Le COE met les bouchées double en vue d’aplanir les tensions
Relations tendues entre les orthodoxes et le COE à quelques jours de la 8e Assemblée
Genève, 26 novembre 1998 (APIC) Le Conseil oecuménique des Eglises (COE) a pris une série de mesures pour garantir que la Huitième Assemblée du COE, qui commence le 3 décembre à Harare, au Zimbabwe, n’aille pas au devant d’une grave crise relationnelle avec les Eglises orthodoxes. Celles-ci constituent en effet une grande partie de ses Eglises membres.
Un document interne du COE remis à l’Agence œcuménique ENI montre que l’organisation a pris des mesures spéciales pour faire en sorte que les délégués orthodoxes puissent exposer leurs vues et leurs doléances lors de l’Assemblée, qui rassemblera plus de 3’000 représentants d’Eglises et d’observateurs à Harare. Le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE, s’est rendu tout spécialement à Istanbul le mois dernier pour s’entretenir à ce sujet avec le patriarche oecuménique Bartholomée.
Ces dernières années, les Eglises orthodoxes, pour la plupart d’Europe orientale et bénéficiant de nouvelles libertés depuis la chute du communisme, ont multiplié les critiques à l’égard des Eglises de l’Ouest et des organisations oecuméniques. Ces critiques portent principalement sur le libéralisme au sein des Eglises protestantes et reflètent les vues, qui existent depuis longtemps, des orthodoxes à l’égard de ces Eglises. Ces critiques ont encore été exacerbées par l’afflux, ces dernières dix années, de missionnaires, et l’influence de la culture de l’Occident dans ces anciens pays communistes majoritairement orthodoxes.
Certains chrétiens orthodoxes très conservateurs de Russie et d’ailleurs mènent campagne contre la coopération avec les Eglises de l’Ouest et avec le COE, qui est composé d’Eglises orthodoxes et d’Eglises protestantes historiques. L’Eglise orthodoxe de Géorgie s’est déjà retirée du COE tandis que l’Eglise orthodoxe de Bulgarie a annoncé que ses représentants iraient à l’Assemblée seulement pour annoncer son retrait.
En raison des préoccupations croissantes concernant le COE, et d’une demande spécifique des Eglises orthodoxes de Russie et de Serbie, le patriarche Bartholomée a convoqué en mai dernier une réunion à Thessalonique, en Grèce, de responsables de haut niveau de 15 Eglises orthodoxes pour débattre de la question.
Monde œcuménique secoué?
Selon le document remis à ENI, la «Déclaration de Thessalonique» a secoué le monde oecuménique. Depuis lors, le COE a conduit en coulisse des démarches diplomatiques pour empêcher le départ de ses membres orthodoxes.
Le père Georges Tsetsis, représentant du Patriarcat oecuménique auprès du COE, a confié par ailleurs qu’après la visite du pasteur Raiser en octobre à Istanbul, le patriarche Bartholomée a écrit aux 15 primats orthodoxes pour les informer, en indiquant que les relations entre les Eglises orthodoxes et le COE allaient être examinées en profondeur par une commission théologique mixte, comme cela avait été proposé par la rencontre de Thessalonique. La commission se rencontrera pour la première fois après l’Assemblée de Harare et les discussions devraient durer au moins deux ans, a précisé le patriarche.
«C’est après cette phase de discussions que le COE sera invité à proposer des changements structurels qui seront présentés à la Neuvième Assemblée du COE [en 2005] afin de permettre aux Eglises orthodoxes de participer pleinement et de façon substantielle au COE, souligne en conclusion Georges Tsetsis. (apic/eni/pr)



