Etats-Unis: Rome publie son rapport final sur les congrégations religieuses féminines

Rapport mitigé suite à une visite apostolique de trois ans

Rome, 16 décembre 2014 (Apic) C’est un rapport final mitigé que Rome a publié le 16 décembre 2014 au terme d’une visite apostolique de trois ans effectuée au sein des congrégations religieuses féminines aux Etats-Unis. Le rapport publié par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique demande notamment aux religieuses américaines de renforcer leur vie communautaire et de vérifier que leurs pratiques spirituelles soient «en harmonie» avec l’enseignement de l’Eglise catholique.

Le rapport a été présenté le mardi 16 décembre dans la salle de presse du Saint-Siège, en présence notamment du préfet de ce dicastère romain, le cardinal brésilien Joao Braz de Aviz, ainsi que de sœur Sharon Holland, présidente de la LCWR (Leadership Conference of Women Religious), l’association qui regroupe les supérieures majeures de près de 80% des religieuses des Etats-Unis. Sœur Holland est une experte en droit canon qui a travaillé au Vatican.

Dans son rapport général, le dicastère romain salue à plusieurs reprises les fruits de la vie religieuse aux Etats-Unis, mais il demande aussi aux congrégations d’évaluer leurs pratiques liturgiques ainsi que leurs programmes de formation pour qu’ils fournissent «une préparation théologique, humaine, culturelle, spirituelle et pastorale solide».

Veiller à être «en harmonie avec l’enseignement de l’Eglise catholique»

Le rapport invite particulièrement les congrégations à passer soigneusement en revue leurs pratiques et ministères spirituels afin de s’assurer qu’ils sont «en harmonie avec l’enseignement de l’Eglise catholique au sujet de Dieu, de la création, de l’incarnation et de la rédemption». Il souhaite également que les sœurs américaines puissent renforcer la dimension communautaire de leur vie religieuse, mais aussi veiller à ce qu’il n’y ait pas de place pour «l’autoritarisme ou une soumission aveugle» dans leurs congrégations.

La Congrégation romaine évoque aussi le déclin de la vie religieuse féminine aux Etats-Unis, assurant que l’âge moyen des religieuses se situe au-dessus de 75 ans. Les candidates à la vie religieuse, relève Rome, désirent souvent être extérieurement reconnaissables en tant que femmes consacrées. «C’est un défi particulier pour les instituts dont le mode de vie actuel ne souligne pas ces aspects de la vie religieuse», explique le rapport dans une claire allusion aux congrégations plus progressistes et donc moins identitaires.

Trois ans de visite

Lancée fin 2008 par Rome pour «examiner la qualité de vie religieuse féminine aux Etats-Unis», cette visite apostolique est intervenue entre 2009 et 2012, en plusieurs étapes. 266 supérieures générales, soit 78 % du total des congrégations américaines qui accueillent quelque 51’000 religieuses, ont d’abord dialogué avec la visitatrice principale, sœur Mary Clare Millea, et son équipe. Un questionnaire a ensuite été adressé à toutes les supérieures de congrégations avant que ne soient effectuées des visites sur place auprès d’un échantillon de 90 congrégations religieuses.

Cette visite inédite avait été lancée pour bien comprendre la contribution des religieuses à l’Eglise et à la société, mais aussi «les difficultés qui menacent la qualité de leur vie religieuse et, dans certains cas, l’existence même des instituts», a expliqué à la presse le 16 décembre le préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique.

Au terme de la visite, en marge du rapport final à peine publié, Rome va désormais envoyer des rapports à toutes les congrégations ayant participé, en particulier lorsque certaines «préoccupations» sont apparues, a encore expliqué le cardinal Joao Braz de Aviz.

Des congrégations réticentes

Certaines congrégations ont vécu avec appréhension cette visite, a également confié le haut prélat brésilien, et d’autres n’ont «pas collaboré du tout». Devant la presse, nul n’a cependant souhaité dire combien de congrégations religieuses n’avaient pas participé à cette visite. Pour autant, le cardinal Braz de Aviz a confié à l’agence I.MEDIA que son dicastère avait opéré un changement et comptait désormais visiter les congrégations à travers le monde dans «un climat familial», non pour «juger ou trouver des erreurs», mais plus pour «écouter les souffrances».

Mise sous tutelle de la LCWR

Outre la visite menée par le dicastère en charge des religieux, la Congrégation pour la doctrine de la foi a mené en enquête au sein de la LCWR, l’association qui regroupe les supérieures majeures de près de 80 % des religieuses des Etats-Unis. La LCWR a alors fait l’objet en 2012 d’une évaluation doctrinale très sévère de la part de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Elle a été mise sous tutelle et a reçu un mandat de réforme.

Au cœur du problème, selon Radio Vatican: ses prises de position en matière de respect de la vie, de sexualité et d’accessibilité des femmes aux ministères, des positions jugées incompatibles avec la doctrine de l’Eglise catholique. Les Etats-Unis comptent aujourd’hui 51’600 religieuses catholiques, contre 180’000 en 1965, et la majorité d’entre elles ont dépassé l’âge de la retraite. La plupart ne portent plus l’habit religieux. Les communautés traditionnelles, qui ne sont pas affiliées à la LCWR, ont en revanche le vent en poupe. (apic/imedia/ami/be)

16 décembre 2014 | 15:00
par webmaster@kath.ch
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