Les Romands en fonction au Vatican: Charles Morerod, Secrétaire général de la Commission théologique internationale. Deuxième d’une série de 4 portraits qui comprend également l’aumônier de la Garde Suisse pontificale Alain de Raemy, le cardinal Cottier, et le vice-commandant de la Garde suisse pontificale Jean-Daniel Pitteloud.
Quatre importantes nominations en 2009
Rome, 25 mai 2010 (Apic) Durant l’année 2009, Charles Morerod a été nommé tour à tour Secrétaire général de la Commission théologique internationale, Consulteur de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis membre de la Commission de dialogue avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et Recteur de l’Angelicum (Université pontificale S. Thomas d’Aquin). «Je ne suis pas très soucieux. Tant mieux. Sinon je penserais qu’il est impossible de mener toutes ces missions de front», lance le dominicain fribourgeois, interviewé par l’Apic dans son bureau à Rome.
Plusieurs connaisseurs des travées du Vatican l’affirment: vu son jeune âge (48 ans) et la façon dont le pape a insisté pour l’engager comme collaborateur, Charles Morerod est promis à un brillant avenir au sein de l’Eglise catholique, même si l’intéressé ne semble pas vraiment concerné par le futur. Pour l’instant, il doit encore «digérer» son impressionnante série de nominations. «C’est vrai que tout cela fait un peu beaucoup», finit-il par admettre.
Mais comment a-t-il été choisi par Benoît XVI lui-même comme Secrétaire général de la Commission théologique internationale, ce poste-clé qui a entraîné les deux autres nominations au Vatican? Il ne le sait pas. Ou affirme ne pas le savoir … Et comme membre de la commission de dialogue avec les intégristes non plus. L’an dernier, le cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, lui demande s’il est d’accord de devenir Secrétaire général de la Commission théologique internationale. En ajoutant: «Si vous acceptez, le Saint-Père en serait très heureux». Charles Morerod est visiblement apprécié par Benoît XVI. Mais pourquoi ? Et comment le pape le connaît-il ? «D’une certaine façon ça ne me regarde pas tellement», lâche-t-il.
«Je ne veux pas devenir recteur»
Puis, quelques mois plus tard, il est élu recteur de l’Angelicum au terme d’un processus en deux phases. Un collège électoral interne établit une liste de trois candidats et la présente au Maître général des dominicains – qui a le titre de Grand Chancelier de l’Université – lequel choisit un des trois nominés. Son choix s’est porté sur Charles Morerod. Pourtant, ce dernier avait mené une campagne active pour ne pas être élu. Il l’a dit ouvertement au sein de l’Angelicum: «Je ne veux pas devenir recteur». Il a fallu l’insistance du Maître général des dominicains, le Père Carlos Alfonso Azpiroz Costa, pour obtenir un «oui» de résignation. «J’ai obéi», lâche Charles Morerod. «Mais ça fait un peu beaucoup». De plus, il ne se considère pas comme une personne portée sur l’administration.
Et l’enseignement dans tout ça. A-t-il dû arrêter? Pas du tout, au contraire. Il enseigne toujours, et même davantage que l’an dernier. Il donne un cours de philosophie sur l’athéisme, qui est une de ses spécialités, et un cours sur le dialogue oecuménique entre catholiques et luthériens, une autre de ses spécialités. Il donne aussi quelques cours à l’Université du Latran à Rome et des conférences un peu partout dans le monde (Il était fin avril à Moscou pour parler de l’athéisme). Cet infatigable théologien est également membre de la commission de dialogue entre catholiques et orthodoxes depuis 2006 et participe à la rédaction de la revue «Nova et Vetera».
Ce natif de Bulle, dans le canton de Fribourg, se rend encore plusieurs fois par année en Suisse, que ce soit dans sa famille en Gruyère, dans sa communauté des dominicains de St-Hyacinthe à Fribourg, et à Moutier dans la partie francophone du canton de Berne, où il est invité une fois par année pour des animations. Mais son avenir, c’est très probablement à Rome qu’il se déroulera. Du moins jusqu’à la retraite, qui peut être prise à 75 ans pour les religieux enseignants universitaires. Mais en réalité, Charles Morerod n’a pas de projets à long terme, vu toutes les récentes nominations dont il vient d’être l’objet. Et vu son jeune âge, tout reste encore ouvert …
Encadré:
L’Angelicum a la cote auprès des anglophones
La «Pontificia Università S. Tommaso d’Aquino», appelée plus communément «Angelicum», est située à un jet de pierre de la Place de Venise à Rome. Cette université comprend quatre Facultés: théologie, droit canonique, philosophie, sciences sociales, ainsi qu’un Institut S. Thomas et un Institut de Spiritualité. Elle compte entre 1’300 et 1’400 étudiants, provenant d’environ 100 pays. 40% des étudiants sont des Européens, 20% des Asiatiques et 20% des Nord-Américains. Les Latino-Américains, Africains et Australiens constituent donc ensemble le 20% des étudiants
L’Université compte 2/3 de prêtres, futurs prêtres, religieuses et religieux. Alors que 1/3 des étudiants sont des femmes. A noter le nombre important d’anglophones, du fait que c’est la seule université pontificale avec un programme complet en anglais. Par exemple, tous les séminaristes écossais viennent étudier la philosophie à l’Angelicum. Il y a seulement 3 étudiants suisses : deux Alémaniques et un Romand.
Encadré:
Fribourg – Rome, allers et retours
Charles Morerod, natif de Bulle en Gruyère, entre au Grand Séminaire de Fribourg en 1981. Un an plus tard, il rejoint le couvent dominicain Saint-Hyacinthe, tout en poursuivant ses études de théologie à l’Université de Fribourg. Il obtient sa licence en 1987 et prononce ses vœux perpétuels. L’année suivante, il rejoint Genève où il oeuvrera durant deux ans en pastorale à la paroisse Saint-Paul de Grange-Canal, dans laquelle il est ordonné prêtre. Puis il retourne à Fribourg et obtient en 1993 un doctorat en théologie, avec une thèse sur la controverse entre Cajetan et Luther. Après plusieurs années d’enseignement entre Fribourg et Rome, il s’installe à l’Angelicum en 1999 et devient doyen de la Faculté de philosophie en 2003. En 2005, il obtient son doctorat en philosophie à Toulouse, avec une thèse consacrée au protestant libéral britannique John Hick.
Note: Des photos en lien avec cet article peuvent être commandées à l’Apic. Prix: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.
(apic/bb)



