Mali: La prise en compte de la religion est «essentielle» pour la paix au Nord du pays
Principal résultat d’une enquête menée dans la région de Tombouctou
Bamako, 19 juin 2014 (Apic) La prise en compte de la religion est «essentielle» pour la paix au Nord du pays. C’est le principal résultat d’une enquête menée dans différentes localités de la région de Tombouctou par l’agence de coopération néerlandaise ICCO Coopération avec «Kerk in Actie» (L’Eglise en Action), le service diaconal des Eglises protestantes aux Pays-Bas.
Une enquêté conjointe du bureau d’ICCO-Kerk in Actie, en collaboration avec le Centre d’Etudes et de Recherche-Action pour le Développement (CERCAD) au Mali, a démontré que la religion est «essentielle» pour la paix au Nord du Mali. Cette partie septentrionale du pays a été occupée pendant près d’un an, entre janvier 2012 et février 2013, par des groupes musulmans radicaux. Les militants fanatiques d’Ansar Eddine (les «Défenseurs de l’islam») ont détruit de nombreux mausolées de saints musulmans à Tombouctou, ville surnommée «la cité des trois cent trente-trois saints», qui abrite des lieux sacrés inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Au cours de l’occupation, les extrémistes ont commencé à détruire les mausolées, des édifices qui témoignent de l’âge d’or de Tombouctou en tant que centre économique, intellectuel et spirituel au 15e et 16e siècle, relève l’UNESCO. «Ces monuments sont aussi des témoignages exceptionnels de l’architecture de terre dont l’entretien, jusque-là assuré par les habitants, a été délibérément interrompu par les insurgés». Seize de ces monuments font partie du site malien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial.
Rôle important des imams et des journalistes dans la promotion de la paix
L’enquête des trois organisations a démontré que les imams et les journalistes peuvent jouer un rôle important dans la promotion de la paix dans le Nord du Mali, en stimulant le dialogue sur la tolérance religieuse. Elle révèle aussi que les personnes interrogées déclarent avoir perdu leurs certitudes en ce qui concerne leur croyance, notamment en raison de la manipulation de l’islam par les djihadistes.
«Beaucoup de musulmans modérés à Tombouctou se demandent comment est-il possible que les djihadistes utilisent notre religion pour installer la haine? «, a déclaré le Directeur régional d’ICCO à Bamako, Leo Spaans. «Les imams spécialement formés pour répondre à cette question pourraient aider leurs concitoyens et musulmans modérés à résister à l’influence des djihadistes», a-t-il ajouté, tout en estimant que le fait d’avoir plus de connaissances sur l’islam peut aider les chefs religieux tolérants à ne pas se laisser intimider par les combattants musulmans djihadistes.
Les djihadistes ont installé la haine et la peur
La population de Tombouctou est à 90% constituée de musulmans modérés. Ils ont vécu en paix pendant des siècles avec des personnes pratiquant d’autres religions, y compris des chrétiens et des animistes. Mais lorsque les djihadistes ont occupé en 2012 le Nord du Mali, ils ont installé la haine et la peur. Ils ont imposé la loi islamique, la charia, et la violence.
Même après leur expulsion par l’armée française, en 2013, il existe toujours beaucoup de confusion au sein de la population. «Ceux qui ont terrorisé leurs concitoyens pendant l’occupation et ceux qui étaient leurs victimes doivent maintenant essayer de revivre ensemble», a plaidé Leo Spaans.
Chez les femmes, l’arrivée des djihadistes dans la région a eu des conséquences «néfastes» sur leur situation. Les jeunes en ont également souffert. Leurs droits ont été brusquement très limités. Les femmes ont été obligées de se voiler complètement. Et pourtant, ce sont précisément les femmes et les jeunes qui ont organisé des protestations contre les occupants, souvent au péril de leur vie. Bien que traditionnellement les femmes aient peu à dire dans les organisations et institutions officielles, leur influence se manifeste dans les circuits informels. Pendant l’enquête, plus de 7O personnes, y compris les chefs religieux, les autorités traditionnelles, les membres des organisations de la société civile, les jeunes et les femmes ont été interrogés. (apic/ibc/be)



