Des dizaines de prisonniers libanais détenus
Rapport d’Amnesty International sur les otages oubliés d’Israël
depuis plus de 12 ans sans inculpation ni jugement
Londres/Berne, 9 juillet 1997 (APIC) Sous le titre «Les otages oubliés d’Israël», Amnesty International (AI) publie un nouveau document, avec le doigt à nouveau pointé sur Israël. Des dizaines de Libanais sont détenus illégalement depuis des années. Certains depuis plus de 12 ans même, sans jamais avoir été ni jugés ni inculpés. S’agit-il des victimes d’un groupe terroriste? «Non, nous parlons des otages oubliés détenus par l’Etat d’Israël», accuse AI.
Terrible réquisitoire de l’organisation mondiale contre un Etat qui foule aux pieds les résolutions de l’ONU et bafoue les droits de l’homme: «Les prisonniers détenus en Israël et dans le sud du Liban – sous contrôle israélien – sont retenus en otage par l’Etat d’Israël pour servir de monnaie d’échange dans le marchandage avec des groupes islamistes».
La plupart d’entre-eux ignorent pourquoi ils ont été placés en détention secrète prolongée. Certains sont incarcérés depuis plus de 12 ans sans inculpation ni jugement. «Les prisonniers libanais détenus par les autorités israéliennes ne savent pas quand ils seront libérés ni même s’ils le seront un jour. Pour AI, il est inacceptable pour un Etat de retenir des êtres humains en otages en dehors de tout cadre légal».
Dans son nouveau rapport,, AI expose le cas de 21 Libanais enlevés au Liban et transférés secrètement en Israël. Neuf d’entre-eux sont détenus dans certains cas depuis 10 ans sans inculpation ni jugement et les 12 autres ont été maintenus en détention, pour certains depuis 9 ans, après l’expiration des peines qui leur avaient été infligées par des tribunaux israéliens.
Selon AI, plus de 130 autres Libanais sont incarcérés dans le centre de détention de «Khiam», placé sous le contrôle de l’Armée du Liban-Sud (ALS), dans la «zone de sécurité» occupée par Israël dans le sud du Liban. Certains sont incarcérés sans jugement depuis 1985.
Le gouvernement israélien nie disposer d’une quelconque influence à «Khiam». «Toutefois, note AI, en tant que puissance occupante, il est responsable, au vu du droits international, de ce qui se passe dans cette zone. Il est par ailleurs indéniable que l’ALS est financée et contrôlée par Israël».
Chantage étatique
AI relate quelques cas particulièrement pénibles, comme celui d’’’Hasan Hijazi, arrêté le 1er septembre 1986 dans son village du sud Liban alors qu’il n’avait que 16 ans. Il affirme avoir été battu et placé à l’isolement pendant six semaines à «Khiam». Transféré en Israël cinq mois plus tard, il a été condamné à trois ans d’emprisonnement à l’issue d’un procès secret. Hasan Hijazi aurait dû retrouver la liberté en 1989. Huit ans plus tard, il est toujours détenu dans la prison de Ramieh.
Ghassan al Dirani souffre de troubles physiques et mentaux. Cela n’empêche nullement qu’il soit détenu sans inculpation ni jugement depuis 10 ans. Il a passé la plus grande partie de sa détention séparé de ses codétenus dans un hôpital pénitenciaire. Sa mère a utilisé un faux passeport pour tenter de lui rendre visite en Israël après cette très longue séparation. Elle a été immédiatement expulsée.
Selon un porte-parole du gouvernement israélien, «les libanais détenus en Israël ne recevront pas de visites tant que nous n’aurons pas de nouvelles de Ron Arad». Un aviateur israélien capturé par un groupe armé pendant la guerre du Liban.
Seule femme actuellement détenue à «Khiam», à la connaissance d’AI, Suha Beshara avait tenté d’assassiner en 1989 Antoine Lahad, le chef de l’ALS. Elle n’a jamais été jugée. D’autres prisonniers sont détenus depuis des périodes plus longues. Aucun motif sur leur incarcération n’a jamais été donné. Abd al Karim Hamid, étudiant, et Naser Abu Alaywa, ouvrier, sont emprisonnés sans inculpation et sans jugement depuis 1985. (apic/pr)



