Une politique de pouvoir ou l’inculturation?

Reévangélisation de la Russie: (280793)

Depuis la chute de l’idéologie communiste, il y a foisonnement de différentes d’initiatives qui tentent à «convertir» la Russie, respectivement à

la reévangeliser. Des disciples de toutes couleurs, des pays de l’Ouest ou

orientales – à côté des sectes russes comme le populaire «Centre de la Mère

de Dieu» – peuvent aujourd’hui développer ouvertement leur activité prosélyte, dans les couloirs sous-sols du métro et au-dessus du sol dans les

«kiosques» spécialement prévus pour cela. Souvent ils accomplissent leur

«apostolat» avec une telle ferveur et d’une manière aussi «barbare» que le

gouvernement s’est vu formellement forcé à restreindre ces pratiques pieuses par une nouvelle loi.

De même, depuis des décennies, plusieurs groupements catholiques de

l’Ouest se sont occupés de la reévangélisation de la Russie. Ainsi par

exemple l’Aide aux prêtres de l’Est, qui a son siège à Königstein, en Allemangne, et le «Centre de la pensée russe», que Madame Irina Alberti dirige depuis de nombreuses années à partir de Paris. Les deux organisations

sont connus pour leur attitude anti-communiste tenace qui leur a valu de

grands dons financiers. L’Aide aux prêtres de l’Est a récolté en 1992 seule

13 millions de francs en Suisse.

Ces dernières années, la reévangélisation de la Russie – et d’autres

Etats de l’ancienne Union soviétique – a reçu un apport massif par des organisations de médias de tendance fondamentaliste comme la «Catholic Radio

and Television Network» à Bruxelles, sous la direction du Brésilien José

Correa. Les programmes de la Radio, de la TV et des vidéos accélèrent maintenant le souci missionnaire avec des forces unies de l’Europe occidentale.

Il semble n’avoir presque pas de limites à la ferveur de conversion, à

la conscience de diffusion et aux moyens financiers de ces gens. Ainsi les

centres vidéo «religieux» (avec, pour la plupart, des programmes occidentaux) poussent dans plusieures villes comme des champignons. Il ne manque

pas de «succès», estimés par les programmateurs eux-mêmes d’un air triomphaliste de «brillants». De ceux-ci fait partie le pont TV Fatima-Moscou,

car cette émission a été diffusée, il y a quelques mois, sur la première

chaîne de la télévision russe. Cette manifestation de piété populaire mariale avec la foi aux apparitions privées de la Mère de Dieu à Fatima, a eu

sur des spectateurs critiques un effet plutôt naïf et gênant. Surtout quand

on pense que la piété mariale des Russes, qui expriment leur culte marial

par des icones magnifiques, aurait pu offrir du plus convaincant. Le délégué du patriarchat de Moscou, qui a participé à ce pieux «dialogue» OuestEst, s’est montré indulgent, avec la remarque: «Chez nous en Russie beaucoup de gens se contentent de choses simples!»

De plus en plus les catholiques russes, bien qu’ils ne représentent que

2% de la population, critiquent ces methodes missionnaires aggressives de

venant de l’Occident. Beaucoup parmi eux ont l’impression que l’on ne considère peu ou pas du tout leurs propres initiatives modestes de construire

une église locale, marquée de traits ni occidentaux, ni polonais, mais russes. «Si nous voulons lancer à Moscou quelque chose de propre au peuple,

aussi modeste que ce soit, nous ne recevons pas d’argent. Nous avons

l’impression d’être considérés comme concurrents», affirme le dominicain

Alexander Khmelnitsky, le seul prêtre catholique russe à Moscou. Il a monté

une petite station de radio et lancé un bulletin paroissial pour les

catholiques de Moscou. Un homme qui s’y connaît pas mal dans les médias.

Il est hors discussion que les catholiques de la Russie sont encore dépendants de l’aide occidentale. Mais, vu leur nombre grandissant et la

croissance de la confiance en soi, ils osent dire aujourd’hui aux bienfaiteurs fortunés de l’Occident: «Aidez-nous, mais de manière à ce que nous

puissions nous aider nous-mêmes.»

Tout dernièrement, la controverse née en rapport avec la traduction russe du nouveau catéchisme, a bien montré la difficulté de mettre en pratique

ce pas vers une indépendance plus grande, à cause des groupements cités qui

ne veulent rien perdre de leur monopole. Paris, Bruxelles et Königstein ont

voulu mener toute l’opération et mettre cette affaire sous leur contrôle.

C’est alors que l’administrateur de Moscou, l’archevêque Tadeusz Kondrusiewicz, et ses hommes se sont battus, avec l’aide du Vatican, pour pouvoir

placer leur mot.

Les événements de ce genre n’empêchent pas les responsables de la «Catholic Radio and Television Network» de prôner à chaque occasion la bonne

collaboration avec les catholiques et les orthodoxes et le «respect porté

aux traditions locales». Les jeunes Russes, qui sont formés à Bruxelles au

travail des médias, sont attendus à leur retour surtout pour se faire leur

force dans le travail de la propagation des programmes évangélicales de

«Lumen 2000». De respect pour les traditions locales on n’y trouve pas

grand’chose! Pas d’illusion non plus sur la collaboration oecuménique. Si

«Radio one» à Moscou réserve des temps d’émission aux évangélisateurs occidentaux, c’est dans leur propre intérêt, car la rétribution se fait en de

couteux installations téchniques bien appréciées, car on peut à peine les

obtenir en Russie.

De jeunes Russes critiques, pourtant intéressés à l’Eglise catholique,

désignent d’»ennuieux» les programmes de radio, avec l’argumentation qu’il

s’agit souvent d’une lecture de documents officiels ou d’homélies qui ne

sont pas en rapport avec la réalité russe.

Le dialogue et la rencontre avec les chrétiens en Russie, des orthodoxes, des baptistes et de catholiques, fait sans doute partie des défis de

notre temps. C’est pourquoi on ne doit pas (plus) laisser les efforts dans

ce sens dans les mains de groupements qui cherchent à faire passer surtout

leurs notions d’apostolat missionnaire et provoquer ainsi chez les indigènes l’impression d’être «étranger dans leur propre pays». Ce sont véritablement les sentiments qui pèsent aujourd’hui à de nombreux catholiques

russes. Ils ne se laissent ni minimiser par des proclamations pieuses, ni

mettre à genoux sous l’arrogence occidentale. Comme ailleurs aussi, une

jeune église indigène qui grandit doit être accompagnée avec doigté pour

l’autre contexte culturel et pour les renversements de l’époche.

Il est a espérer que de nouvelles oeuvres d’entraide spécialisées sur

l’Est de l’Europe, comme par exemple la récente fondation allemande «Renovabis», se préoccupent d’un «pluralisme» nécessaire, d’une largeur d’esprit

et d’une ouverture plus grande, moins chargés d’images hostiles du passé.

En Russie de telles initiatives sont appréciées, avec le commentaire:

«Elles sont bonnes, mais viennet trop tard!»

Ambros Eichenberger

Ambros Eichenberger est responsable pour les contacts avec l’Est de

l’Europe dans le cadre de l’organisation internationale catholique du film

(OCIC). A ce titre, il a présidé les juries oecuméniques à Saint-Petersbourg et à Moscou et participé au festival du film religieux à Niepokalanow, en Pologne.

28 juillet 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!