Rencontre cruciale de «Développement et Paix» sur fond de vives tensions

Canada: Démissions en cascade au sein de l’Action de Carême des catholiques canadiens

Montréal, 3 décembre 2012 (Apic) La crise au sein de «Développement et Paix» (D&P) – l’organisme catholique canadien pour le développement – est à son apogée alors que s’est achevée, le 2 décembre 2012 à Montréal, une rencontre de trois jours déterminante pour l’avenir de cette ONG. D&P traverse une profonde crise depuis 2009. D’aucuns parlent déjà d’»agonie». L’ONG semble être sur le point d’imploser, désavouée publiquement par certains de ses plus ardents défenseurs des dernières décennies.

Cette réunion du Conseil national de D&P survient alors que l’organisme est saigné par des démissions retentissantes, un boycott des activités de l’organisme par ses propres membres, et par des appels répétés exigeant la démission du président et de Michael Casey, le très contesté directeur général de D&P. Ce dernier est accusé de s’être trop vite plié devant les attaques subies par l’organisme catholique.

Le 2 novembre, la directrice des programmes au Canada, Claire Doran, annonçait qu’elle remettait sa démission, déçue par la crise provoquée par l’annulation «abrupte» de la campagne d’automne 2012 suite à des pressions politiques.

Des attaques incessantes des milieux «pour la vie»

Vilipendé depuis 2009 par les milieux «pour la vie» américains et canadiens, notamment «LifeSiteNews» et la Campagne «Québec-Vie», relayés par des évêques conservateurs, l’organisme catholique D&P serait «à l’agonie», écrit Jean-Claude Leclerc dans le quotidien québécois «Le Devoir» du 26 novembre 2012.

«Sous la pression d’évêques pro-vie et faute de subventions fédérales suffisantes, le gros du personnel est parti, pour laisser plutôt aux projets d’aide en pays pauvres les fonds encore disponibles. La dernière campagne de souscription, révisée par la haute hiérarchie, en aura marqué l’implosion, alors que les membres laïques voulaient alors interpeller la politique du cabinet Harper en faveur des minières canadiennes à l’étranger», peut-on lire sous la plume de Jean-Claude Leclerc.

Campagne d’automne modifiée

Les «modifications» apportées récemment à la campagne de D&P ont été faites à l’initiative de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Le matériel de la campagne d’automne de D&P était cette année «trop politique» et pourrait être une source de division entre les évêques, les prêtres, les paroissiens et les bienfaiteurs, a expliqué la CECC. «L’absence d’unité risque de compromettre notre témoignage chrétien de justice et de charité», ajoutaient-ils. Ces préoccupations ayant été prises très au sérieux par la direction de D&P, celle-ci a décidé de réviser le matériel de sa campagne. Toutefois, cette initiative aura surpris des évêques proches de l’organisation, mais surtout le personnel et des membres de D&P qui y militent depuis «20 à 30 ans».

Ainsi à Valleyfield, le conseil diocésain de D&P a publié un communiqué dénonçant les «modifications» et l’intervention de la CECC. «Nous ne reconnaissons plus notre organisme», écrivent-ils. «Cet organisme laïc est pris en otage par un petit nombre d’évêques liés au pouvoir politique et à la droite religieuse», lancent-ils, estimant ne plus pouvoir garder le silence et «être complices du sabordage de Développement et Paix et de sa mission prophétique».

Démissions en chaîne et appels au boycott

La crise actuelle est en train de faire fuir une partie du personnel de l’organisation et des bénévoles, ainsi que des soutiens de longue date. La démission ou le départ depuis mai 2012 de plus de vingt-deux personnes «compétentes, loyales et identifiées à la mission» de D&P, telles qu’Hélène Gobeil, Paul Cliche, François Gloutnay ou encore tout dernièrement Claire Doran, directrice de tous les programmes au Canada, ont été «dévastateurs», écrit pour sa part l’universitaire retraité Michel Beaudin. Ce dernier, dans une lettre de démission datée du 27 novembre, quitte le Comité de théologie de D&P, en fustigeant la direction générale et l’exécutif du Conseil national en raison de leur «politique de complaisance, de soumission et même d’un certain opportunisme».

«Des personnes comme celles-ci (les personnes démissionnaires mentionnées plus haut, ndr) ont été, dans certains cas, systématiquement écartées des prises de décision ou marginalisées, souvent en raison même de leur fidélité à cette mission. Cela me paraît emblématique de l’effet destructeur sur Développement et Paix d’une politique étrangère à sa trajectoire. Pour le dire crûment, des personnes comme Claire ont dû courageusement partir pour ne pas être brisées ou encore pour ne pas cautionner un tel forfait. D’autres démissions suivront peut-être encore…», poursuit-il.

Vif débat dans les médias sociaux

L’ONG D&P, l’équivalent de l’»Action de Carême» des catholiques suisses, a été fondée en 1967 par les évêques canadiens, dans la foulée du Concile Vatican II. Le Conseil national de D&P se rencontre trois fois par année, aux mois de mars, juin et novembre. Il est la plus haute instance décisionnelle de l’organisme.

Moins de 24 heures avant le début de la rencontre de novembre, le président du conseil national de D&P, Ronald Breau, avait annoncé qu’il ne se représenterait pas pour un nouveau mandat. Au Québec, la contestation est palpable sur le blogue militant http://soutenonsdetp.wordpress.com. Il fait état de lettres et de prises de positions publiques de la part de membres de D&P qui n’ont visiblement pas digéré la manière dont les crises successives ont été gérées depuis 2009.

Parallèlement, plusieurs conseils diocésains, dont ceux de Québec et de Valleyfield, ont annoncé ouvertement leur intention de boycotter la campagne d’éducation automnale modifiée in extremis en septembre pour en atténuer la teneur politique. Certains membres vont même jusqu’à annoncer leur intention de boycotter la seconde campagne annuelle de l’organisme – celle de la collecte de fonds – lors du Carême 2013. C’est notamment le cas des jeunes francophones de D&P. Enfin, des citoyens, des groupes de réflexion et des communautés religieuses ont fait part de leurs doléances publiquement.

La contestation gagne les provinces anglophones

Au cours de la dernière semaine, la vague de contestation s’est propagée dans les provinces anglophones du Canada. Des textes ont commencé à circuler sur les médias sociaux et sur des blogues conçus pour exposer ces critiques. Colère, perte de confiance, demandes de démission et méfiance envers la CECC sont les grands thèmes de ces déclarations, tant chez les francophones que chez les anglophones, rapporte Radio Ville-Marie.

Unanimement, ces critiques soulignent l’importance du rôle des laïcs au sein de l’organisme et réitèrent sa pertinence malgré les récentes années difficiles. (apic/rvm/be)

3 décembre 2012 | 16:18
par webmaster@kath.ch
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