Hansruedi Kleiber, de l'Eglise catholique de Lucerne, a présenté les cas de reconversion dans sa ville (Photo:Raphaël Zbinden)
Suisse
Hansruedi Kleiber, de l'Eglise catholique de Lucerne, a présenté les cas de reconversion dans sa ville (Photo:Raphaël Zbinden)

La reconversion des bâtiments religieux: une opportunité pour les Eglises?

26.08.2017 par Raphaël Zbinden

Signe de la sécularisation de la société, de plus en plus de bâtiments religieux sont reconvertis, en Suisse. Un colloque, organisé le 25 août 2017 à l’Université de Berne, a fait le tour de la question, suggérant que le phénomène peut être vu, du côté des Eglises, comme une opportunité d’ouverture, plus que comme un constat d’échec.

Les espaces de l’église catholique MaiHof, à Lucerne, sont loués plus de 1600 fois par an pour des activités hors du cadre de la paroisse. L’église du Petit-Lancy, à Genève sert à présent de lieu de réunion au club sportif des “Amis montagnards”. Le Temple de la Croix-d’Ouchy à Lausanne sera transformé en bibliothèque ou en cafétéria.

Une réalité plurielle

Ce ne sont que quelques exemples des près de 200 lieux sacrés qui ont fait l’objet, ces 25 dernières années, d’une reconversion. Une septantaine d’édifices catholiques sont concernés, ainsi qu’une quarantaine de réformés. Le reste sont des bâtiments d’autres confessions chrétiennes.

Ce processus touche principalement des structures qui se retrouvent inutilisées et que les propriétaires n’ont pas les moyens de conserver. Le phénomène est évidemment lié à la désaffection croissante, au sein de la population, pour la pratique et l’engagement religieux.

Johannes Stückelberger est historien de l’art (Photo: Raphaël Zbinden)

La dizaine d’intervenants qui se sont exprimés à l’invitation de la Faculté de théologie de l’Université de Berne ont tracé le portait d’une réalité complexe et multifactorielle, qui touche aussi bien les Eglises que la société.

Pour une procédure standardisée

“L’augmentation continue de ces cas de réaffectation et les tensions que celles-ci peuvent générer dans les communautés nous ont convaincu de réunir les personnes concernées par ces processus, pour esquisser une marche à suivre dans le domaine”, note Johannes Stückelberger, maître d’enseignement pour l’esthétique des religions et des Eglises à la Faculté de théologie pratique de l’Université de Berne. Car il n’existe pas pour l’instant en Suisse de procédure standardisée en la matière.

La seconde édition de la Journée suisse du patrimoine religieux, mise en place en 2015, était soutenue par l’Office fédéral de la culture, l’Eglise réformée de la ville de Zurich, l’Eglise catholique de la ville de Lucerne, la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) et les Eglises réformées Berne-Jura-Soleure.

Facteurs émotionnels

Le sujet des reconversions de bâtiments religieux est d’autant plus important qu’il concerne des édifices souvent centraux et marquants au sein des localités. Il existe également toujours une forte dimension émotionnelle liée à ces lieux. Ce phénomène touche donc beaucoup le public et est assez fortement médiatisé.

Les divers orateurs qui se sont exprimés devant une salle presque comble, regroupant environ 150 personnes, ont rendu un panorama très diversifié de la situation. Ils ont mis en avant des cas de réussite de ces réaffectations, mais aussi d’échec.

Hansruedi Kleiber, de l’Eglise catholique de la ville de Lucerne, a notamment présenté les expériences de l’église MaiHof et de la Chapelle Saint-Pierre (Peterskapelle). Ces deux bâtiments sont régulièrement loués par les paroisses, souvent pour des événements profanes. Ce modèle a permis, selon le préfet de l’église des jésuites de Lucerne, une amélioration de la situation financière de la paroisse et une dynamisation de sa vie communautaire.

Plus de 1600 activités non religieuses ont lieu dans l’église du MaiHof, à Lucerne (Photo:Priska Ketterer)

Des paroisses louent ainsi certains bâtiments pour des manifestations profanes tout en continuant à y maintenir des cérémonies religieuses. D’autres les louent tout en cessant toute activité religieuse. Les édifices peuvent aussi être vendus à des privés ou à des entités publiques. Selon les cas, ils seront reconvertis selon des critères déterminés ou détruits, faisant place à des structures profanes.

Un autre exemple positif est celui de l’Eglise réformée St-Luc, à Lausanne. L’édifice appartenait à la commune, comme c’est le cas de la plupart des bâtiments chrétiens dans le canton de Vaud. Lorsque la paroisse a décidé de remettre l’église, une nouvelle utilisation publique a été trouvée en tant que centre de quartier. Cela a donné un renforcement de la vie communautaire locale, ainsi qu’un beau résultat au niveau architectural.

Un savant équilibre

Johannes Stückelberger mentionne des épisodes “problématiques” dans lesquels des églises rachetées ont été rasées et remplacées par des bâtiments sans aucun lien avec le sacré. “Cela a blessé, dans certains endroits, la sensibilité des habitants”, relève l’historien de l’art.

Il cite également le cas de la chapelle Regina Mundi, à Fribourg. Le refus de l’évêque de la désacraliser, comme il est de mise dans l’Eglise catholique, avait grandement retardé sa reconversion.

Le site du Regina Mundi appartient actuellement à l’Université de Fribourg (Photo:Dirk Weiss)

“Il est toujours important dans les cas de reconversions de conserver un équilibre entre les facteurs liés à la sensibilité des croyants, à la sauvegarde du patrimoine architectural et aux exigences de rentabilité financière”, relève Johannes Stückelberger. Il n’est ainsi pas souhaitable qu’une église soit transformée en un lieu qui n’a rien à voir avec sa fonction première. Les bâtiments religieux sont, dans la mesure du possible, réaffectés en des structures qui servent des objectifs “élevés”, tels que l’art, la culture, l’aide sociale.

Revenir à l’église par “une autre porte”

Cette exigence de respect de l’esprit des lieux a été récurrente lors du colloque. Il s’agit de faire en sorte que ces processus se déroulent au sein d’un dialogue constructif entre les Eglises et les partenaires laïcs.

Les participants ont également insisté sur le fait que ces réaffectations ne sont pas forcément synonymes d’échec ou de recul du religieux dans la société. Certains en ont vu au contraire des opportunités pour les Eglises, outre l’aspect de stabilisation financière, de s’ouvrir davantage au monde. “Comme des participants au colloque l’ont remarqué, cela peut aussi être l’occasion, pour les personnes éloignées de l’Eglise, de renouer avec la religion et le sacré”, souligne Johannes Stückelberger.(cath.ch/rz)


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