvre les deux districts de Kurnool et d’Anantpur et compte 1% de catholiques. Le taux d’alphabétisation y est d’environ 55% (Ucanews, 22 avril 2008). (apic/eda/nd)



