Premier ministre canadien: «On ne peut exercer son pouvoir au point d’humilier les autres»

Washington en colère

Montréal, 13 septembre 2002 (APIC) Le Premier ministre canadien Jean Chrétien admet publiquement qu’il existe un ressentiment diffus envers la façon dont les riches de la terre traitent les pauvres du Sud du monde. On ne peut exercer son pouvoir jusqu’au point d’humilier les autres. Attention aux conséquences à long terme, reconnaît-il dans une interview accordée à la chaîne télévisée CBC.

Jean Chrétien lie en outre les attentats du 11 septembre 2001 au fait que les pays en voie de développement perçoivent l’Occident comme égoïste et arrogant. «On ne peut exercer son propre pouvoir jusqu’au point d’humilier les autres. C’est ce que le monde occidental, et pas seulement les ’Américains’, doit comprendre. Les pauvres sont eux aussi des êtres humains». Et de mettre en garde: «Il y aura des conséquences à long terme si l’on n’affronte pas cette réalité».

Le Premier ministre Chrétien pense en outre que l’action des kamikazes d’Oussama Ben Laden pourrait avoir été motivée par les politiques erronées d’un Occident trop riche et trop puissant.

La prise de position du Premier ministre canadien n’a pas du tout plu à la Maison Blanche. Mais le bureau de Chrétien a précisé que l’intention du Premier ministre n’était pas d’attribuer à Washington la responsabilité du 11 septembre mais de stigmatiser le fossé grandissant entre les pays riches et les pays pauvres du monde, un fossé «qui est clairement exploité par des fanatiques pour alimenter le ressentiment envers le monde avancé». (pr)

Encadré

Et après?

En attendant, après le double langage de Bush à l’ONU, et donc avant que le tumulte de la guerre ne couvre les voix, un certain nombre d’interrogations demeurent. Ces jours-ci, Kofi Annan a exprimé à plusieurs reprises sa préoccupation pour les conséquences humanitaires, mais également politiques, d’une attaque.

Or, jusqu’à présent, aucun dirigeant occidental ne s’est inquiété d’un éventuel «après Saddam Hussein». Qui comblera le vide du pouvoir à Bagdad?, s’interroge l’Agence missionnaire Misna. Comment réagiront les pays frontaliers et en particulier l’Iran? A quel point le Moyen Orient sera-t- il déstabilisé? Quel sera l’impact de l’intervention sur les relations entre l’Occident et le monde arabe? Qu’en sera-t-il de la population irakienne?

Autant de questions qui demeurent sans réponses, hormis peut-être pour Washington et son intérêt pour le pétrole. Si la campagne contre le régime irakien était un procès, l’accusé serait certainement acquitté, même si c’est avec le bénéfice du doute. Actuellement en effet, aucune preuve concrète de l’existence d’arsenaux nucléaires ou bactériologiques n’a été fournie à l’opinion publique mondiale. Il n’existe que des indices qui, en vertu de la culture juridique occidentale, ne permettent pas de formuler une sentence de condamnation, encore moins à la peine capitale à laquelle est promis Saddam Hussein dans le tréfonds de la pensée de Bush et de Blair.

Les Etats-Unis ont besoin de la guerre: économie oblige

Les fortes perplexités sur les réels motifs qui poussent l’administration Bush vers le conflit sont alimentées par les affirmations de deux économistes, tous deux citoyens des Etats-Unis: le Prix Nobel Robert Solow observe que la crise financière des Etats-Unis a commencé bien avant le 11 septembre fatidique et que le pays, malgré des signes récents de reprise, «a besoin de la guerre pour augmenter sa croissance économique et faire baisser le chômage».

Lyndon LaRouche démontre quant à lui que la Maison Blanche a monté toute l’affaire en se basant sur les rapports de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, dont les dirigeants ont eux-mêmes fortement redimensionné la portée. Ils ont fait remarquer que la simple reconstruction d’édifices bombardés en 1998, parce qu’on les suspectait d’abriter des structures interdites, ne prouvait rien. L’alarme est fondée sur des photos satellites qui ne permettent pas de savoir ce qui se trouve à l’intérieur. Ce dont on est pratiquement sûr, c’est que l’attaque aura lieu. Ce que l’on ignore encore en revanche, c’est pourquoi. (apic/misna/pr)

13 septembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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