Trop favorable aux catholiques dans un pays très sécularisé

Prague: Le président tchèque Vaclav Klaus ne veut pas ratifier le traité avec le Saint-Siège

Rome, 17 février 2004 (Apic) Le président tchèque Vaclav Klaus ne veut pas ratifier le traité entre le Saint-Siège et la République tchèque dans sa version actuelle. Rappelons qu’avec 59% de personnes se déclarant sans religion, la Tchéquie est le pays le plus sécularisé d’Europe. Face à ces réticences, le Vatican prône la patience.

Le président Klaus, représentant de la droite libérale, estime que la dernière version du traité, préparée pendant deux ans par la diplomatie tchèque et rejetée par la Chambre des députés au printemps 2003, fait encore la part trop belle à l’Eglise catholique.

Selon une source autorisée à la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, la ratification du concordat avec la République tchèque «demande du temps et de la patience». Du côté diplomatique tchèque, on affirme que c’est plus une discussion politique que de substance. Le président Vaclav Klaus avait déclaré, le 13 février dernier, qu’il était contre la ratification de ce texte même si les députés donnaient leur accord.

«C’est une question de temps et de patience», a-t-on déclaré à la correspondante d’Apic à Rome le 16 février 2004, soulignant que le concordat avec la Pologne avait pris trois ans de discussions, entre 1992 et 1995. Au Vatican, on se dit également disposé à «reprendre le groupe de travail mixte pour arriver à une solution acceptable pour les deux parties».

Certaines tendances politiques de gauche voudraient privilégier l’Eglise catholique

Le concordat entre le Saint-Siège et la République tchèque avait été signé le 25 juillet 2002 à Prague mais le Parlement tchèque ne l’avait pas ratifié en première lecture l’année suivante, le 28 mai 2003. «Il y a une grande discussion politique actuellement en République tchèque», a également confirmé à l’Apic l’ambassade tchèque près le Saint-siège.

La source précise cependant que, sur le texte même du concordat, «il n’y a pas de réserve de substance». «Ce sont plutôt des discussions politiques du fait des racines historiques», et une sorte de «peur» de certaines tendances politiques de gauche de privilégier l’Eglise catholique par rapport aux autres entités chrétiennes.

D’autres priorités en République tchèque

D’autre part, «il n’y a pas d’incompatibilité dans le concordat avec la Constitution tchèque», souligne-t-on également à l’ambassade «et ce texte est acceptable pour l’Eglise catholique». Cependant, la question des relations entre cet Etat et le Saint-Siège «n’est pas une priorité actuellement, car plusieurs échéances politiques importantes se profilent à court terme comme l’entrée de la République tchèque dans l’Union européenne le 1er mai 2004 ou encore la réforme du système des retraites ainsi que la monnaie commune européenne».

Lorsque le ministre des Affaires étrangères, Cyril Svoboda, – signataire de l’accord en 2002 avec le nonce apostolique Erwin Josef Ender -, était venu au Vatican en septembre dernier, le cardinal Angelo Sodano, lui aurait affirmé que le Saint-Siège attendait ce concordat. Jean Paul II l’avait également fait savoir au nouvel ambassadeur de République tchèque six mois auparavant, le 28 avril 2003. «C’est seulement une question de temps», aurait dit le Secrétaire d’Etat du Saint-Siège.

Restitution problématique des biens de l’Eglise confisqués par les communistes

Signé à Prague le 25 juillet 2002, cet accord garantit à l’Eglise catholique la possibilité d’exercer librement sa mission, en particulier en ce qui concerne le culte, le gouvernement pastoral, l’enseignement et tout autre aspect de la vie ecclésiale. Mais le problème de la restitution des biens de l’Eglise catholique, confisqués sous le régime communiste, n’est pas entièrement résolu.

Dans une lettre adressée à Cyril Svoboda, Vaclav Klaus a fait savoir qu’il ne ratifierait pas ce traité, même en cas d’approbation par les députés, car certains de ses articles sont à son avis «erronés, incongrus ou inutiles». Membre de l’Eglise nationale hussite, la troisième communauté religieuse du pays, Vaclav Klaus s’oppose notamment à la formulation dans le préambule du traité qui parle de «d’une tradition séculaire de l’histoire commune de l’Etat tchèque et de l’Eglise catholique».

Au cours du recensement de 2001, une large majorité des Tchèques se sont déclarés sans religion. Seulement un tiers de la population a déclaré appartenir à l’une des Eglises chrétiennes du pays, l’Eglise catholique, avec 2,7 millions de fidèles, arrivant largement en tête. (apic/imedia/kap/be)

17 février 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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