Renouveau charismatique, après les réticences, la reconnaissance

30’000 participants issus de 127 pays, dont près de 600 prêtres et 50 évêques, ainsi que deux cardinaux, participent du 31 mai au 4 juin à Rome au Jubilé d’Or du Renouveau charismatique, qui fête ses 50 ans. Cath.ch a rencontré à cette occasion Jean-Charles Paté, responsable avec son épouse Pascale du Convict Salesianum à Fribourg, un foyer qui accueille une centaine d’étudiants suisses et étrangers.

Agé de 72 ans et père de 3 enfants adultes, Jean-Charles Paté est né à Epinal et a passé son enfance à Saint-Dié-des-Vosges, capitale du Massif Vosgien, avant d’étudier l’économie politique à Nancy et à Paris. Après 18 ans d’activités dans une banque de la capitale, il rejoint la Communauté du Chemin Neuf, une communauté catholique à vocation œcuménique. Présente au Salesianum à la demande des évêques suisses depuis juillet 2012, cette communauté est née en 1973 d’un groupe de prière charismatique à Lyon. Elle assure la gestion et l’animation du foyer d’étudiants et propose à ceux qui le souhaitent soirées et week-ends pour approfondir la foi chrétienne.

Né dans la mouvance évangélique pentecôtiste

Né en 1967 aux Etats-Unis dans la mouvance évangélique pentecôtiste, le Renouveau charismatique catholique a ensuite essaimé dans le monde entier. En novembre dernier, dans l’avion qui le ramenait de sa visite pastorale en Suède, le pape François avait témoigné de ses réticences à l’égard des mouvements charismatiques lorsqu’il était provincial des jésuites en Argentine.

A cette époque, il avait interdit à ses confrères jésuites d’avoir des liens avec les charismatiques. «Et j’ai dit publiquement que quand on faisait une célébration liturgique il fallait faire une chose liturgique et non une ›école de samba’. C’est ce que j’ai dit. Et aujourd’hui je pense le contraire, quand les choses sont bien faites!»

Jean-Charles Paté, dans la chapelle du foyer d’étudiants au Salesianum à Fribourg (Photo: Jacques Berset)

Que pensez-vous de ce revirement au cours des dernières décennies? Les charismatiques se seraient-ils assagis depuis leur fondation il y a 50 ans? Rappelons qu’au début, dans l’Eglise, les charismatiques ont pu paraître «exotiques», notamment avec leur exubérance et surtout leur «parler en langues»…

J.-C. P.: Il faut d’emblée souligner que le «parler en langues» n’est que le plus petit des dons du Saint-Esprit… Je crois cependant que nous sommes depuis longtemps parfaitement acceptés et intégrés dans l’Eglise. En bon jésuite, le pape François discerne et reconnaît l’arbre à ses fruits, sinon il ne nous aurait pas invités à Rome pour notre Jubilé d’Or. Nous ne sommes pas exclusifs: il y a d’autres expressions de la foi et nous n’avons pas l’exclusivité du Saint-Esprit!

Quels sont les fruits visibles du Renouveau ?

Les fruits du baptême dans l’Esprit Saint – qui n’est pas un nouveau sacrement, mais un renouvellement des promesses du baptême – sont dans la logique de la Pentecôte, notamment le partage des biens et la prière communautaire.

Le mouvement du Renouveau charismatique au sein de l’Eglise catholique est porteur d’un grand élan missionnaire. Il a produit de nombreuses vocations nouvelles de tous genres: prêtres, religieuses et religieux, ainsi que célibataires et couples consacrés au service de l’Eglise. C’était nouveau pour l’Eglise catholique, mais cela existait déjà dans les Eglises protestantes, qui ont connu un mouvement de réveil dès le XIXe siècle.

Il y avait le risque, pour l’Eglise catholique, que le Renouveau charismatique s’en détache pour rejoindre des Eglises évangéliques, par exemple, ou qu’il fasse bande à part. Mais cela ne s’est pas réalisé.

On se souvient qu’en 2015, la Conférence des ordinaires romands (COR) avait souhaité qu’Henri Lemay, un prédicateur issu du renouveau charismatique canadien qui donne des sessions sur la guérison, s’abstienne «de tout enseignement et prédication en Suisse romande»…  N’y a-t-il plus aujourd’hui de risques de dérive?

J.-C. P.: Ne connaissant pas la situation, je ne peux pas en juger. Il revient aux évêques de discerner. Nous ne sommes pas des rebelles et nous devons rester dans l’obéissance. Certes, Jésus, lors de sa vie sur terre, a fait de nombreuses guérisons. Il y a effectivement des lieux où se vivent des guérisons, à l’exemple de Lourdes.

Ce charisme de guérison existe et il est pratiqué de façons diverses et variées selon les lieux. Il existe des communautés où l’on prie pour la guérison, où l’on demande au Seigneur de guérir telle ou telle personne. Nous devons rester dans l’écoute de la volonté de Dieu. Le risque du vedettariat du thaumaturge existe, c’est un fait, mais le remède est la soumission au discernement de l’Eglise.

Le pape François appelle le Renouveau charismatique à être toujours plus inclusif notamment envers les plus pauvres ou à travers l’œcuménisme. Que faites-vous dans ce sens?

