Rencontre en prière avec les communautés yverdonnoises
Suisse : Les chrétiens évangéliques célèbrent la «semaine universelle de prière»
Yverdon-les-Bains, 13 janvier 2011 (Apic) Du 9 au 16 janvier, les chrétiens évangéliques en Suisse et en Europe célèbrent la «semaine universelle de prière». A Yverdon-les-Bains, des croyants de différentes communautés se sont rassemblées pour prier pour leurs «frères en Christ», leur ville et leur pays le soir du 12 janvier.
Par les fenêtres de l’ancienne Coop du quartier des Uttins, à Yverdon-les-Bains, la lumière illumine la route mouillée. Il fait déjà nuit mais l’on distingue cependant, à côté de la porte d’entrée, les mots suivants: «La Clairière». A une époque où les églises traditionnelles affrontent parfois des reconversions, c’est ici un supermarché qui s’est transformé en lieu de culte.
Dans la petite salle de l’Eglise Evangélique des Uttins, une dizaine de tables ont été disposées, quelques bougies, quelques versets bibliques sur du papier vert. «Je prie pour que tous soient un», annonce l’Evangile. En ce mercredi 12 janvier, les chrétiens évangéliques d’Yverdon se réunissent pour vivre et promouvoir cette unité.
Nous sommes au cœur de la «semaine universelle de prière», célébrée dans toute l’Europe, et peut-être au-delà, par les protestants évangéliques. A «La Clairière», une cinquantaine de personnes sont assises par petits groupes, toutes communautés confondues. Il y a là des salutistes, des pentecôtistes, des fidèles de «La Fraternité» et bien d’autres encore.
Unis dans la prière
Lorsque viennent les temps de prière à proprement parler, on se met par deux ou trois. Les fidèles se recueillent, s’amendent, demandent ou remercient. La salle, rapidement, n’est qu’un murmure. Parfois, quelques mots se détachent, sonores: amour, béni, courage, témoignage, sel. Les participants sont unis en des dizaines de prières.
Si les évangéliques ne sont, comme leur Seigneur Jésus-Christ, «pas de ce monde», ils n’en sont pas moins très engagés dans la société. Preuves en sont les prières pour la Suisse et les autorités. A la table, on tire un papier portant le nom du département des Affaires étrangères et de sa ministre. «C’est vrai qu’ils ont beaucoup de travail», remarque doucement une participante.
Une femme commence à prier: «Pardonne-moi Seigneur, car lorsque je vois Micheline Calmy-Rey à la télé, je ne la porte pas toujours dans mon cœur». Puis les participants bénissent le Conseil fédéral et le Parlement, appellent de leurs vœux le succès des intercesseurs chrétiens au Palais fédéral, remercient pour la prospérité du pays. Des prières qui sont déjà des actions dans l’esprit des protestants évangéliques qui leur attribuent un pouvoir réel. «Seigneur, je te demande que nos dirigeants soient touchés dans leur cœur par ton message et qu’ils puissent en être le témoin dans leur politique».
… et dans l’action
Des actions, il y en a eu et il y en aura beaucoup. Le produit de la quête, lors du culte réunissant l’Eglise réformée et les Eglises évangéliques le 9 janvier, a été reversé à une organisation octroyant des micro-crédits aux femmes de République démocratique du Congo. Le culte du 16 janvier permettra aux pasteurs d’aller prêcher en «terre inconnue», prolongeant ce faisant le temps de l’unité. Ainsi, l’Armée du Salut accueillera le pasteur de l’Eglise «Pentecôte», «Pentecôte» accueillera celui de «La Clairière», etc…
Après tout, la semaine universelle de prière 2011 a pour titre «Unis en prière et en action». Et si l’unité de quelques-uns est ce soir-là réalité, il reste à «faire un pas de plus, grandir sur le chemin de l’unité dans le quotidien. Et le quotidien, c’est demain matin déjà», comme le souligne une intervenante.
