L'Action Sainte-Elisabeth s'efforce d'élever le statut des femmes dans les pays pauvres (Photo d'illustration: UN Women Asia and the Pacific/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0)
Suisse
L'Action Sainte-Elisabeth s'efforce d'élever le statut des femmes dans les pays pauvres (Photo d'illustration: UN Women Asia and the Pacific/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0)

"Quand les femmes coopèrent, elles développent une force de caractère incroyable"

29.05.2018 par Regula Pfeifer, kath.ch/traduction et adaptation: Raphaël Zbinden

La Ligue suisse des femmes catholiques (SKF) a célébré le 24 mai 2018, à Zoug, le 60e anniversaire de l’Action Sainte-Elisabeth (Elisabethenwerk). Cette petite œuvre d’entraide liée à la SKF concentre son action sur les femmes, principalement dans les pays pauvres. Les collaboratrices Damaris Lüthi et Elisa Moos expliquent pourquoi ce choix est pertinent.

Quelle est votre motivation de travailler pour une œuvre d’entraide ciblant les femmes?
Damaris Lüthi:
Auparavant, j’ai travaillé pour une œuvre d’entraide qui collaborait avec des hommes et des femmes. J’ai été convaincu de la pertinence de se concentrer sur les femmes en travaillant pour cette petite organisation. L’expérience montre en fait qu’avec le temps, les hommes se laissent convaincre et se joignent à la démarche.

Elisa Moos: Lorsque les femmes travaillent ensemble, elles développent une force de caractère incroyable. Lors de mes visites sur place, je constate aussi que les hommes participent. Vous ne pouvez pas simplement les exclure. En Afrique, ils s’expriment souvent sur les projets, et quand ils le font, c’est pour les soutenir.

Elisa Moos | © Regula Pfeifer

DL: Quand je travaillais avec des personnes des deux sexes, il était souvent difficile pour les femmes d’intégrer les projets. Notre approche, avec l’Action Sainte-Elisabeth, exige que les femmes soient impliquées. Dans le cas contraire, tout investissement financier est exclu. Il est clair que les femmes doivent pouvoir bénéficier de l’aide en premier lieu, même si les hommes tentent d’intervenir par la suite.

Cela encourage-t-il les femmes à devenir actives sur le terrain?
EM:
Absolument. Le fait de les prendre au sérieux dans leurs besoins spécifiques et de les autoriser à s’engager dans un projet les renforce dès le départ. Nous menons toujours des formations en leadership, en rhétorique et dans d’autres domaines d’émancipation. Cela leur permet d’aller de l’avant. C’est quelque chose que nous observons très clairement.

De quelle façon l’avez-vous observé?
EM:
En Bolivie, j’ai rencontré une femme qui, au début, parlait à peine. Une fois, elle a pris le micro et a fait part de son opinion. Quand je suis revenue, elle s’était complètement affirmée et était devenue présidente du groupe de projets.

“Il faut beaucoup de temps pour que les femmes soient réellement renforcées”

DL: En Inde, nous commençons toujours par la création de groupes d’épargne et de crédit. Comme dans d’autres pays, nous travaillons avec les femmes les plus défavorisées. Dans de nombreux endroits, elles ne peuvent se permettre qu’un seul repas par jour. Il est très difficile de travailler avec ces femmes, c’est pourquoi d’autres organisations choisissent souvent des personnes plus aisées. Nous nous engageons à ce que les personnes gravement démunies bénéficient d’un profit économique. Mais nous ne donnons jamais rien de matériel. Les personnes doivent s’en sortir par elles-mêmes. L’expérience montre que les dons matériels favorisent une attitude de simple bénéficiaire. Cela ne rend pas les projets durables. C’est pourquoi, en Inde, nous proposons plutôt des formations. Ce sont des actions qui prennent du temps. Les projets sur lesquels je travaille durent ainsi environ six à sept ans.

Pourquoi cela prend-il tant de temps?
DL
: Il faut beaucoup de temps pour faire en sorte que les femmes soient réellement renforcées. Les projets commencent par la création d’un groupe d’épargne et de crédit. D’abord, les femmes remboursent leurs dettes, achètent des uniformes scolaires pour leurs enfants et paient les frais de santé. Ce n’est que lorsque la situation s’est améliorée qu’elles peuvent fonder de petites entreprises. Par exemple, elles achètent une parcelle de terre à cultiver en commun, ou elles investissent individuellement dans des échoppes de fruits, ou achètent une chèvre pour en vendre le lait.

Damaris Lüthi | © Regula Pfeifer

Parallèlement, nous proposons des cours de formation continue. Par exemple, les femmes apprennent à présenter des demandes de subventions auprès de l’Etat. En Inde, c’est un processus compliqué, en particulier pour des femmes analphabètes. Ultérieurement, nous formons également des femmes à la politique, afin qu’elles puissent mettre en place dans leurs villages des programmes publics, par l’intermédiaire des autorités locales, destinés aux personnes défavorisées. Il est évident que toutes ces mesures renforcent beaucoup les femmes.

Quelle est, selon vous, l’importance de l’Action Sainte-Elisabeth pour la Ligue des femmes catholiques?
EM:
Je n’arrête pas d’entendre la phrase: La SKF est inconcevable sans l’Action Sainte-Elisabeth. L’organisation humanitaire nous permet de regarder au-delà de nos propres horizons, de réseauter dans le monde entier et de nous tenir au courant des développements dans d’autres parties du monde. (cath.ch/rp/rz)


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