"L'affaire Protestinfo" est maintenant remontée jusqu'au Palais fédéral | © marcelkessler/Pixabay
Suisse

Protestinfo: la Confédération interpellée sur la liberté de la presse

Le conseiller national vaudois Olivier Feller a déposé, début mars 2026, une interpellation à la Confédération lui demandant de clarifier sa position dans «l’affaire Protestinfo». La démarche fait suite à une réponse de l’Office fédéral de la communication (OFCOM) renvoyant le licenciement des deux journalistes de l’agence protestante à «une affaire privée».

«L’autorité fédérale peut-elle se désintéresser d’une affaire potentielle d’abus sexuels alors que ces abus ont trop souvent fait l’objet d’une omerta systématique (…)», interroge Olivier Feller dans une interpellation déposée le 2 mars 2026 au Parlement.

À l’automne 2025, deux journalistes travaillant pour l’agence de presse protestante romande Protestinfo, Anne-Sylvie Sprenger et Lucas Vuilleumier, ont été licenciés alors qu’ils enquêtaient sur la gestion institutionnelle d’abus sexuels présumés visant un théologien. Un cas qui avait rapidement pris de l’ampleur, étant largement relayé par la presse profane. Des groupes de soutien se sont formés, accusant les employeurs des journalistes, la Conférence des Églises romandes (CER), d’avoir voulu «censurer» des informations gênantes.

Un litige privé?

Une plainte avait dans la foulée été déposée auprès de la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la sécurité des journalistes. En novembre, la Plateforme avait consacré à l’affaire une alerte officielle de niveau 2 (sur trois), sollicitant une réponse officielle des «autorités nationales» du pays concerné.

La Confédération a répondu le 12 février 2026 en publiant une réponse rédigée par l’Office fédéral de la communication (OFCOM). La missive assure tout d’abord que «la Suisse est profondément attachée à la protection des droits fondamentaux et reconnaît le rôle essentiel que joue la liberté des médias dans la préservation de la démocratie et de L’État de droit». L’OFCOM rappelle qu’en Suisse, l’art. 17 de la Constitution fédéral garantit la liberté des médias. «Il ne s’applique toutefois pas directement aux relations entre parties privées», relève l’office fédéral. «Dans le cas présent, le litige concerne exclusivement des parties privées, à savoir l’éditeur CER/Protestinfo et les journalistes licenciés.» L’OFCOM affirme ainsi ne pas pouvoir agir face à cette situation.

La Suisse «hypocrite»?

Une réponse qui n’a pas satisfait certains acteurs et observateurs, dont Olivier Feller. Interpellé par cath.ch, Lucas Vuilleumier dit souscrire à l’interpellation du conseiller national. Il trouve la réponse de la Confédération par trop «frileuse et prudente». «Bien sûr qu’au niveau contractuel il s’agit d’une affaire privée. Mais la liberté de la presse, elle, n’est pas privée, c’est au contraire un bien commun que L’État a le devoir de faire respecter.»

Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes, organisation partenaire du Conseil de l’Europe pour la Plateforme, a jugé la réaction suisse «très décevante et hypocrite», rapporte le Blick.

Olivier Feller met, dans son interpellation, l’accent sur l’enjeu des dissimulations d’abus sexuels.«L’OFCOM ne devrait-il pas déposer plainte – ou faire en sorte qu’une plainte soit déposée – afin d’éclaircir cette affaire désormais publique dès lors qu’une potentielle infraction de nature sexuelle est en cause?», questionne ainsi le parlementaire.«Le licenciement de ces deux journalistes n’étant justifié ni par un défaut de compétence ni par une faute professionnelle, l’OFCOM estime-t-il que l’argument avancé par l’éditeur du ‘désaccord éditorial’ dans une affaire potentiellement grave est suffisant pour justifier un renvoi pour ‘rupture de confiance’?», poursuit-il. La Confédération devrait répondre à l’interpellation en mai 2026.

Quelle ‘solidarité lucide’?

Dans une réaction au Blick (14 mars 2026), Olivier Feller estime que «cela semble politique. Le contrat qui lie Protestinfo à l’Église réformée vaudoise (EERV) demande une ‘solidarité lucide’ de la rédaction avec les églises protestantes. Cela veut dire qu’on ne peut pas faire du ‘Charlie Hebdo’, pratiquer le blasphème. Mais il me semble qu’enquêter sur de potentielles infractions pénales ne contrevient pas à la solidarité lucide.»

Dans le contexte où l’État vaudois est un important financier des Églises reconnues, dont l’Église évangélique réformée, «on aurait pu imaginer que la Confédération prenne contact avec le Conseil d’État vaudois à ce sujet, estime le conseiller national. Il y aurait pu y avoir un dialogue entre collectivités publiques.»

A noter qu’une commission des Églises protestantes doit examiner l’affaire Protestinfo. (cath.ch/blick/com/arch/rz)

«L'affaire Protestinfo» est maintenant remontée jusqu'au Palais fédéral | © marcelkessler/Pixabay
16 mars 2026 | 12:27
par Raphaël Zbinden
Temps de lecture : env. 3  min.
Confédération (20), EERV (91), Journalisme (68), Médias (155), Protestinfo (16)
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