Avant de se quitter sur le «Notre Père», les chrétiens évangéliques partagent encore un moment de louange, debout et sur fond de guitare électrique: «Avec ton esprit, nous verrons ta grandeur, nous vivrons l’unité, nous connaîtrons ton cœur, nous serons tes témoins.» En priant pour que, demain matin, «tous soient un». (apic/amc)
Encadré:
C’est avec la création de l’Alliance évangélique mondiale (AEM) (*) qu’est initiée, en 1847, la «semaine universelle de prière». Dès l’origine, les Suisses participent à l’événement qui a lieu traditionnellement la première ou la deuxième semaine de janvier. 60 ans plus tard est célébrée pour la première fois la «semaine de prière pour l’unité des chrétiens» sous le nom d’»Octave pour l’unité de l’Eglise». Depuis lors, les deux semaines se succèdent chaque année au début du mois de janvier.
Bien que de prétention universelle, la «semaine universelle de prière» est aujourd’hui organisée essentiellement par l’Alliance évangélique européenne (AEE), selon Michael Mutzner, secrétaire général adjoint du Réseau évangélique suisse (RES) (**). L’institution fixe les dates de la célébration et délègue à une ou plusieurs Alliances nationales le soin de choisir les textes. Pour l’année 2012, par exemple, ce sont les Alliances belge, française et le RES qui rempliront cette tâche. Quant au thème de la semaine, il est défini en écho à celui de la «semaine de prière pour l’unité de croyants». Ainsi, «Unis dans la prière et dans l’action» répond à «Unis dans l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière».
La semaine universelle de prière en Suisse
Au niveau suisse, la «semaine universelle de prière» est coordonnée par le Réseau évangélique suisse (RES) et son pendant germanophone, la Schweizerische Evangelische Allianz (SEA). Le RES édite une brochure contenant des sujets de méditations et des propositions de prières. Il est du ressort de chaque section locale d’organiser ses propres événements et d’en supporter les coûts.
A Genève par exemple, des soirées de prières sont organisées chaque soir et un culte commun clôt la «semaine universelle de prière». En réponse au thème donné par l’AEE – «Unis dans la prière et dans l’action» -, le Réseau évangélique genevois place cette semaine sous le slogan «Ensemble servir la ville».
Deux semaines de prière distinctes pour l’unité
Mais pourquoi, si l’objectif est l’unité, maintenir un événement propre aux seuls évangéliques? La «semaine universelle de prière» – organisée en 2011 du 9 au 16 janvier – précède directement la «semaine de prière pour l’unité des chrétiens» – du 18 au 24 janvier – coordonnée par le Conseil œcuménique des Églises à Genève et le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens à Rome.
Si le RES avoue ne rien organiser pour la semaine pour l’unité – et ne pas avoir poursuivi de réflexion sur la question au cours des dernières années – il souligne cependant que les Eglises membres sont libres de participer à l’événement œcuménique. Pour Christian Mairhofer, pasteur de l’Eglise «La Clairière», si de nombreux chrétiens évangéliques sont acquis au dialogue œcuménique, il existe encore des résistances dans le milieu. Ce qui expliquer sans doute le maintien d’un événement spécifique.
Malgré la différence dans les dates, la recherche de l’unité est vivante dans le mouvement évangélique, comme, plus généralement, dans le christianisme. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que l’Eglise réformée et l’Eglise catholique étaient dans les prières de protestants évangéliques yverdonnois le 12 janvier et que les différentes Eglises chrétiennes de la ville saisissent de nombreuses autres occasions pour vivre ensemble leur foi, comme le Jeûne fédéral ou le temps de l’Avent.
(*) L’Alliance Evangélique Mondiale (AEM) a pour but d’encourager l’unité des chrétiens évangéliques et de leur donner une identité et une représentation mondiale. L’AEM est un réseau d’Eglises représentant 600 millions de chrétiens dans 128 nations.
(**) Le Réseau évangélique suisse est un mouvement composé de 700 Eglises, paroisses et oeuvres suisses. Il donne une identité, une voix et une plateforme de collaboration aux quelque 250’000 chrétiens de conviction évangélique en Suisse, dont plus de 40’000 en Suisse romande. (apic/amc)



