Le Caire Cheikh Ahmed Al-Tayeb, grand imam d'Al-Azhar (Photo:  A.-M. Cochand)
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Le Caire Cheikh Ahmed Al-Tayeb, grand imam d'Al-Azhar (Photo: A.-M. Cochand)

Projet de loi d'Al-Azhar pour contrer l’extrémisme islamique en Egypte

11.07.2017 par Jacques Berset, cath.ch

Dans le but de contrer l’extrémisme islamique qui se développe en Egypte, Al-Azhar a préparé un projet de loi visant à pénaliser “l’incitation à la haine sous couvert religieux”.

Il s’agit, pour la plus haute instance de l’islam sunnite, de contrôler le discours religieux pour éviter de nouveaux conflits interconfessionnels.

Le grand imam d’Al-Azhar, le cheikh Ahmed Al-Tayeb, a présenté le projet de loi la semaine dernière au président de la République, Abdel-Fattah Al-Sissi. Il doit ensuite être soumis au Parlement égyptien.

Lutte contre le terrorisme

Al-Azhar estime que contrôler le discours religieux est devenu une impérieuse nécessité alors que des attentats sanglants visent en permanence les forces de sécurité, principalement dans le nord du Sinaï. Le projet de loi avait été approuvé au préalable par les grands oulémas.

Le président Al-Sissi avait exigé le renouvellement du discours religieux dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Suite à cette injonction présidentielle, le cheikh Ahmed Al-Tayeb a décidé en mai dernier de former un comité pour préparer ce projet de loi.

Le grand imam d’Al-Azhar demande à la population égyptienne de respecter les différences entre les croyances et les croyants, et de ne pas utiliser la religion comme outil pour inciter à la discrimination ou au mépris de l’autre. A ses yeux, cette loi devrait contribuer à réduire la haine et l’intolérance véhiculées par les groupes terroristes et par certains courants islamistes radicaux.

Le texte du projet de loi vise à protéger les trois religions monothéistes – le judaïsme, le christianisme et l’islam –  et leurs  livres saints, la Torah, la Bible et le Coran. Il mentionne leurs lieux de culte: les mosquées, les églises, les monastères, les temples, ainsi que tout autre lieu consacré au culte. Il définit l’incitation à la haine: ce sont les mots, les comportements ou les actes incitant ouvertement à la violence ou menant à des conflits intercommunautaires. La discrimination est définie  comme étant toute distinction ou exception faite entre les individus ou les groupes sur la base de la religion, des croyances ou des confessions, de la race ou de la couleur de la peau.

Le projet de loi prône un contrôle du contenu des médias

Le projet de loi, critiqué en Egypte par des défenseurs de la liberté de presse et de la liberté d’opinion, évoque particulièrement la nécessité de contrôler tous les contenus qui sont diffusés par les différents moyens de communication. Le but officiel est d’éviter la publication par les médias de matériel incitant à la haine ou tout discours visant à faire une distinction entre les citoyens, notamment sur la base de la couleur, de la croyance ou de la race. Il s’agit aussi d’interdire la diffusion de discours religieux haineux sur les chaînes satellitaires.

Les institutions éducatives ou médiatiques peuvent se voir annuler leur autorisation en cas de  violation des dispositions de cette nouvelle loi. Le pouvoir a déjà mis en place un système de contrôle des prêches dans les mosquées. Le Ministère égyptien des biens religieux (ministère des Waqfs) a décidé de préparer à l’avance les sujets que les imams doivent aborder lors des prêches afin de lutter contre les discours haineux. (cath.ch/al-ahram/be)


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