International

Poutine prône l'interdiction d'insulter les sentiments religieux

L’interdiction d’insulter les sentiments religieux des fidèles devrait être inscrite dans le droit international, a déclaré le président russe Vladimir Poutine le 4 novembre 2020 à l’occasion de la Journée de l’unité nationale fêtée à cette date dans la Fédération de Russie.

Le président Poutine s’exprimait lors de sa rencontre avec les représentants des organisations religieuses à l’occasion de cette Journée de commémoration nationale de la révolte populaire qui expulsa de Moscou en novembre 1612 les forces d’occupation polono-lituaniennes à l’occasion de la Guerre polono-russe (1605-1618).

Pour une loi condamnant l’offense aux sentiments religieux

Ismaïl Berdiev, chef du Centre de coordination des musulmans du Caucase du Nord, a suggéré que le président présente au Conseil de sécurité des Nations Unies le principe selon lequel tous les pays devraient introduire une loi condamnant l’offense aux sentiments religieux.

«C’est une bonne proposition, a rétorqué le président russe. Je ne comprends pas qui pourrait être contre une interdiction d’insulter les sentiments des fidèles sous quelque forme que ce soit. Nous devons y réfléchir, je vais certainement donner des instructions [en ce sens, ndlr] au Ministère des Affaires étrangères», a déclaré Vladimir Poutine, cité par l’agence russe Interfax.

Débat sur la liberté d’expression et la laïcité

L’intervention du président de la Fédération de Russie intervient alors que le débat sur la liberté d’expression et la laïcité fait rage en France après les récents attentats djihadistes- Il faut rappeler qu’il n’y a pas à proprement parler de «droit au blasphème» dans la loi française. La liberté d’expression compte cependant, en France, parmi les libertés fondamentales, puisqu’elle est l’objet des articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de 1789 qui laissent au législateur le soin d’en établir les limites.

La loi de 1881 abolit définitivement le délit de blasphème, même dans sa forme sécularisée d’atteinte à la morale religieuse, relève Anastasia Colosimo, professeur de théologie politique à SciencesPo Paris. Cependant, à ce régime de liberté élargi suit un régime de liberté plus restrictif, notamment à partir de la loi Pleven de 1972 qui amende la loi de 1881 en créant les délits d’injure, de diffamation et de provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination en raison de l’appartenance ou de la non-appartenance à une race, une ethnie, une nation ou une religion.

«Inadmissible de blesser les sentiments des croyants»

Poutine estime pour sa part qu’il est inadmissible de blesser les sentiments des croyants et de permettre des manifestations d’extrémisme. Interrogé sur les propos du président russe, Dmitry Peskov, porte-parole du Kremlin, a dénoncé les personnes qui tuent en représailles à une insulte à leurs sentiments religieux, précisant que ceux qui tentent d’utiliser leur croyance pour couvrir des crimes ne devraient évidemment pas être excusés et devraient être poursuivis conformément à la loi. C’est ce qui a été affirmé lors de la rencontre de Vladimir Poutine avec les représentants des organisations religieuses.

La Russie ne doit pas laisser l’escalade des tensions interethniques, qui se développent dans certains pays, se produire sur son territoire, a déclaré le 4 novembre le chef du Kremlin.

Le président russe dénonce les actions de certains «provocateurs»

Il a remarqué, sans citer nommément les pays occidentaux victimes d’attaques djihadistes, que «la situation dans un certain nombre de pays, comme nous l’avons vu, est difficile; nous voyons à quoi ont conduit les actions de certains provocateurs; ceux qui, sous le couvert de la liberté d’expression, offensent les sentiments des croyants, et ceux qui l’utilisent comme prétexte pour justifier la violence et l’intolérance», a déclaré le président russe.
«Il n’y a qu’un seul résultat: les conflits se développent au sein de la société comme une boule de neige et peuvent s’envenimer pendant des années et des décennies (…) Ensemble, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher de tels développements dans notre pays», a martelé Vladimir Poutine (cath.ch/interfax/be)

Le président Poutine a décerné à la Mère abbesse Feofania la médaille de l'ordre «Pour les mérites devant la Patrie» de quatrième classe | DR
5 novembre 2020 | 17:22
par Jacques Berset
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