Prête à mettre «les pieds dans le bénitier»

Delémont: La bibliste Anne Soupa, du «Comité de la Jupe», veut sortir l’Eglise de la déprime

Delémont, 24 mars 2011 (Apic) Pour son premier passage en Suisse, c’est à travers une conférence intitulée «Parler fait-il mal à l’Eglise?» qu’Anne Soupa – co-présidente du «Comité de la Jupe» (*) à Paris – a exposé ses préoccupations sur la situation actuelle de l’Eglise à plusieurs dizaines d’auditeurs rassemblés au Centre Saint-François à Delémont. Féministe sur les bords, mais chrétienne avant tout, la bibliste française est persuadée qu’il est temps d’agir, d’amener les baptisés à prendre des initiatives – quitte à mettre «les pieds dans le bénitier» – pour sortir l’Eglise de sa déprime.

«Trop de gens voient l’Eglise sur le déclin, sinon perdue, irrémédiablement dépassée. Je suis pourtant persuadée que le christianisme a un avenir et je n’ai pas d’autre envie que de rouvrir les portes afin d’aider les gens, chrétiens ou non, à retourner aux sources de l’Evangile, plutôt que de regarder une structure qui vieillit.»

La voix d’Anne Soupa est douce et, même si elle a le verbe revendicateur, c’est avec beaucoup d’humilité qu’elle s’exprime sur l’Eglise qui, selon ses termes, traverse une zone de turbulence: «Mon souci c’est que cette Eglise soit en état d’annoncer l’Evangile, ce qui est sa vocation première et unique.»

Journaliste, éditrice, diplômée en théologie et en sciences politiques, Anne Soupa se présente avant tout comme une laïque préoccupée par la situation actuelle de l’Eglise et l’avenir du catholicisme. A la fin de l’année dernière, elle a signé, avec Christine Pelotti, un ouvrage intitulé «Les pieds dans le bénitier» (aux Presses de la Renaissance) dans lequel les deux femmes soulignent les «limites d’un pouvoir centralisé, exclusivement clérical, qui infantilise et décourage le peuple de Dieu, et désespère tant de prêtres, diacres, évêques, sincères mais impuissants.»

Dans sa conférence, Anne Soupa se désole de l’immense gâchis de richesse, d’énergie et de foi engendré par une Eglise en retard sur son temps: «Notre société meurt de soif et je suis persuadée qu’il y a une grande attente de l’annonce de l’Evangile. En lisant ’La carte et le territoire’, dans lequel Michel Houellebecq (Prix Goncourt 2010, ndr) dépeint le monde tel qu’il est, je me suis rendu compte que l’homme moderne est désenchanté, alors que nous, chrétiens, nous avons les moyens de dire que quelque chose chante en nous et de transmettre cela».

Sortir de la chambre à coucher

Fin 2008, le cardinal André Vingt-Trois lâche sur Radio Notre Dame: «Le plus difficile, c’est d’avoir des femmes formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête». En écho aux propos du président de la Conférence des évêques de France, Anne Soupa et Christine Pelotti portent plainte et créent «le Comité de la Jupe» (*). Lorsqu’elle évoque cette période, la rédactrice en chef de la revue «Biblia» concède qu’elle a tourné la page: «Ça parle tout seul, mais nous n’avons pas agi comme des féministes. Le retard de l’Eglise sur la question de la femme est connu et nous le supportons depuis longtemps. Mais c’était avant tout la dignité qui était en jeu.»

Il y eut d’autres affaires, celle de la pédophilie, la levée de l’excommunication des quatre évêques schismatiques de la Fraternité St-Pie X (Ecône), le discours du pape sur les musulmans à Ratisbonne, l’excommunication d’une mère et de médecins dans le cadre de l’avortement chez une fillette de neuf ans au Brésil, les propos du pape sur le préservatif dans l’avion qui l’amenait au Cameroun. «Que les clercs sortent de la chambre à coucher des gens! Il y a mieux à faire en matière d’amour humain».

Parler et agir

Dans la foulée, les membres du «Comité de la Jupe» lancent la Conférence des baptisé-e-s de France. Si le premier s’attache à défendre et à promouvoir le rôle de la femme dans l’Eglise, le second a pour vocation d’offrir un lieu de parole et de débat à tous ceux qui souhaitent apporter leur compétence pour tenter de sortir l’Eglise du marasme dans lequel elle se trouve. «Les affaires de l’année 2009 ont démontré qu’il y avait un problème de parole dans l’Eglise. Les paroles du côté des évêques ont été rares. Qui pouvait parler librement, sinon les laïcs? A eux de clamer ce qui ne fonctionne pas, de discuter de la gouvernance, des grandes orientations, de la place de la femme. S’ils n’ont pas le pouvoir de décision, ils peuvent toujours donner leur avis et agir».

«Ni partir, ni se taire!»

«Depuis 50 ans, l’Eglise souffre d’une hémorragie importante et silencieuse. Mais avant de partir, il faut s’exprimer, car parler nous ramène au centre de l’Eglise. Mon expérience me l’a démontré: à partir du moment où je me suis exprimée publiquement, je ne pouvais plus partir… d’où notre slogan: ni partir, ni se taire!». Et comme nous ne sommes pas dans une logique de revendication, mais dans une logique de construction, «Nous ne demandons rien, mais nous espérons tout» sera notre deuxième slogan».

Pour Anne Soupa, le meilleur moyen de sortir de la déprime passe par l’action: «Nous avons envie d’apporter notre contribution à travers de véritables initiatives. C’est d’ailleurs l’objet du dernier chapitre de notre livre – «Les pieds dans le bénitier» – qui veut susciter des propositions d’action utiles pour l’annonce de l’Evangile dans notre monde aujourd’hui. Un exemple: la création d’une école de prédicateurs laïques, ouverte aux hommes comme aux femmes lui tient à cœur.

Anne Soupa est optimiste, la forte quête de spiritualité l’emporte sur la problématique de structures. Sa conviction, c’est que «parler fait du bien à l’Eglise et c’est une chance de porter la Parole autour de nous.» Cf. www.comitedelajupe.fr – www.baptises.fr (apic/pti/be)

24 mars 2011 | 15:11
par webmaster@kath.ch
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