Beaucoup se demandent si l'Eglise en France traite avec sérieux le dossier des abus sexuels (Photo:Pixabay.com)
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Beaucoup se demandent si l'Eglise en France traite avec sérieux le dossier des abus sexuels (Photo:Pixabay.com)

Remous après la sanction contre le Père Vignon

05.11.2018 par Maurice Page

Après avoir demandé publiquement cet été la démission du cardinal Barbarin, le Père Pierre Vignon n’a pas été reconduit dans ses fonctions de juge auprès de l’officialité interdiocésaine de Lyon. Cette décision épiscopale suscite de nombreux remous. Une pétition a été lancée pour exiger sa réhabilitation.

Pour les victimes d’abus sexuels dans l’Eglise, l’éviction du Père Vignon est un nouveau témoignage du peu de cas que font les évêques français de leur combat.

Juge de l’Officialité en charge de la justice des provinces de Lyon et de Clermont-Ferrand depuis 2002, le Père Vignon pas été reconduit dans ses fonctions au moment où entraient en vigueur de nouveaux statuts limitant désormais à six ans les mandats. C’est ce que lui a confirmé, le 1er novembre, le responsable du tribunal ecclésiastique de Lyon, le Père Nicolas de Boccard, explique La Croix.

Le Père Vignon s’y occupait uniquement de causes matrimoniales. Toutefois, au fil des ans, ce prêtre du diocèse de Valence avait été amené à s’occuper de manière officieuse d’affaires d’abus sexuels, conseillant certaines victimes. Sa présence ces derniers mois dans les médias agaçait, tout comme les courriers qu’il adressait régulièrement à toute la hiérarchie catholique pour l’appeler à prendre ses responsabilités. La goutte qui a fait déborder le vase a été la pétition appelant à la démission du cardinal Philippe Barbarin, lancée en août dernier. Elle a recueilli 105’000 signatures, mais cette démarche a suscité de vives critiques y compris parmi ceux qui défendent la cause des victimes.

“Mon évêque m’a expliqué (le 31 octobre) que ma position de juge n’était pas cohérente avec le fait que le cardinal Barbarin était le modérateur de l’officialité”, explique le Père Vignon. “Dans l’Église, on juge au nom des évêques, par conséquent il y avait incohérence à ce qu’il juge au nom d’un évêque dont il demandait la démission”, confirme à La Croix, une source proche du dossier. “Je regrette cette décision, mais je l’accepte et surtout je ne regrette rien de ce que j’ai dit cet été car je l’ai dit en conscience et ça reste toujours valable”, a réagi le 2 novembre dans Libération le Père Vignon.

Une pétition pour la “réhabilitation” du Père Vignon

Il n’en a pas fallu moins pour susciter une vague de protestations qui a débouché le 4 novembre sur une nouvelle pétition en ligne demandant la “réhabilitation” du Père Vignon dans ces fonctions judiciaires.

Aymeri Suarez Pazos, président de l’AVREF (Aide aux victimes des dérives de mouvements religieux en Europe et à leurs familles) et François Devaux président de l’association de victimes La parole libérée s’en prennent vivement à la décision épiscopale.

“Voici une nouvelle preuve de l’absence d’intention bienveillante de cette hiérarchie pour combattre efficacement cette pédocriminalité qui détruit l’Église. […] Pense-t-on ainsi, par cette mise au trou d’un homme, protéger l’institution et esquiver la remise en question fondamentale à laquelle l’Église n’a pas d’autre choix que de se soumettre ?”, écrit la pétition.

Une accusation qui sonne fort au moment où les évêques français réunis à Lourdes en assemblée plénière reçoivent les victimes pour en discuter. François Devaux a d’ailleurs refuser de s’y rendre.

La pétition dénonce aussi le “rapport autosuffisant, produit, dans la satisfaction d’eux-mêmes, sur l’état des abus sexuels dans l’Église en France. Inutile de préciser que dans le cadre de son recensement de victimes, la CEF s’est économisée en s’abstenant de contact avec l’association de victimes qui dit publiquement depuis deux ans recueillir des témoignages par centaines… Les longues colonnes de “N.C.” (Non collecté) font froid dans le dos…”

Le rôle du lanceur d’alerte

De son côté, la Conférence des Baptisé-e-s s’est insurgée contre cette confiscation de la parole, dans un communiqué de sa présidente Anne Soupa, le 2 novembre. Cette décision méconnaît le rôle de lanceur d’alerte du père Vignon et encourage le silence des prêtres quelques semaines après que l’institution s’est assignée un objectif de transparence.

De nombreuses voix collectives et individuelles s’épanchent dans la presse, sur les chaînes de télévision et sur les réseaux sociaux sur cette crise que l’Eglise de France semble avoir beaucoup de peine à gérer.  (cath.ch/ag/mp)


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