Celles d’après le Concile Vatican II
Québec: Le cardinal Ouellet n’exclut pas d’autres excuses concernant les fautes de l’Eglise
Rome, 23 novembre 2007 (Apic) Après les vagues suscitées au Québec en milieu de semaine par ses premières excuses concernant les fautes passées de l’Eglise catholique, le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, n’exclut pas de s’excuser une nouvelle fois sur les torts qu’aurait commis l’Eglise depuis 1960. Il s’est par contre dit étonné des réactions négatives suscitées par la publication de sa lettre dans les quotidiens québécois, qu’il voit, à l’instar de la démarche faite à l’époque par Jean Paul II, comme un geste invitant à la réconciliation.
A la télévision, le cardinal Ouellet a affirmé que son seul but était de tendre la main aux Québécois. A ceux qui l’accusent d’avoir agi seul – et pas au nom des membres de la Conférence épiscopale québécoise -, le cardinal souligne qu’il a consulté plusieurs évêques, dont ses évêques auxiliaires. Il se dit convaincu que la plupart d’entre eux sont d’accord avec les propos contenus dans cette lettre.
Mais l’archevêque de Québec ne désire pas en l’état se lancer dans la deuxième partie du débat, concernant l’époque post-conciliaire. «Je suis convaincu que la période d’après 1960 n’est pas sans fautes de notre part (.) C’est un début, le dialogue peut aller plus loin», lance-t-il.
Au XXe siècle, le clergé catholique canadien-français s’est opposé pendant des décennies au suffrage féminin, qualifié «de menace à la survivance culturelle du peuple». Ses positions «erronées» ont longtemps alimenté l’intolérance envers les ethnies autochtones et les homosexuels. La lettre aux médias se veut manifestement une tentative de reconstruire des ponts entre la population et l’Eglise catholique.
Dans sa «Lettre ouverte du cardinal Ouellet aux catholiques du Québec – Pardon pour tout ce mal!» – publiée par divers médias québécois, le primat du Canada reconnaît que «des attitudes étroites de certains catholiques, avant 1960, ont favorisé l’antisémitisme, le racisme, l’indifférence envers les premières nations et la discrimination envers les femmes et les homosexuels».
Et d’ajouter, concernant le traitement que l’Eglise québécoise a longtemps réservé aux femmes, que «le comportement des catholiques et de certaines autorités épiscopales pour ce qui a trait au droit de vote, à l’accès au travail et à la promotion de la femme n’a pas toujours été à la hauteur des besoins de la société ni même conforme à la doctrine sociale de l’Eglise».
Une confiance ébranlée
Il reconnaît aussi dans sa lettre ouverte que des abus de pouvoir et des contre-témoignages ont terni l’image du clergé et nui à son autorité morale: «des mères de famille ont été rabrouées par des curés sans égard pour les obligations familiales qu’elles avaient déjà assumées; des jeunes ont subi des agressions sexuelles par des prêtres et des religieux, leur causant de graves dommages et traumatismes qui ont brisé leur vie». Le cardinal Ouellet considère que «ces scandales ont ébranlé la confiance du peuple envers les autorités religieuses, et nous le comprenons!», avant d’ajouter: «Pardon pour tout ce mal!»
Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, l’archevêque de Québec a indiqué qu’il ne voulait pas discuter maintenant de l’Eglise d’après Vatican II, mais qu’il était disposé à écouter les critiques.
Mgr Ouellet se trouve ces jours-ci à Rome, où il participera ce samedi aux cérémonies du consistoire pour la création de 23 nouveaux cardinaux. Le primat du Canada estime qu’il fallait d’abord régler les problèmes un peu plus anciens. «Je crois qu’il faut y aller par étapes. J’ai voulu me centrer sur une période. Je ne veux pas me lancer dans la deuxième partie du débat. C’est un début, le dialogue peut aller plus loin», déclare-t-il sur les ondes de Radio Canada. Mais l’abbé Raymond Gravel, député du Bloc québécois de la circonscription de Repentigny, ne comprend pas pourquoi l’archevêque de Québec s’excuse pour les gestes commis par l’Eglise uniquement avant 1960.
«Comme si, après 1960, tout était parfait et qu’il n’y a aucune discrimination envers les femmes, aucune discrimination envers les homosexuels ou autres», dit-il. Selon l’abbé Gravel, sa demande de pardon devrait être accompagnée de gestes de réparation. Car l’opinion publique québécoise reste largement sceptique, notamment dans les secteurs qui ont milité pour la réhabilitation des «orphelins de Duplessis», nom donné à des milliers d’enfants orphelins qui ont faussement été déclarés malades mentaux par le gouvernement du Québec, dirigé à l’époque par le Premier ministre Maurice Duplessis. C’est l’Eglise catholique qui gérait alors les orphelinats.
La société québécoise traîne une mémoire blessée
«La société québécoise traîne une mémoire blessée dont les mauvais souvenirs bloquent l’accès aux sources vives de son âme et de son identité religieuse», écrit Mgr Ouellet. (.) J’invite les pasteurs et les fidèles à chercher avec moi la manière de reconnaître nos erreurs et nos déficiences, afin d’aider notre société à se réconcilier avec son passé».
Alain Crevier, l’animateur du magazine «Second regard» à Radio Canada, relève que cette demande de pardon se situe dans un moment de la «croisade» du cardinal Ouellet qui veut mener une nouvelle évangélisation au Québec. «Il voit le Québec comme une terre à conquérir, pour ramener les gens à l’Eglise catholique». Le journaliste note tout de même un certain malaise entre le cardinal Marc Ouellet et l’Assemblée des évêques du Québec, estimant que «le fossé se creuse» entre le primat du Canada et ses confrères.
Une démarche isolée et unilatérale
Sur les ondes de la radio d’inspiration chrétienne et oecuménique «Radio Ville-Marie», Soeur Gisèle Turcot, de l’Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal, estime dommage que le cardinal Ouellet se soit prononcé de façon isolée et unilatérale.
Il l’a fait sur un mode «patriarcal ou masculin», sans consultation, déplore-t-elle. Secrétaire générale de l’Assemblée des évêques du Québec de 1980 à 1983, Gisèle Turcot rappelle le «vrai processus de dialogue» avec les évêques du Québec mis en place depuis près de 30 ans.
«En 1986, souligne-t-elle, les évêques du Québec ont tenu une session d’étude avec une centaine de femmes pendant trois jours, pour voir comment la condition féminine peut affecter toute la vie, la mission de l’Eglise et son gouvernement. Il en est sorti des milliers de pages et des recommandations qui ont fait l’objet de sessions d’étude et de déclarations». Elle rappelle que tout ce processus se faisait en collaboration avec les femmes, y compris la demande de pardon en 1990. «Ce n’est pas une démarche unilatérale, et ce dialogue continue, c’est bien inscrit dans le calendrier de l’Eglise du Québec!» (apic/rc/be)



