International

Privatisation au Salvador: «l’eau n’est pas une marchandise», affirment les évêques

La Conférence épiscopale salvadorienne dénonce la volonté des partis de droite, majoritaires à l’Assemblée législative salvadorienne, de privatiser l’eau en faisant passer la «Ley del Agua» (Loi sur l’eau) et en la soumettant aux règles du marché. Les évêques salvadoriens, dans un communiqué, demandent que l’on «ne laisse pas les pauvres mourir de soif».

«Si l’on adoptait une loi qui donnerait à une entité privée le droit de décider de la distribution de l’eau dans la nation, en refusant cette fonction à l’Etat, ce serait une loi absolument antidémocratique et dépourvue de légitimité», ont déclaré les évêques salvadoriens, le 12 juin 2018, lors d’une conférence de presse. Ils ont affirmé à cette occasion que «l’eau n’est pas une marchandise à soumettre aux règles du marché».

Manifestants pacifiques qualifiés de «terroristes»

Le 14 juin, le personnel de sécurité de l’Assemblée législative a fait usage de gaz contre les étudiants universitaires et leurs professeurs qui manifestaient pacifiquement contre la volonté des partis de droite de privatiser l’accès à l’eau potable. Norman Quijano, président de l’Assemblée législative et membre du parti de droite ARENA, a qualifié les manifestants pacifiques de «terroristes» et de «vandales».

«En tant qu’autorité suprême de l’Assemblée législative, je demande à la police et aux autorités chargées des poursuites de mener une enquête approfondie sur l’affaire, de déduire les responsabilités et d’appliquer les dispositions de la Loi Spéciale contre les Actes de Terrorisme», a lancé Norman Quijano sur le site de l’Assemblée législative.

Les évêques défendent le peuple

Les évêques salvadoriens prennent parti des revendications populaires, affirmant qu’en tant que bergers, «nous sommes témoins de la clameur de notre peuple exigeant de l’eau potable dans chaque foyer». Ils relèvent que les pauvres n’auraient pas les moyens de payer si une denrée aussi vitale devenait une marchandise soumise aux lois du marché.

Rappelant que l’Assemblée générale des Nations Unies (ONU) a reconnu en 2010 le «droit humain à l’eau», les prélats salvadoriens citent également la position du pape François dans son encyclique Laudato sí. Le pontife y affirme que «l’accès à l’eau potable et salubre est un droit humain fondamental et universel, car il détermine la survie des personnes et est donc une condition pour l’exercice des autres droits humains».

Non à une loi qui viole les droits du peuple

Ces dernières années, les évêques du Salvador ont accompagné «les justes luttes du peuple salvadorien», écrivent-ils. «La plus récente a culminé heureusement avec l’approbation de la loi interdisant l’exploitation des mines de métaux dans notre pays».

Salvador La pénurie d’eau menace en raison d’une sécheresse prolongée | © Jacques Berset

A cette occasion, compte tenu de l’élaboration de la loi réglementant l’utilisation de l’eau, les évêques exhortent tous les citoyens à faire usage du droit de participation citoyenne. Les citoyens doivent exiger que l’Assemblée législative approuve une loi générale sur l’eau qui garantisse ce droit humain fondamental. «Une loi injuste qui viole les droits du peuple ne peut être admise!».

Depuis avril 2015, le gouvernement du Salvador a décrété une situation d’urgence nationale en raison du manque d’eau, principalement dans le centre du pays, dû à une sécheresse prolongée causée par le changement climatique. Une étude du Bureau pour la défense des droits de l’homme (PDDH), publiée en 2016, concluait que cette crise de l’eau rendrait impossible la vie au Salvador d’ici 80 ans, rapporte pour sa part Vaticannews. (cath.ch/com/be)

4

Les chrétiens appelés à la solidarité avec les pauvresa | © Jacques Berset
15 juin 2018 | 12:40
par Jacques Berset
Partagez!