Quel rôle les Eglises sont appelées à jouer sur la question écologique? | © Pixabay
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Quel rôle les Eglises sont appelées à jouer sur la question écologique? | © Pixabay

Qu’est-ce que le christianisme peut apporter à l’écologie?

10.05.2019 par Pierre Pistoletti

L’apport spécifique du christianisme à l’écologie concerne la question du sens. C’est le point de vue de Fabien Revol, directeur de l’ouvrage Penser l’écologie dans la tradition catholique (Labor et Fides, 2018). Le chercheur à l’université catholique de Lyon figurait parmi les intervenants principaux de la journée d’études Catholicisme et écologie, qui s’est tenu le 10 mai 2019 à l’Université de Fribourg.

Une journée d’études est un lieu où la réflexion se nourrit d’échanges et de partages. Assis en cercle autour de quelques théologiens attachés à la question de l’écologie, une douzaine de participants écoutent et prennent la parole. Cette rencontre s’inscrit dans le sillage de la publication de l’ouvrage collectif, en novembre 2018, de Penser l’écologie dans la tradition catholique.

La question écologique est devenue incontournable. Et dans la foule de ceux qui en défendent la cause, les chrétiens sont aujourd’hui des “alliés inattendus”. Un changement de statut lié en partie à la manière de réinterpréter l’injonction biblique “soumettez la terre!” (Gn 1, 28). “Nous ne pouvons comprendre ce verset de la Genèse qu’à la lumière du 13e chapitre de l’Evangile de Jean, explique Fabien Revol. Le lavement des pieds. Le Christ nous indique la voie à suivre”.

Bon gardien de la création

Selon le chercheur à l’université catholique de Lyon, le christianisme est appelé à jouer un rôle important dans l’engagement écologique, encouragé en ce sens par l’encyclique Laudato Si du pape François. “La théologie et la spiritualité chrétiennes remplissent leur rôle en s’intéressant au sens de l’engagement. La révélation chrétienne permet de redécouvrir les bonnes raisons qu’a l’homme de devenir le ‘bon gardien’ de la création’”. Une posture qui implique “une conversion de regard sur le monde”, insiste l’universitaire lyonnais. “Il faut cesser de regarder le monde comme un stock de ressources à consommer.”

Fabien Revol, directeur de l’ouvrage Penser l’écologie dans la tradition catholique | © Pierre Pistoletti

Dans les échanges, il est question d’envisager la création comme le réceptacle de la présence de Dieu, le lieu d’un dynamisme dans lequel l’homme s’inscrit, capable d’en modifier le cours. Les distinctions théologiques s’articulent autour de cette présence divine. Pour Michel Maxime Egger, inspiré par la tradition orthodoxe, cette présence ne se découvre pas uniquement avec la raison. Elle s’éprouve. Et le théologien de s’interroger: “Comment nos liturgies pourraient-elles permettre de faire l’expérience de la nature en profondeur?”, avant de citer en exemple les monastères, où se déploie parfois l’écologie intégrale dont parle le Pape François.

Ouverture et autocritique

Michel Maxime Egger insiste sur l’esprit dans lequel aborder les questions écologiques. Il est question de décloisonnement, d’autocritique, d’ouverture et de transversalité. Autant d’attitudes nécessaires pour permettre à la réflexion chrétienne d’entrer en dialogue avec les autres acteurs du monde de l’écologie.

Restent les obstacles, au sein des communautés chrétiennes. Au cœur des échanges, certains pensent que la question devrait prendre plus d’envergure auprès des autorités ecclésiales catholiques – et pas seulement du côté des laïcs. Autre objection, entendue ici et là: “A quoi bon lutter contre la destruction de la planète? La Bible parle explicitement d’apocalypse et de fin des temps, prélude au retour du Christ”.

Un tel point de vue atteste d’une méconnaissance de l’Ecriture, selon certains intervenants, et de la responsabilité dont le Créateur investit la créature, invitée à prendre une part active à sa création. A ce propos, sourit l’un des participants, Luther aurait dit: “Que ferais-je, si on m’annonçait que la fin du monde serait pour demain? J’irai planter un arbre”.

Les discussions sont relativement techniques et les pistes évoquées appellent à une exploration très vaste. La petite assemblée qui réfléchit sous les voûtes de l’Université de Fribourg, qui pose des questions et esquisse des éléments de réponses, serait-elle, à sa mesure, un acte de cette “révolution culturelle” que le pape François appelle de ses vœux sur la question écologique dans l’Eglise? (cath.ch/pp)


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