Près d’un millier de personnes ont participé samedi à Berne à la cérémonie de clôture de la Consultation oecuménique sur l’avenir social et économique de la Suisse. A l’occasion de la remise du «Message des Eglises», le conseiller fédéral Moritz Leuenberg

Dans leur message, loin d’utiliser la langue de bois, les Eglises répondent parfaitement à ce souhait. Inquiètes par la menace qui pèse sur le lien social en Suisse, elles font en effet des propositions politiques concrètes qui feront peut-être grincer des dents les milieux conservateurs et isolationnistes: meilleur soutien à la famille par le biais d’allégements fiscaux, partage du temps de travail, développement de crèches et de garderies, assurance-maternité ; face aux questions soulevées par l’immigration, naturalisation facilitée des deuxième et troisième générations, droit de vote, en particulier au niveau local, des étrangers résidant depuis plusieurs années en Suisse ; face au scandale des travailleurs sous-payés (»working poors»), développer l’idée d’un impôt négatif sur le revenu.

Face à la domination de plus en plus pesante du capital financier sur le travail, l’environnement et les droits sociaux, les Eglises sont favorables à une taxe mondiale sur les transactions en devises (»Taxe Robin»). Elles prônent également l’entrée de la Suisse à l’ONU. Un catalogue non exhaustif de propositions que ne renie pas Moritz Leuenberger. En tant que membre de l’Eglise, il a d’ailleurs dit attendre d’elle des propositions de solutions concrètes, que ce soit dans le domaine du secret bancaire, des sans-papiers, de la transplantation d’organes ou de l’euthanasie.

Rendre à César ce que pense l’Eglise

Certes, le président de la Confédération n’exige des Eglises ni recettes ni solutions toutes faites, car les chrétiens ne sont pas à l’abri des erreurs de jugement et les Eglises n’ont pas le monopole de la vérité. L’édile socialiste veut préserver l’usage autonome de sa conscience et d’une réflexion éthique propre. Mais il se refuse à une stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat : «Les deux institutions que sont l’Eglise et l’Etat ne doivent pas se confondre, mais ce que l’Eglise pense, elle doit le rendre à César !»

Au cours de «l’acte final» de la Consultation oecuménique, en l’église du Saint-Esprit à Berne, Mgr Amédée Grab, président de Conférence des évêques suisses (CES), et le pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), ont transmis sous de vifs applaudissements le «Message des Eglises» aux autorités fédérales et aux partenaires sociaux, syndicats et patronat, ainsi qu’à des délégués de la communauté étrangère et de mouvements luttant contre la pauvreté en Suisse et dans le tiers monde (ATD Quart Monde, œuvres suisses d’entraide).

Mgr Grab a saisi l’occasion pour rappeler que notre monde est en chantier et qu’il reste beaucoup à faire aussi en Suisse, un pays où il manque notamment «une politique familiale digne de ce nom». Il a également évoqué le «scandale des sans-papiers», quand des personnes venues d’ailleurs, «bienvenues pour leur travail, n’ont pas le droit de résider légalement dans notre pays».

Pour le pasteur Wipf, une autre réalité est révoltante, celle des «working poors», ces travailleurs qui ne reçoivent pas, en travaillant à plein temps, un salaire suffisant pour faire vivre leur famille dans la dignité. «Cette réalité est d’autant plus scandaleuse que par ailleurs des cadres de grandes entreprises bénéficient d’avantages qu’il n’est pas possible de justifier…De tels écarts minent la confiance en l’équité, indispensable à un climat de paix et de dialogue».

Du côté des partenaires sociaux, le président de l’Union syndicale suisse, Paul Rechsteiner, a déploré l’irresponsabilité des grands de ce monde, qui n’ont pas de réponses aux grandes questions sociales du présent, «comme ils l’ont récemment montré à Gênes lors du sommet du G8». Et d’affirmer que syndicats et Eglises ont deux points communs importants: le fait de prendre partie pour les faibles et le refus de la fatalité, «l’affirmation que l’avenir est la conséquence des décisions prises aujourd’hui, jour après jour». Au nom de l’économie suisse, le président de l’Union patronale Fritz Blaser a mentionné la pression des coûts et de la concurrence qui oblige à exiger des travailleurs toujours plus de rendement. Il a cependant reconnu que les objectifs sociaux de l’économie sont encore loin d’être atteints de façon optimale en Suisse et a lancé un appel à la coopération de tous les partenaires sociaux.

En présence du président du Parlement, Peter Hess, un lâcher d’une centaine de colombes de la paix, chargées de porter aux quatre coins de la Suisse l’appel de la Consultation – intitulé  » l’avenir ensemble  » – a ponctué la cérémonie sur la «Grosse Schanze», en haut de la gare. Pendant que les pigeons volaient en cercle au-dessus de l’assemblée, la foule a entonné «Dona nobis pacem». La fête s’est poursuivie par un grand repas populaire au manège (Reithalle) fraîchement rénové. Lors de ces retrouvailles réunissant nombre de ceux qui ont participé à travers toute la Suisse à ce long processus de réflexion et de débats, les deux humoristes et chanteurs Pierre Miserez et Gusti Pollak ont mis en scène, à leur manière, le message des Eglises. (apic/be)

2 septembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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