Dernier acte avant son départ pour la Géorgie

§§§§Rencontre entre le pape et des représentants d’autres religions

De notre envoyée spéciale Caroline Boüan

New Delhi, 8 novembre 1999 (APIC) Le pape Jean Paul II a conclu sa visite en Inde, son 89e voyage hors d’Italie, par une rencontre œcuménique avec des représentants d’autres religions et communautés religieuses – sikh, hindou, musulman, juif, notamment -. Lundi matin, le pape s’est envolé pour la Géorgie, le second pays à majorité orthodoxe que le pape visite, après la Roumanie, en mai dernier.

«La liberté religieuse constitue le coeur des droits humains. Elle est tellement inviolable qu’elle exige qu’une personne ait jusqu’au droit de changer de religion si sa conscience le lui demande», a déclaré Jean Paul II au soir du 7 novembre 1999 dans le Palais des sciences de New Delhi, le «Vigyan Bhawan». Il y rencontrait là des représentants indiens de différentes religions, entourés d’évêques catholiques d’Asie, à la veille de son départ pour la Géorgie.

Arrivé dans la vaste salle de conférence du «Vigyan Bhawan», Jean Paul II a pris place derrière une longue table, au milieu d’une dizaine de représentants religieux, tandis que des petites filles indiennes en uniforme venaient apporter à chacun une rose, et qu’un cierge était solennellement allumé sur un fond de musique indienne. A la gauche du pape se trouvait une personnalité hindoue de New Delhi, qui a chaleureusement accueilli Jean Paul II en lui prenant la main. Le crâne rasé et le torse nu, mais enveloppé d’un tissu orange, il devait faire quelques instants plus tard un discours qui se voulait ouvert et bienveillant. «Nous désirons votre coopération pour faire de notre culture une culture d’amour», a-t-il même assuré à Jean Paul II. «Nous désirons et nous réclamons que vous répandiez notre message d’amour dans tous les pays du monde».

Aux côtés du religieux hindou se trouvaient un imam musulman portant barbe et chapeau noir, puis un sikh, reconnaissable à son turban et au sabre qui pendait le long de sa tunique blanche. Parmi les neuf représentants ayant demandé à prendre la parole se trouvait également le président du Conseil national chrétien de l’Inde, qui a parlé au nom des confessions chrétiennes non catholiques, et un rabbin juif, très enthousiaste dans son accueil du pape et dans son désir de promouvoir le dialogue interreligieux, «si cher au coeur du pape» a-t-il souligné.

Dialogue interreligieux…

Enfin, un prêtre zoroastrien devait proposer, plutôt qu’un discours, de prier pour le pape et les autres personnalités présentes, sous la forme d’un chant monocorde de plusieurs minutes. «Tous les religieux qui ont accepté cette invitation sont évidemment ceux qui sont le plus enclins au dialogue», a fait remarquer à I’APIC l’archevêque indien de Madras, Mgr James Aruldas.

Pour sa part, Jean Paul II a expliqué dans son discours la façon dont il avait conçu personnellement cette rencontre. «Ma présence ici parmi vous, souhaite être un nouveau signe du fait que l’Eglise catholique désire entrer d’une manière toujours intense dans le dialogue avec les religions du monde», a-t-il affirmé. «Elle voit en ce dialogue un acte d’amour qui s’enracine en Dieu lui-même». Le pape a alors insisté sur le fait «qu’aucun Etat ni aucun groupe n’a le droit de contrôler directement ou indirectement les convictions religieuses d’une personne», ni même d’empêcher «l’appel respectueux d’une religion particulière à la libre conscience des personnes».

Pour Jean Paul II, le dialogue interreligieux n’est jamais «une tentative d’imposer nos opinions aux autres», mais il suppose un attachement ferme à ses propres convictions et une écoute respectueuse des autres, «en cherchant à discerner ce qui est bon et saint et ce qui favorise la paix et la coopération».

«Le dialogue interreligieux est un peu notre spécialité et notre défi», a pour sa part déclaré à l’APIC Mgr Ivan Dias, archevêque de Bombay depuis deux ans, et ancien nonce apostolique, notamment en Albanie. «Nous chrétiens, nous pensons que l’Esprit-Saint est à l’oeuvre aussi dans les autres religions, et que chacune possède un rayon de vérité». «Ces rayons de lumière conduisent à la source de cette lumière» a poursuivi l’archevêque. «Les chrétiens affirment que cette lumière est une personne, Jésus, Dieu fait homme». «Nous ne prétendons pas convertir, car seul Dieu convertit les coeurs», a précisé Mgr Ivan Dias. «Nous souhaitons seulement pouvoir expliquer librement notre foi, pour que les gens aient des idées justes sur notre identité». «Cette clarification nous aide aussi à établir de bons rapports avec les membres des autres religions».

Foule bigarrée

Après le départ du pape, les quelques 800 personnes qui avaient participé à cette rencontre ont pu discuter entre eux de manière informelle, dans une atmosphère détendue et même joyeuse. Les religieuses indiennes circulaient avec naturel dans cette foule bigarrée où les jaïnistes ne passaient pas inaperçus, de par les mouchoirs qui leur masquaient la bouche, tandis que les évêques catholiques de rite syro-malankar se distinguaient eux aussi par leurs soutanes jaunes, leurs barbes et leurs voiles noirs brodés. Le Dalaï Lama quant à lui, ne faisait pas partie des personnalités présentes.

L’un des bouddhistes qui le représentait, vêtu de soie jaune et d’une étole rouge, a rappelé que le leader tibétain avait vu le pape sur la place Saint-Pierre quelques jours auparavant, lors de la rencontre interreligieuse conclue au Vatican le 28 octobre. Une rencontre du reste mentionnée par Jean Paul II dans son discours quelques minutes plus tôt. «En ce qui me concerne, je suis Indien civilement mais je suis tibétain religieusement et culturellement», a encore relevé ce même représentant bouddhiste. Lui-même avait déjà rencontré le pape lors de son premier voyage en Inde en février 1986, à quelques mois de la rencontre interreligieuse d’Assise le 27 octobre de la même année.

En route pour la Géorgie

C’est donc après quelques moments de salutations et d’échanges spontanés que les membres des grandes religions présentes en Inde ont quitté le «Vigyan Bhawan». La nuit était déjà tombée, et les pétards et les lumières annonçaient dans la capitale indienne les premiers signes de la fête du Diwali. Quant à Jean Paul II, il a rejoint la nonciature pour y passer la dernière nuit de son séjour dans la capitale indienne, avant de se rendre à l’aéroport de New Delhi pour une brève cérémonie, et se s’envoler pour la Géorgie, une autre visite controversée par les ultra-orthodoxes. Pour son premier déplacement dans ce pays, Jean Paul II doit aller à la rencontre des chrétiens orthodoxes dans un pays où les catholiques ne sont guère plus de 100’000 sur une population de 5,5 millions d’habitants. (apic/imed/pr)

8 novembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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