Le cardinal Marx, président de la Conférence épiscopale allemande  (Photo: Flickr/JouWatch/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>)
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Le cardinal Marx, président de la Conférence épiscopale allemande (Photo: Flickr/JouWatch/CC BY-SA 2.0)

Rapport de L'Eglise allemande sur les abus sexuels: 3'670 victimes entre 1946 et 2014

25.09.2018 par Maurice Page

La Conférence des évêques d’Allemagne a présenté le 25 septembre 2018 une étude sur les cas d’abus dans l’Eglise catholique au cours des dernières décennies. Ce rapport documente 3’677 cas d’enfants et d’adolescents victimes d’abus sexuels entre 1946 et 2014 pour 1’670 prêtres coupables.

Le rapport de 350 pages est le résultat d’une vaste enquête interdisciplinaire lancée en 2013. Des 38’156 dossiers évalués dans les 27 diocèses allemands, il ressort que 1’670 membres du clergé (4,4%) ont fait l’objet d’allégations d’abus sur des mineurs. 3’677 enfants et adolescents victimes d’abus sexuels entre 1946 et 2014 ont été recensés.

Les structures de l’Eglise ont encouragé la violence

Lors de la conférence de presse à Fulda Le coordinateur de l’étude, le psychiatre Harald Dressing de Mannheim, a exprimé sa surprise concernant l’ampleur des abus. Pour lui, ce résultat suggère que les structures de l’Eglise ont encouragé la violence. “Cela inclut l’abus de pouvoir clérical, mais aussi le célibat et le traitement de la sexualité, en particulier de l’homosexualité.” Le rôle de la confession doit également être reconsidéré, car les auteurs l’ont utilisé à mauvais escient, en partie pour commettre les crimes, mais aussi pour les dissimuler. Selon lui, un examen plus approfondi de ces structures et de ces thèmes est plus important qu’une analyse des chiffres individuels, qui ne peuvent montrer que “la pointe de l’iceberg”.

Les évêques ont laissé carte blanche aux chercheurs

Le psychiatre s’est défendu aussi contre les critiques envers l’étude, notamment son caractère anonyme. Dès le départ, il avait été établi que les enquêtes devaient être menées de manière anonyme pour des raisons de protection des données, et qu’il ne serait pas possible d’avoir connaissance de tous les cas depuis 1946. Malgré ces restrictions, les chercheurs ont pu mettre au jour de nombreuses découvertes importantes. La Conférence épiscopale, en tant que mandataire, a toujours laissé carte blanche aux chercheurs, a ajouté le coordinateur de l’étude. Cette liberté s’est également appliquée à la présentation et à l’interprétation des résultats, qui ont été formulés uniquement par les scientifiques.

Cardinal Marx: “Nous n’avons pas écouté les victimes”

Le cardinal Reinhard Marx a réagi par une claire autocritique de l’Eglise: “Trop longtemps, dans l’Eglise, les abus ont été niés, détournés et passés sous silence”, a déclaré le président de la Conférence épiscopale. Il a demandé pardon à toutes les victimes et exprimé sa honte face à la confiance détruite par les crimes commis par des responsables de l’Église. “Je ressens de la honte pour ceux qui ont détourné le regard, qui n’ont pas voulu admettre ce qui s’était passé et qui n’ont pas pris soin des victimes. C’est valable pour moi aussi! Nous n’avons pas écouté les victimes.”

L’abus sexuel est un crime, a ajouté le cardinal Marx. Et ceux qui sont coupables doivent être punis. On avait trop longtemps détourné le regard au nom de l’institution “et de notre protection, à nous, évêques et prêtres”. L’Eglise a toléré des structures de pouvoir et a souvent encouragé le cléricalisme, qui à son tour a favorisé la violence et les abus.

Nous devons maintenant impliquer les victimes beaucoup plus qu’auparavant, a poursuivi le cardinal. Justice doit leur être rendue. L’Eglise doit construire une nouvelle confiance et ne pas décevoir : “Je sais que c’est difficile. Je comprends ceux qui disent: ‘Nous ne vous croyons pas’.” Il espère que “nous puissions regagner la confiance.”

5% des prêtres diocésains en cause

Le consortium de chercheurs interdisciplinaires dirigé par le psychiatre Dressing a travaillé pendant environ quatre ans. Les 27 diocèses allemands ont tous participé à l’étude portant sur diverses périodes. Dans certains diocèses, les documents de l’Eglise ont été examinés en profondeur pour toute la période. Le travail d’enquête statistique a été complété par une étude qualitative basée sur des entretiens de plusieurs heures menés auprès de 50 accusés et de 214 personnes concernées.

Parmi les 1’670 clercs accusés, 1’429 sont des prêtres diocésains (5,1 % de tous les prêtres diocésains actifs pendant la période), 159 prêtres religieux (2,1 %) et 24 diacres à plein temps (1 %). Pour 54 % des clercs abuseurs on compte une seule victime, 42,3 % en ont fait plusieurs.

62,8% de victimes masculines

62,8% des victimes d’abus sexuels étaient des hommes, 34,9% des femmes. Dans 2,3% des cas le sexe n’est pas mentionné. Selon les chercheurs, la nette prédominance des victimes masculines diffère de l’abus sexuel des mineurs dans des contextes non religieux.

Trois quarts des victimes avaient des relations religieuses ou pastorales avec l’accusé, par exemple comme enfants de chœur ou élèves de catéchisme ou dans le cadre de la préparation à la première communion ou à la confirmation.

Environ un tiers des membres du clergé accusés d’abus sexuels sur mineurs ont été poursuivis en vertu du droit canon, 53% ne l’ont pas été et dans 13,1% l’information n’est pas connue. Environ un quart de toutes les procédures engagées en vertu du droit canonique se sont terminées sans sanctions. 41 accusés ont été renvoyés de l’état clérical, 88 ont été excommuniés.

Abus de mineurs souvent au presbytère

Les agressions sexuelles de mineurs par des membres du clergé ont surtout eu lieu dans la résidence privée ou officielle de l’accusé. D’autres actes ont eu lieu dans des locaux paroissiaux ou scolaires ou encore lors de camps de vacances. Le cadre des abus est lié à la confession, à l’instruction des enfants de cœurs, aux répétions de chants ou encore à des activités sportives.

La nature des abus sexuels a été consignée dans une autre enquête. D’après cette étude, dans environ 15% des cas, il y avait une forme de pénétration. La plupart des agressions consistaient en des contacts intimes sous les vêtements, souvent associés à la masturbation. (cath.ch/kna/mp)


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