Recettes en baisse, contribuables en diminution: depuis dix ans, les finances de l’Eglise catholique genevoise sont sur la pente savonneuse. Pour y remédier, le comité de l’Association catholique romaine de Genève (ACR) a commandité une enquête sociologiq

Etablie à partir du fichier informatique de l’Eglise, l’enquête menée par le RESOP (laboratoire de recherches sociales et politiques appliquées) portait sur un échantillonnage de 2’000 personnes, toutes enregistrées comme catholiques, et réparties en trois catégories selon leur degré de «fidélité» à la contribution ecclésiastique. Soit 680 contribuables réguliers, 660 contribuables occasionnels (à savoir des personnes ayant répondu à un appel de fonds) et 660 non-contribuables. Près de 40% des personnes interrogées – un «score» tout à fait honorable – ont accepté de répondre aux questions (écrites) qui leur étaient posées, concernant notamment leur rapport à l’Eglise et à la religion, leur perception des activités de l’Eglise et leur avis sur la contribution ecclésiastique. Des questions relatives à l’âge et à la situation socio-professionnelle complétaient l’enquête. Les réponses ont permis d’esquisser, pour chaque catégorie, un portrait type assez bien défini.

Les plus jeunes sont les moins chauds

On découvre ainsi que les contribuables réguliers sont plutôt âgés (près de la moitié ont 65 ans ou plus) et partagent majoritairement les valeurs et les prises de positions défendues par l’Eglise catholique romaine; pour eux, être catholique implique non seulement une attitude générale, mais également une pratique et un engagement; ils estiment qu’au-delà de l’aspect communautaire, l’Eglise doit impérativement assurer sa mission pastorale (messe, sacrements, etc). Les contribuables occasionnels sont un peu plus jeunes, en moyenne, que les contribuables réguliers, et nettement moins «chauds» par rapport à l’Eglise comme institution; ils se disent en revanche plus sensibles à son aspect communautaire. Quant aux non-contribuables (la catégorie la plus «jeune», avec 41% de moins de 40 ans), ils ne se reconnaissent guère dans les valeurs défendues par l’Eglise institutionnelle, et considèrent la religion d’abord comme une attitude ou un style de vie pouvant déboucher sur différents types d’engagement pas forcément limités d’ailleurs au cadre religieux; par conséquent, ils pratiquent peu ou pas et ont une préférence marquée pour l’Eglise en tant que communauté, c’est-à-dire comme lieu de rencontre et de partage.

Reconnue plus en mots qu’en actes

Qu’il existe, ainsi que le démontrent ces profils, un rapport directement proportionnel entre degré de sensibilité religieuse et fidélité à la contribution ecclésiastique, voilà qui n’a rien de très surprenant. D’autres points de l’enquête, en revanche, suscitent de plus nettes surprises. Par exemple, à la question «les activités de l’Eglise sont-elles utiles ou plutôt utiles?» la très grande majorité des personnes interrogées (soit 91% des contribuables et 75% des non-contribuables) répondent oui (la plus importante de ces activités étant à leurs yeux la présence auprès des malades et des personnes âgées). Par ailleurs, le jugement général sur l’utilité de verser une contribution ecclésiastique est globalement positif, puisque 65% des personnes interrogées approuvent ce versement. Pourquoi alors, malgré cette large reconnaissance «en mots», une minorité seulement de catholiques passent-ils à l’acte en payant leur contribution?

Interrogés précisément à ce sujet, certains non-contribuables disent qu’ils préfèrent manifester leur soutien financier sous d’autres formes, par exemple en donnant à des groupements ou de façon ponctuelle, ou en donnant directement aux paroisses, ou en donnant pour des actes concrets quotidiens; d’autres arguent de leur désaccord avec les prises de position de l’Eglise catholique ou de la «richesse» du Vatican; d’autres enfin expriment leur réticence face au système même de la contribution, estimant cet impôt inéquitable, trop rigide, agressif, trop cher ou encore contraire à la laïcité.

Questions de survie

Les résultats de l’enquête ont une double utilité. D’une part ils fournissent de précieuses indications en matière de pastorale, d’autre part ils renseignent sur les besoins et les lacunes du public en matière d’’information. Comment sensibiliser les catholiques au vrai sens de la contribution ecclésiastique? Comment «remettre les pendules à l’heure» en ce qui concerne certains préjugés qui ont la vie dure, notamment par rapport à la prétendue «richesse de l’Eglise»? Pourrait-on imaginer un autre mode de contribution financière, par exemple grâce à des dons ponctuels et des affectations ciblées?

Autant de questions auxquelles les instances faîtières de l’Eglise catholique genevoise vont devoir s’atteler incessamment afin de remettre d’aplomb des finances vacillantes. Une précarité confirmée, hélas, par le secrétaire général Pierre Regad dans sa présentation des comptes 2000: l’an dernier, les recettes de la contribution ont chuté de 950’000 francs par rapport à celles de l’année précédente. L’exercice se solde donc par une perte d’exploitation de 1,084 millions de francs, que seuls des produits extraordinaires – soit des dons et des legs – permettent de réduire à un déficit final de 565’000 francs. Cette baisse a bau être explicable, du moins en partie, par les retards dans la production des bordereaux, et surtout par le passage au nouveau système fiscal, elle n’en reste pas moins inquiétante. (apic/gt/pr)

18 juin 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!