«Quand l'argent suisse détruit la forêt tropicale»

Lausanne: «Pain pour le prochain» dénonce l’accaparement des terres en Indonésie

Lausanne, 12 novembre 2014 (Apic) Les banques suisses financent l’accaparement des terres en Indonésie ainsi que dans d’autres pays, dénonce «Pain pour le prochain» (PPP), l’organisation de développement des Eglises protestantes de Suisse. D’après une étude de PPP, «là où les plantations fleurissent, les populations ainsi que les derniers orangs-outans survivants sont déplacés». Pour l’œuvre d’entraide protestante, «l’argent suisse détruit la forêt tropicale».

La forêt tropicale et des terres agricoles disparaissent en Indonésie, quand des investisseurs accaparent de grandes surfaces pour planter des palmiers à huile dont la production est destinée à l’exportation. Cet accaparement des terres a pris une grande ampleur ces dernières années et provoqué l’expulsion de nombreuses personnes.

La Banque J. Safra Sarasin et Credit Suisse dans le collimateur de PPP

Des banques suisses sont aussi impliquées, par le cofinancement de l’accaparement de terres et de la déforestation, peut-on lire dans une étude de Pain pour le Prochain. Celle-ci porte sur l’analyse des 17 plus grosses banques et prestataires de fonds de placement en liens avec 17 entreprises dont les agissements sont critiqués par les populations locales. La nouvelle étude de PPP est la continuation d’une analyse de 2012 portant sur les investissements des banques publiques de développement: cette analyse a montré que «de l’argent public finançait – et finance toujours – l’accaparement des terres dans différents pays».

Deux faits marquants peuvent être tirés de l’étude sur le financement privé de l’accaparement des terres: la Banque J. Safra Sarasin détient une participation de CHF 404 millions dans IOI Group, une entreprise indonésienne. Et Credit Suisse détient 10 % des actions de l’entreprise vietnamienne Hoang Anh Gia Lai. Ces deux participations prouvent que les politiques de développement durable ne sont pas suffisamment appliquées. PPP exige que ces deux banques – ainsi que toutes les autres institutions financières – se retirent du financement de l’accaparement des terres avec ses conséquences néfastes pour les populations locales.

Sans égard pour le développement durable

IOI est un des actionnaires principaux de Bumitama Agri qui a d’énormes plantations sur l’île de Bornéo, la principale île d’Indonésie. Là-bas les forêts tropicales sont détruites, les droits fonciers sont violés, et la protection des populations et de la nature est souvent ignorée. Certains orangs-outans doivent être sauvés in extremis des machines qui défrichent les forêts. Yvan Maillard Ardenti, chargé à PPP du dossier «Accaparement des terres et marchés financiers», s’étonne que J. Safra Sarasin détienne CHF 404 millions des actions de IOI. «Cette banque privée se profile depuis des années sur le créneau des placements durables. La politique d’investissement durable devrait aussi être appliquée pour cet engagement dans IOI».

On ne trouve que peu d’investissements controversés dans les fonds de placement en Suisse de Credit Suisse. Par contre, par le biais de sa filiale chinoise Credit Suisse (Hong Kong), la grande banque détient 10% de l’entreprise vietnamienne Hoang Anh Gia Lai qui possède de grandes plantations de caoutchouc.

Credit Suisse roule pour le Vietnam

Cette entreprise acquiert des terres au Laos et au Cambodge, deux pays où la protection des droits humains et de la nature n’est pas garantie. Hoang Anh Gai Lai fait l’objet d’une plainte auprès de la Banque Mondiale pour avoir accaparé des terres appartenant à des communautés et détruit leurs moyens de subsistance.

Hoang Anh Gia Lai ainsi que IOI font régulièrement l’objet de critiques. On peut trouver de nombreuses indications des conséquences négatives de leurs investissements dans la terre, à la fois dans les bases de données du secteur financier et dans les rapports des ONG, note l’étude de PPP. Yvan Maillard Ardenti relève que le montant total des investissements révélé par cette étude ne constitue que la pointe visible de l’iceberg. «Dans de nombreux pays où des accaparements massifs de terres ont lieu, on ne trouve aucune information ou rapport indépendant sur les accapareurs. Un exemple est l’Ethiopie avec sa dictature». (apic/ppp/com/be)

12 novembre 2014 | 11:14
par webmaster@kath.ch
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