Une dissonance en pleins préparatifs du 500ème anniversaire

Pully: Le théologien Bernard Reymond relativise le rôle réformateur de Calvin

Déo Negamiyimana, pour l’Apic

Lausanne, 5 octobre 2008 (Apic) Du haut de ses 75 ans, le professeur Bernard Reymond vient de publier un essai(*) où il relève les qualités du réformateur Jean Calvin tout en prenant ses distances par rapport à lui. L’auteur met ainsi en relief un homme d’Eglise qui tolère difficilement les idées contraires aux siennes et dont ne dépend pas finalement la vraie Réforme telle que les calvinistes ont voulu le faire croire.

«Je n’aurais pas aimé vivre dans la Genève de Calvin, j’aurais probablement préféré Strasbourg, Bâle, Zurich ou ailleurs. J’aurais mal supporté son autoritarisme». Ces propos sont ceux de Bernard Reymond en train de réfléchir au rigorisme de Calvin dont il reconnaît par ailleurs les qualités intellectuelles. «C’est l’une des meilleures plumes du monde francophone du 16ème siècle, reconnaît-il. Nous lui devons une excellente organisation de l’Eglise, due à son esprit synthétique et fort bien coordonné ainsi qu’à sa formation de juriste.» Le professeur honoraire voit aussi en Calvin un bon pasteur. «Pour lui, explique le théologien, la loi divine balise l’itinéraire de sanctification du croyant, à la différence de la conception luthérienne selon laquelle la loi convainc essentiellement l’homme de péché.»

Calvin n’a pas inventé l’Académie protestante

Dans son livre, le Vaudois souligne combien il y a eu dans le monde des chrétiens et des Eglises qui sont réformés, mais sans être calvinistes à proprement parler. «Je veux attirer l’attention sur le fait que la réforme a eu lieu avant Calvin qui est un réformateur de la 2ème génération», indique le réformé qui ajoute qu’il y a eu toute une influence de la réforme qui ne dépend pas de Calvin.

L’auteur aimerait aussi remettre à sa juste place «un aïeul encombrant», comme l’indique le sous-titre de son ouvrage. «Il y a bien de choses qu’on attribue à Calvin sans qu’elles soient de lui», constate-t-il, exemples à l’appui. «Je viens de lire un article où l’auteur voit en Calvin est un père de la démocratie», c’est vraiment par trop solliciter les textes, s’étonne notre interlocuteur. Il ne voit pas non plus en Calvin un inventeur des académies protestantes d’expression française. Il rappelle que celle de Lausanne a été ouverte quelque 20 ans avant l’arrivée de Calvin à Genève. «En revanche, Calvin et Théodore de Bèze ont eu l’intelligence d’accueillir dans leur ville un corps professoral, celui de Lausanne, poussé à l’exil par la maladresse des autorités bernoises.»

Les réformateurs n’étaient pas tous des calvinistes

«Dans la symphonie qui va être mise en place à l’occasion du 500ème anniversaire de la naissance de Calvin en 2009, mon petit livre va faire figure de petite dissonance», fait remarquer Bernard Reymond. Le protestantisme réformé constitue à ses yeux un ensemble bigarré dont les têtes émergeantes de l’époque sont Zwingli, Bullinger, et d’autres grandes figures, y compris bien évidemment Calvin. Notre interlocuteur recommande de lire Calvin comme un homme du 16ème siècle qui a beaucoup donné à son Eglise – «un réformateur parmi d’autres.» Après lui, le protestantisme est passé par toute une évolution aboutissant par exemple au 19ème siècle au libre examen en matière de foi, une exigence qui a fini par s’imposer dans la plupart des Eglises réformées historiques. En France comme en Suisse, les protestants réformés ne sont en général plus tenus de souscrire à une confession de foi, un indice entre plusieurs autres qui devrait dissuader de les qualifier calvinistes.

(*)Bernard Reymond, «Le protestantisme et Calvin : Que faire d’un aïeul si encombrant ? «, Genève, Labor et Fides, 2008, 134 pages. (apic/Dng/js)

5 octobre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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