Vatican

Querida Amazonia: «Les rêves du pape nous invitent à nous indigner»

Les «quatre rêves» du pape François pour l’Amazonie exprimés dans son exhortation Querida Amazonia (Chère Amazonie), publiée le 12 février 2020, ne servent pas à se laisser anesthésier «mais nous invite à nous indigner», estime le cardinal Michael Czerny, secrétaire spécial du Synode pour l’Amazonie. Le jésuite s’exprime dans les colonnes de L’Osservatore Romano du 12-13 février.

Le propos de Querida amazonia est «l’amour du pape pour l’Amazonie et les conséquences de cet amour: un renversement de la façon commune de penser la relation entre la richesse et la pauvreté, entre le développement et le salut, entre la défense des racines culturelles et l’ouverture à l’autre», indique le cardinal Michael Czerny.

Le pape l’exprime sous la forme de quatre «grands rêves»: il rêve d’une Amazonie qui préserve sa richesse culturelle, sa vie débordante et de communautés chrétiennes «capables de s’incarner» en Amazonie et de «construire une Eglise au visage amazonien», ajoute celui qui a été le secrétaire spécial du synode.

«Je crois que ce regard et cette perspective sont à l’opposé d’une perspective évanescente ou utopique», déclare Mgr Czerny. «Le rêve est ici l’indication d’un chemin que toute l’Eglise doit emprunter. Sa beauté réside précisément dans la vision d’un horizon, et non dans l’imposition d’une série de préceptes. Aucune déclaration d’amour n’a la forme d’un contrat ou d’un livre de recettes».

«Je crois que ce regard et cette perspective sont à l’opposé d’une perspective évanescente ou utopique»,

Dans le même temps, le pape invite à construire des réseaux de solidarité et de développement «qui dépassent les différentes mentalités coloniales». Il nous appelle également à rechercher des alternatives dans plusieurs domaines, en matière d’élevage et d’agriculture durables, d’énergies non polluantes, de lancement d’entreprises qui ne conduisent pas à la destruction de l’environnement et des cultures. «En somme, les ‘grands rêves’ ne servent pas à se laisser anesthésier mais ils se nourrissent d’un engagement concret et quotidien», considère-t-il.

Viri probati: François «fidèle à ce qu’il avait dit avant le Synode»

Dans ce contexte, le pape pense que la «dimension pastorale est l’essentiel, qu’elle comprend tout, il le pense clairement», insiste le secrétaire spécial du synode. En ne proposant aucune ouverture à l’ordination d’hommes mariés, François est «resté fidèle à ce qu’il avait dit avant le synode». La possibilité d’ordonner des hommes mariés peut être discutée par l’Eglise et elle a librement été abordée pendant le synode.

Mais la question pour le pape n’est pas une affaire de nombre, et il n’est pas suffisant d’encourager une plus grande présence des prêtres. «Ce qu’il faut, c’est une nouvelle vie dans les communautés, un nouvel élan missionnaire, de nouveaux services assumés par des laïcs, une formation continue, de l’audace et de la créativité», insiste Mgr Czerny.

Il convient par ailleurs de «stimuler l’émergence d’autres services et charismes féminins». «Les femmes devraient avoir accès, dit le pape, à des fonctions et services ecclésiaux qui ne nécessitent pas d’ordination et qui devraient être stables et reconnus publiquement par un mandat des évêques».

Il est «peut-être temps» de revoir les ministères laïcs déjà existants dans l’Eglise, explique Mgr Czerny, «de revenir à leurs fondements et de les actualiser, de les lire à la lumière de la réalité et de l’inspiration de l’Esprit». (cath.ch/imedia/ah/bh)

«Je crois que ce regard est à l’opposé d’une perspective évanescente ou utopique», estime Mgr Michael Czerny | Capture écran
12 février 2020 | 12:38
par I.MEDIA
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