J.-C. P.: Le Chemin Neuf compte près de 2’000 membres permanents dans vingt-six pays, et 12’000 personnes au service des missions de la communauté. Les situations sociales sont très diversifiées. Nous sommes présents dans des situations de pauvreté, en Afrique, par exemple, ou aux Philippines, où nous avons un grand foyer à Manille.

En Suisse, par contre, nous avons peu d’activités spécifiques s’adressant directement aux pauvres, même si la dimension de la pauvreté est présente dans nos sessions et nos week-ends de formation. Nous ne sommes qu’une quinzaine, dont 3 couples mariés, à Fribourg, au Flüeli-Ranft (OW), où nous sommes depuis septembre 2014, à la demande de la paroisse de Sachseln, au service des pèlerins, et à la Maison d’accueil Kloster Bethanien, à St. Niklausen (OW).

On note la présence au Jubilé à Rome de délégations d’évangéliques et de pentecôtistes. Qu’en est-il en Suisse romande, et en particulier à Fribourg, de ce que l’on nomme chez les charismatiques l’œcuménisme spirituel, la grâce d’un œcuménisme de prière et d’amitié spirituelle ?

J.-C. P.: L’œcuménisme et la recherche de l’unité étaient sur les fonts baptismaux de la Communauté, dès notre fondation à la Montée du Chemin-Neuf, une rue du quartier du Vieux Lyon d’où vient notre nom. Dès le départ, il y avait dans le groupe de prière deux novices jésuites et des protestants.

Nous sommes une communauté catholique à vocation œcuménique, accueillant des réformés, des évangéliques, aussi des luthériens en Allemagne, par exemple, des anglicans en Grande-Bretagne, etc.

En Suisse, des protestants sont membres du Chemin Neuf. On prie ensemble, mais il n’y a en principe pas d’intercommunion, sauf dans certaines circonstances où l’évêque donne la permission de façon exceptionnelle. Nous avons tous les matins une prière particulière pour l’unité des chrétiens.

Depuis 50 ans, on parle du «Renouveau». Au fond, qu’ont renouvelé les charismatiques dans l’Eglise ? Ont-ils apporté de la sève, du sang neuf ?

J.-C. P.: Effectivement, ce mouvement a rendu la foi plus vivante, plus expressive, avec un goût pour la Parole de Dieu, la recherche de la vie communautaire, la découverte de la Bible, la prière personnelle. Cela a eu des conséquences pour des pans entiers de la vie de l’Eglise.  JB


Qu’est-ce que le renouveau charismatique?

Le renouveau charismatique est une «mouvance» qui traverse l’ensemble de l’Eglise catholique, ainsi que les autres dénominations chrétiennes, écrit le «Renouveau dans l’Esprit Saint de l’Eglise catholique en Suisse romande. «Ce n’est pas un mouvement organisé, suscité par la hiérarchie ecclésiale ou par un fondateur, même si pour grandir et agir, des moyens de liaison, de discernement et de coordination ont été mis en place afin d’assurer l’union des groupes de prière et permettre de vivre les grâces du Renouveau en pleine communion avec l’Eglise. Il ne s’agit pas d’une spiritualité à côté d’une autre» peut-on lire sur le site

La démarche de l’effusion de l’Esprit est un point primordial dans la pédagogie du Renouveau, appelé également Renouveau charismatique. «Le Renouveau s’applique à manifester plus particulièrement le mystère de la Pentecôte aujourd’hui. A la base, se trouve une expérience joyeuse de la grâce de Dieu qui conduit le chrétien à puiser à la richesse du christianisme, non par obligation ou par la force, mais parce qu’il se sent attiré».

Un engagement à suivre Jésus dans toute sa vie

«La démarche de l’effusion de l’Esprit souligne que l’on ne se contente pas d’être un chrétien de nom, mais que l’on s’engage à suivre Jésus dans toute sa vie avec le zèle et la force dont nous revêt l’Esprit. Cette redécouverte de l’action de l’Esprit Saint est un appel à  laisser se déployer en nous la grâce de notre baptême et de notre confirmation».

«Le Renouveau  a fait réapparaître dans l’Eglise les charismes de la Pentecôte qui s’étaient perdus, et a constitué d’une certaine manière ‘la réponse de Dieu à la prière du pape Jean XXIII pour une nouvelle Pentecôte’ faite au début du Concile Vatican II. On peut parler, dira Jean Paul II, d’une grâce venue à point pour sanctifier l’Eglise, y renouveler le goût de la prière, faire redécouvrir, avec l’Esprit Saint, le sens de la gratuité, de la louange joyeuse, de la confiance dans l’intercession et devenir une source d’évangélisation».  JB


Un foyer d’étudiants au cœur de Fribourg

Le Salesianum, accueille près de 100 étudiants provenant des grandes régions linguistiques de la Suisse et des étudiants étrangers. A la demande de la Conférence des évêques suisses, la Communauté du Chemin Neuf, dont la responsable en Suisse est Sœur Christa Fuchs, au couvent des dominicaine de Bethanien, à St. Niklausen (OW), assure la gestion et l’animation de l’hôtellerie, et propose à ceux qui le souhaitent soirées, week-ends et retraites pour approfondir la foi chrétienne. (cath.ch/be)

 

 

Jean-Charles Paté, responsable avec son épouse Pascale du foyer d'étudiants au Salesianum à Fribourg (Photo Jacques Berset)
2 juin 2017 | 00:02
par Jacques Berset
Partagez!