Rome : A l’approche de l’été, les rumeurs vont bon train à la curie romaine

Quel successeur au cardinal Giovanni Battista Re ?

Rome, 18 juin 2010 (Apic) Au Vatican, les quelques semaines qui précèdent l’accalmie estivale sont traditionnellement marquées par des annonces ou nominations au sein de la curie romaine. Dans ce contexte, les rumeurs se font et se défont dans les milieux vaticanistes et révèlent parfois quelques luttes de pouvoir, en particulier concernant la présence italienne dans la curie.

La nomination qui fait le plus parler d’elle est celle du remplaçant du cardinal Giovanni Battista Re, 76 ans, à la tête de la Congrégation pour les évêques depuis septembre 2000. La nomination du chef de ce dicastère chargé de présenter au pape les noms des futurs évêques d’une grande partie des diocèses de la planète prend une dimension toute particulière alors que plusieurs évêques ont dû récemment remettre leur démission pour avoir couvert ou commis des actes pédophiles.

Le cardinal australien George Pell a été longtemps pressenti pour succéder au cardinal Re, notamment parce que l’archevêque de Sydney entrerait dans le processus d’ouverture de la curie romaine à des prélats non-italiens mené par Benoît XVI. Dernièrement, cependant, la candidature de l’archevêque de Sydney à l’un des postes les plus importants au Vatican semblait déjà appartenir au passé selon les vaticanistes italiens, en raison de l’état de santé du haut prélat mais surtout parce que George Pell avait été accusé dans les années 1960 d’abus sexuels, avant d’être innocenté.

Plus récemment, la presse anglo-saxonne a avancé l’hypothèse d’une coalition italienne contre la nomination du cardinal australien, au profit, par exemple, de Mgr Giuseppe Bertello, actuellement nonce apostolique en Italie et dont le nom apparaît sur tous les blogs italiens. Cependant, cette théorie a souffert de la révélation par le vaticaniste Andrea Tornielli (Il Giornale) d’une possible nomination du cardinal canadien Marc Ouellet à la tête de la Congrégation pour les évêques.

L’archevêque de Québec, âgé de 66 ans, connaît la curie pour avoir été secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens en 2001 et n’a plus à prouver son attachement au pape, puisqu’il est notamment membre de la revue Communio, fondée par Joseph Ratzinger et Hans Urs von Balthasar (1905-1988).

Pour autant, Benoît XVI peut décider de maintenir le cardinal Giovanni Battista Re jusqu’à janvier 2011, lorsqu’il fêtera ses 77 ans.

Les rumeurs actuelles de changements au sein de la curie sont aussi alimentées par le fait que de nombreux autres chefs de dicastère ont eu, ou auront, 76 ans au cours de l’année 2010. C’est en effet généralement la limite d’âge à partir de laquelle Benoît XVI a coutume de relever un haut prélat de ses fonctions, un an après l’âge de la retraite canonique.

Mgr Koch cité favori à la succession du cardinal Kasper

Le cardinal allemand Walter Kasper, actuel président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a pour sa part fêté ses 77 ans en mars dernier. A Rome, l’identité de son successeur fait l’objet de nombreuses conjectures. Le candidat dont le nom revient le plus souvent à la curie et dans le milieu des vaticanistes est celui de l’évêque de Bâle (Suisse), Mgr Kurt Koch. Ce dernier avait été reçu en février dernier par Benoît XVI au Vatican.

Fin juin, le pape pourrait aussi procéder à la nomination du remplaçant du cardinal Ivan Dias comme préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, l’un des postes les plus élevés au sein de la curie romaine. Une fois encore, le nom de Mgr Bertello, proche du cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, circule sur les blogs de certains vaticanistes. Bien qu’il n’ait pas atteint la limite d’âge officielle pour pouvoir présenter sa démission (75 ans), le haut prélat indien souffre depuis longtemps de problèmes de santé.

Enfin, le cardinal Paul Joseph Cordes, président du Conseil pontifical Cor Unum depuis 1995, fêtera ses 76 ans en septembre prochain. L’éventualité qui circule au Vatican d’une fusion de ce dicastère avec le Conseil pontifical Justice et Paix pourrait dès lors constituer un moyen de couper court au problème de la succession du haut prélat allemand.

Chaises musicales

Un autre haut prélat du Vatican fait beaucoup parler de lui : l’Italien Mgr Rino Fisichella. L’actuel président de l’Académie pontificale pour la vie a été désavoué officiellement en février 2010 par une partie de ses troupes – fait rarissime derrière les murs du Vatican – après ›l’Affaire de Recife’. Certains membres de l’académie n’ont en effet jamais pardonné à leur président d’avoir pris la défense, dans les colonnes de L’Osservatore Romano, de la fillette ayant avorté après avoir été violée, ainsi que de sa mère et du corps médical ayant pratiqué l’intervention.

Selon la presse italienne, Mgr Fisichella pourrait prendre les rênes du futur Conseil pontifical pour la ›nouvelle évangélisation’ que Benoît XVI s’apprêterait à créer. Le Vatican n’a pas officiellement confirmé l’institution de ce dicastère chargé d’évangéliser les populations des pays déchristianisés, l’Occident en premier lieu. Il n’est pas impossible, par ailleurs, que Benoît XVI décide de la prochaine tenue d’une assemblée du Synode des évêques consacrée à la nouvelle évangélisation.

Par ailleurs, il est très probable que Mgr Fisichella soit remplacé par le père Enrico dal Covolo à la tête de l’Université pontificale du Latran. Principal atout de ce salésien: avoir été choisi par Benoît XVI pour prêcher les exercices spirituels de Carême au printemps 2010. Autre atout : appartenir au même ordre religieux que le cardinal Bertone, qui, selon les vaticanistes, est à l’origine de nombreuses nominations, fort du soutien inconditionnel que le pape lui a manifesté officiellement à l’automne 2009.

A côté de ces nominations au sein de la curie, il faut enfin s’attendre à des remaniements à la tête des diocèses les plus puissants d’Italie, comme Milan ou Turin, souvent considérés comme des tremplins vers des postes à haute responsabilité à Rome. Ces nominations, qui sont souvent synonymes de barrette cardinalice, seront d’autant plus suivies – par la presse italienne – que Benoît XVI convoquera probablement un consistoire à l’automne 2010 pour la création de nouveaux cardinaux. (apic/imedia/cp/bb)

18 juin 2010 | 15:24
par webmaster@kath.ch
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