Islam Béheiri a été accusé de prononcer des diffamations contre les interprètes classiques de la religion musulmane. (Image: kabtnnywoz.com)
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Islam Béheiri a été accusé de prononcer des diffamations contre les interprètes classiques de la religion musulmane. (Image: kabtnnywoz.com)

Qualifié d'apostat, un réformateur égyptien est en danger de mort

09.05.2017 par Loula Lahham, correspondante de cath.ch en Egypte

Le Dr Ahmad Hosny, recteur de l’université d’Al-Azhar accuse Islam Béheiri, jeune réformateur égyptien, de diffamation à l’encontre des interprètes de la religion musulmane. Il qualifie Islam Béheiri d’apostat, contrairement à Daech qui n’est, selon lui, “pas sorti de la religion”. Il a été limogé le 6 mai 2017.

Islam Béheiri est un jeune réformateur égyptien qui prône la nécessité d’opérer une relecture approfondie des livres d’interprétation du Coran et des dires du Prophète de l’islam, considérés par la majorité des musulmans comme étant des textes sacrés, voire des piliers de la religion elle-même.

Une attitude qui lui vaut l’hostilité du recteur de l’Université d’Al-Azhar, le Dr Ahmad Hosny. Dans une émission de télévision, le recteur a reproché à Islam Béheiri d’avoir prononcé “des diffamations contre les principaux interprètes classiques de la religion musulmane, dont notre grand imam Boukhari (810-870). Un tribunal a considéré ses propos comme étant une diffamation à la religion et une insulte à nos grands imams. C’est un apostat”.

Dans cette même émission, le Dr Hosny a jugé que le groupe de l’Etat islamique, “Daech témoigne qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et que Mohamad est son messager. Il n’est donc pas sorti de la religion, mais commet cependant des actes de désobéissance. Je ne peux pas dire qu’ils sont des apostats”. Cette émission, transmise en direct, a été vue par des millions de spectateurs. Elle a suscité un tollé, suivi d’un grand débat médiatique, entre ceux qui condamnent la déclaration du recteur de l’Université et ceux qui l’approuvent.

Le recteur d’Al-Azhar limogé

Au lendemain de l’émission et quelques jours après la visite du pape François à Al-Azhar, la plus haute instance sunnite dans la monde musulman, le grand-imam, le cheikh Ahmad Al-Tayeb, s’est vu dans l’obligation de limoger le Dr Hosny.

Il est contraint de quitter ses fonctions et de reprendre le poste de vice-recteur qu’il occupait auparavant. Il a été sommé de présenter des excuses publiques dans les médias: “Personne n’a le droit de qualifier un individu d’apostat ou de blasphémateur. C’est la justice qui en est concernée”.

Notons que les oulémas d’Al-Azhar n’ont pas été unanimes face à cette qualification d’apostat. Plusieurs d’entre eux ont déclaré que ce genre d’avis religieux pourrait nuire à la sécurité de la nation et semer le chaos dans un pays qui souffre d’un taux d’analphabétisme de 29.7%.

Islam Béheiri menacé de mort

“Je lui pardonne a répondu Islam Béheiri. J’aurais, si non, sûrement intenté un procès contre lui, poursuit-il. Cependant, est-il vraiment conscient du sens du mot ‘apostat’ et de son jugement dans la jurisprudence islamique (la mise à mort, ndlr) ?”

Islam Béheiri sait maintenant qu’il est menacé de mort. Deux cas, parmi des antécédents, le prouvent: le meurtre du penseur Farag Fouda, qui avait tenté d’alarmer la société des dangers de l’islam politique et radical. La tentative de meurtre du Nobel de la littérature égyptienne, Naguib Mahfouz, qualifié de blasphémateur par des fondamentalistes qui n’avaient pas lu ses œuvres. Un avis religieux avait suffi.

L’islam condamne l’apostasie

L’apostasie désigne le fait de quitter la foi musulmane, en devenant athée ou en se convertissant à une autre religion. L’islam la considère comme le danger le plus grave auquel le musulman puisse être exposé et qu’elle menace l’identité de la communauté musulmane en remettant en question sa foi en Dieu et au Prophète Mohamad.

En raison de ce danger, le droit musulman classique condamne, d’une manière générale, l’apostat à mort. Les avis religieux divergent parfois sur l’application des sanctions selon les pays, les orientations politiques et les époques.


 Quelles sont les structures d’Al-Azhar?

 Le grand-imam, le cheikh Ahmad Al-Tayeb, est le chef spirituel et administratif suprême d’un complexe islamique, Al-Azhar, qui est formé de la Mosquée d’Al-Azhar et l’Université d’Al-Azhar.

La mosquée est formée de trois corps principaux:

Le Conseil des recherches, qui comprend le mufti de la République (principal émetteur d’avis religieux), le recteur de l’Université, le ministre des Waqfs (bien religieux) et plusieurs oulémas d’islam.

-la Daawa: un conseil de plusieurs oulémas chargés de planifier et de contrôler la prédiction.

-Le Rectorat, une administration qui supervise environ 7’500 instituts d’enseignement religieux primaires et secondaires, avec quelque 2 millions d’élèves, garçons et de filles, dans des écoles séparées. Le rectorat nomme des prédicateurs qui ont pour mission d’enseigner l’islam à l’étranger.

L’université d’Al-Azhar comprend 70 facultés religieuses et laïques (droit, ingénierie, langues, mais aussi fondements de la religion, jurisprudence, etc.) réparties dans toute l’Egypte. Elle compte un demi-million d’étudiants, parmi lesquels des milliers viennent de l’étranger.

Globalement, le mot “Al-Azhar” il concerne donc tous les dirigeants de ces corps, qui forment la plus grande instance sunnite du monde musulman. (cath.ch/lahham/bh)


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