Criminalité: un des éléments du sous-développement de l’Afrique
Présentation à Rome du rapport du Bureau des Nations Unies sur la drogue et la criminalité
Rome, 20 juillet 2005 (Apic) La criminalité est un des éléments du sous- développement de l’Afrique, peut-on lire dans le rapport «Crime et développement en Afrique», présenté le 18 juillet à Rome au ministère des Affaires étrangères par le directeur de UNODC (United Nations Office on Drugs and Crime), Antonio Maria Costa.
Ce rapport, a souligné Antonio Maria Costa devant la presse n’est pas une étude académique, mais veut être un travail préparatoire en vue de plusieurs rendez-vous importants durant lesquels ont prendra des décisions. Comme ce sera le cas lors de la table ronde des 5 et 6 septembre prochains qui se tiendra à Abuja au Nigeria, présidée par le président Olusegun Obasanjo.
L’étude a été réalisée par l’UNODC en collaboration avec les spécialistes africains. La première ébauche a été rédigée par un institut sud-africain de recherche. De cette manière, on a voulu éviter de créer un document qui reflète les perceptions «occidentales» et non pas celles qui proviennent des Africains eux-mêmes. Ce n’est du reste pas par hasard si le rapport présente des sondages d’opinion menés chez les habitants du continent, par exemple à propos de la corruption: durant ces 12 derniers mois, un Africain sur 5 déclare qu’il a été impliqué dans la demande de pots-de-vin de la part d’un fonctionnaire public.
«C’est un pourcentage qui n’a pas d’égal dans le monde», souligne le rapport. Qui va plus loin, en affirmant que la corruption, avec le trafic d’êtres humains, d’armes et de drogue, et l’explosion des délits communs, représentent un frein important au développement d’un continent qui a pourtant sur le papier la possibilité de se développer économiquement: grandes richesses de ressources naturelles, population jeune (c’est le continent le plus jeune du globe).
Corruption, traite des êtres humains et drogue
Autres de ce rapport: 1% seulement des investissements étrangers est effectué en Afrique, alors que 40% des épargnants globaux investissent en dehors du continent. 29% des entrepreneurs africains mentionnent le crime comme le pire ennemi des investissements. La corruption, assure-t-on, n’est pas seulement une taxation inique, parce qu’elle cause l’inflation des coûts et est la cause de carences des oeuvres publiques. Cela se répercute aussi sur le secteur touristique.
L’étude relève aussi que la traite des êtres humains est particulièrement grave en Afrique. «Il est difficile d’estimer le nombre des victimes de ce phénomène, admettent les auteurs du rapport. «Il s’agit toutefois de centaines de milliers de personnes par an». Les destinations étrangères à l’Afrique sont l’Europe (où une personne sur trois est d’origine africaine, et où l’Italie est en deuxième place après la Grande Bretagne) et le Moyen-Orient (une sur quatre). Mais le trafic d’êtres humains est plus grave encore au sein même de l’Afrique, où la Côte- d’Ivoire, l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Gabon sont les principaux pays de destination.
Le trafic international de la drogue enfin se sert souvent de l’Afrique comme transit pour la cocaïne colombienne et pour l’héroïne afghane vers les pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Au plan local, la marijuana et le hachisch sont cultivés en Afrique du Nord, et les cartels nigérians de la drogue ont pris une dimension globale en s’étendant des Andes au Pakistan.
Pour sortir de cette situation, il faut encourager les pays africains dans leurs efforts de moralisation de la vie publique. Mais aussi aux citoyens, qui, souvent, ne dénoncent pas les crimes qu’ils subissent, et dont certains sont commis précisément par des représentants des forces de l’ordre. (apic/fides/pr)



