Pologne: Un jésuite interdit de s'exprimer en public

Puni pour ses critiques envers l’un de ses pairs

Varsovie, 21 août 2013 (Apic) Le jésuite polonais Krzysztof Madel a été sommé par sa hiérarchie de ne plus s’exprimer en public, pour une période indéterminée, rapporte le 19 août 2013 le quotidien polonais «Gazeta Wyborcza». En cause, des critiques émises récemment contre un sermon de son compatriote, le Père Aleksandr Jacyniak, un autre jésuite.

«J’ai reçu une interdiction verbale de m’exprimer sur internet, même sur Facebook. Je ne peux pas prononcer de sermon, ni confesser quiconque», explique le Père Madel. Le jésuite entend faire recours contre la décision du Provincial de Pologne, et faire valoir «un droit général d’expression dans les médias», comme accordé, selon lui, par ses prédécesseurs.

Une des raisons non officielles de la sanction serait, d’après «Gazeta Wyborcza», la récente interview donnée par le Père Madel à ce même journal. Il y critiquait le prêtre polonais Franciszek Longchamps de Bérier, membre du groupe de travail de l’Eglise nationale sur la bioéthique, vivement opposé à la fécondation in vitro. Le jésuite l’avait notamment qualifié d’»ignorant diplômé», en référence à ses titres universitaires. Le Père Madel avait également dit de Mgr Henryk Hoser, archevêque de Varsovie-Praga, qu’il «fonctionne comme au temps du communisme».

Théories du complot

La raison officielle de la mise sous silence du religieux est l’un de ses commentaires posté la semaine dernière sur le site internet «Natemat.pl». Le Père Madel y critiquait le sermon prononcé le 10 août dans la cathédrale Saint-Jean de Varsovie par son confrère jésuite Aleksandr Jacyniak. Le Père Madel avait qualifié l’homélie de «sermon du complot», en rapport aux théories de conspiration développées par son confrère à propos de la catastrophe aérienne de Smolensk. Le 10 avril 2010, l’avion présidentiel polonais s’était crashé sur l’aéroport de la ville de Russie occidentale, provoquant la mort d’une grande partie du gouvernement polonais. Le Père Jacyniak avait ainsi longuement énuméré, dans son homélie, les «morts mystérieuses» qui ont touché, après la catastrophe, un certain nombre de personnes concernées par le dossier, suggérant un complot contre l’ancien gouvernement. Le Père Madel a accusé son pair d’avoir favorisé les «insinuations», aux dépens de l’aspect théologique de son sermon.

Cette affaire intervient alors qu’un autre ecclésiastique polonais, l’abbé Wojciech Lemanski, a été renvoyé de sa paroisse, début août, et également interdit de s’exprimer publiquement, pour avoir critiqué sa hiérarchie. La presse polonaise parle actuellement d’un courant «d’insubordination» dans l’Eglise du pays, qui remet en cause la traditionnelle orientation conservatrice de l’institution. (apic/gazw/rz)

21 août 2013 | 09:54
par webmaster@kath.ch
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