Remettre Dieu à la première place
Benoît XVI : «A côté des grands papes, il y en a aussi de petits»
Commentaire
Fribourg, 21 février 2013 (Apic) «Il ne me restait qu’à me dire qu’à côté des grands papes, il y en avait aussi de petits qui donnent ce qu’ils peuvent», expliquait Benoît en parlant de lui-même en 2010 dans le livre d’entretiens «Lumière du monde». Que l’histoire lui donne tort ou raison, Benoît XVI restera, au-delà des vicissitudes de son pontificat, une personnalité marquante par son intelligence, la clarté de sa pensée et la vigueur de sa foi. A défaut d’un ’grand’ pape, il faudra en faire un ’docteur de l’Eglise’.
Juger Benoît XVI sur ses qualités d’entrepreneur et de manager, son incapacité à gérer une curie en crise, son manque de charisme, ou encore les erreurs de sa communication, c’est passer à côté du message, de l’homme et du théologien.
Oser l’expérience de Dieu
Le message simple et constant, qui tisse le fil rouge de son pontificat de 8 ans, peut se résumer dans la formule «remettre Dieu à la première place». Un message en soi banal pour un pape, mais choquant pour une société occidentale qui s’éloigne de la foi. «Il n’est pas facile de s’opposer publiquement à des choix que beaucoup considèrent comme évidents», répétait-il encore lors de son avant-dernière audience publique le 13 février à Rome, deux jours après sa démission. Pour cela un effort de conversion est nécessaire. «L’un des éléments de cette conversion consiste à remettre Dieu à la première place. Alors tout devient différent. Il faut aussi réfléchir de nouveau aux paroles de Dieu, pour laisser leur lumière entrer comme des réalités dans notre vie. Nous devons pour ainsi dire oser de nouveau l’expérience de Dieu pour le laisser agir à l’intérieur de notre société», disait-il dans «Lumière du monde» (p. 90)
Le ’wellness’ n’est pas le bonheur
Son opposition au relativisme, déclinée plus qu’à l’envi, n’est pas celle d’un «père la morale», mais celle d’un philosophe et d’un théologien. Il donnait sa définition du relativisme le jour même de son intronisation sur le trône de Pierre, le 19 avril 2005 : «Posséder une foi claire, selon le Credo de l’Eglise, est souvent défini comme du fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c’est-à-dire se laisser entraîner «à tout vent de la doctrine», apparaît comme l’unique attitude à la hauteur de l’époque actuelle. L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs.»
Face à cette tentation, Benoît XVI plaide lui pour la grandeur de l’homme : «La banalité qui consiste à suivre le mouvement ne lui ressemble pas. Tout aussi peu l’idée selon laquelle le confort est la meilleure manière de vivre ou la ’wellness’ le seul contenu du bonheur.», disait-il dans «Lumière du monde». (p.142)
Le droit naturel contre le piège des idéologies
Les oppositions les plus fondamentales à Benoît XVI lui viennent certainement de son attachement au droit naturel. Un terme, comme il le reconnaissait lui-même en 2007, «devenu aujourd’hui presque incompréhensible pour de nombreuses personnes, à cause d’un concept de nature non plus métaphysique, mais seulement empirique.» Or ce droit naturel, inscrit dans le cœur de l’homme et l’invitant à faire le bien et éviter le mal, est «la véritable garantie offerte à chacun pour pouvoir vivre libre et respecté dans sa dignité», en ce sens il est «le seul rempart valable contre l’abus de pouvoir ou les pièges de la manipulation idéologique».
C’est à travers ce prisme qu’il faut voir sa défense de la famille, son opposition à l’avortement, à l’euthanasie, au mariage homosexuel, mais aussi au capitalisme sauvage et aux inégalités sociales. Les législations qui tentent «de transformer en droits des intérêts privés ou des désirs qui s’opposent aux devoirs découlant de la responsabilité sociale» ne peuvent pas être justes, expliquait-il dans le même discours.
Un pape anti-moderne par excellence
Le rapport entre science et foi est un autre des axes de la pensée de Benoît XVI. Dans ce sens, il s’inscrit clairement comme un «anti-moderne». Il réfute «un modèle de pensée où la foi dans le mystère, dans l’action de Dieu, en un mot toute la dimension religieuse, est devenue caduque parce que non ’scientifique’ et ne trouve plus aucune place». Or «il n’y aurait pas tant de croyants si les gens n’avaient pas toujours cette idée au fond de leur cœur: Oui ce qui est dit dans la religion, c’est ce dont nous avons besoin. […] La science est un domaine qui nous apporte de grandes choses, mais pour y parvenir elle a besoin que l’homme reste un homme» (Lumière du monde p. 181)
Que l’homme reste un homme, c’est aussi le message que Joseph Ratzinger – Benoît XVI nous apporte par sa démission. (apic/mp)



