De vifs échanges ont eu lieu à propos de l’intérêt des placements, de l’usure, du rendement, des prêts, de la notion de partage. Ils ont démontré la diversité des conceptions présentes au sein des Eglises locales et la nécessité d’une meilleure harmonisation des pratiques.

Première en Suisse romande: à l’occasion de l’année jubilaire 2000 – temps propice à la réflexion sur l’argent et la remise des dettes dans la tradition biblique – une séance d’échanges et de réflexion sur les finances de l’Eglise s’est tenue samedi 15 ja

A l’initiative du Centre catholique romand de formation permanente (CCRFP), cette journée de réflexion sur les finances et les biens de d’Eglise à l’aube de l’an 2000, a permis à une quarantaine d’ecclésiastiques et de laïcs, de comparer et d’analyser leurs pratiques. Les participants, stimulés par l’intervention d’experts invités, étaient avant tout des personnes engagées dans la pastorale ou dans l’administration, surtout au niveau diocésain ou dans les corporations ecclésiastiques cantonales en Suisse romande.

L’année jubilaire, une année de repentance et de remise des dettes

Présentant les implications économiques et sociales du Grand Jubilé, l’abbé Jean-Marie Pasquier, directeur du CCRFP, a rappelé qu’il s’agissait d’une année de repentance, de remise des dettes, de réconciliation et de lutte particulière pour plus de paix et plus de justice. Jean-Claude Huot, secrétaire général de la commission «Justice et Paix» de la Conférence des évêques suisses, a commenté les résultats de la Consultation oecuménique sur l’avenir social et économique de la Suisse. Plus de 1000 réponses sont actuellement analysées. Une publication en cette année jubilaire 2000 permettra une large diffusion de ces travaux. J.-C. Huot a relevé en particulier les réponses relatives à la place de l’argent dans la société et dans l’Eglise, à sa position dans l’échelle des valeurs, aux pistes d’action proposées.

Ancien responsable de l’Action de Carême, Paul Jubin a invité à son tour les participants à une analyse critique des dépenses et placements des institutions ecclésiales, «en tenant compte des inégalités croissantes issues de la mondialisation qui privilégie le service du capital et de ses saints actionnaires au détriment du travail, de l’environnement, du respect de la dignité de tout homme». Suggérant d’examiner en profondeur les critères de gestion des finances et des biens d’Eglise, il a demandé qu’on y associe largement les membres des communautés (justice dans les salaires, opportunité des constructions, soutien des «pierres vivantes», préésentation des motivations des choix financiers, inscription au budget d’un pourcentage de solidarité avec les pays du tiers monde, action civique et politique des citoyens-chrétiens.)

Ne pas chercher la rentabilité à tout prix

Ancien professeur d’économie rurale, Jean Vallat a comparé les bilans de deux institutions ecclésiales. Il en dégagea les points forts et les failles parfois inquiétantes, insistant sur le fait qu’une institution d’intérêt public n’est pas forcée de rechercher la rentabilité à tout prix, «celle-ci étant un réflexe qui obscurcit le sens du service et de la solidarité.» Aussi convient-il d’éplucher chaque poste d’un bilan avec attention, en dépassant les automatismes ou les seules justesses comptables. L’ex-professeur propose la création de groupes d’institutions d’Eglise pour comparer les comptes, les types de gestion, les motivations des choix et arriver à dégager des remèdes communs aux situations délicates ou fragiles. Serait-ce utopique d’envisager en Eglise un système ds vases communicants? Il importe de donner pédagogiquement aux membres des communautés ecclésiales des instruments de compréhension, d’analyse, de contrôle et de prise de décision.

Davantage de concertation entre agents pastoraux et responsables des finances

Une bonne partie de la session a été consacrée aux débats et aux discussions en groupes. Les travaux ont révélé que dans chaque canton romand, l’Eglise a un système de financement et de gestion différent, avec des contraintes spécifiques. Un besoin s’est dégagé: celui d’une concertation permanente entre les agents pastoraux et les responsables de l’administration. Dans cette perspective, il convient de décloisonner les sphères d’action pour parvenir à un plus grand consensus. La pastorale par secteur, qui s’impose de plus en plus, incite à voir et à penser plus large qu’à l’intérieur des frontières de la paroisse et à inventer des interactions dans une totale transparence. Une uniformisation des règles comptables est souhaitée. Lors des assembléées, à quel niveau que ce soit, les choix budgétaires doivent fournir l’occasion d’une formation permanente des membres, hors du jargon des spécialistes, pour mieux les associer aux prises de décisions.

De vifs échanges ont eu lieu à propos de l’intérêt des placements, de l’usure, du rendement, des prêts, de la notion de partage. Ils ont démontré la diversité des conceptions et la nécessité d’une meilleure harmonisation des pratiques. «Les participants ont logiquement conclu cette rencontre en demandant une nouvelle session pour approfondir certains thèmes brûlants, mais aussi en envisageant la tenue de sessions identiques dans chaque Eglise cantonale avec les responsables de la pastorale et de l’administration. (apic/pj/be)

16 janvier 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!