Allemagne: Les fidèles ne tiennent pas compte de l'enseignement de l'Eglise sur la sexualité
Réponse des catholiques au questionnaire sur la famille: l’Allemagne comme la Suisse
Bonn, 6 février 2014 (Apic) Le questionnaire élaboré par le Vatican en vue du synode sur la famille, qui se déroulera à Rome du 5 au 19 octobre prochain sur le thème des «défis pastoraux de la famille dans le contexte de la nouvelle évangélisation», a réservé pas mal de surprises, en Allemagne comme en Suisse. Les évêques allemands constatent ainsi que l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité ne joue quasiment plus aucun rôle dans la vie quotidienne de nombreux catholiques.
Les évêques allemands relèvent qu’il existe parmi les catholiques allemands une «impression générale que l’Eglise a un comportement impitoyable à l’égard des divorcés remariés». Ils plaident par conséquent pour un changement de cap en ce qui concerne l’approche de l’échec de l’union conjugale. Les catholiques allemands estiment que la morale sexuelle prônée par l’Eglise catholique est «éloignée de la vie réelle», tant des croyants que des non croyants. Les évêques reconnaissent que les affirmations de l’Eglise, que ce soit sur les rapports sexuels avant le mariage, l’homosexualité, les divorcés remariés ou la contraception, ne rencontrent que très peu d’adhésion auprès des fidèles, «quand elles ne sont pas rejetées en bloc».
Oui à la reconnaissance juridique des homosexuels, non au mariage gay
L’enquête menée auprès des catholiques allemands montre un point de vue différencié sur la question du statut juridique des homosexuels. Une majorité des sondés considèrent comme une «nécessité de justice» de reconnaître juridiquement ces communautés de vie et de respecter les homosexuels. Une ouverture de l’institution juridique du mariage aux unions de même sexe est par contre «largement rejetée» par une majorité de catholiques.
Les réponses en provenance des 27 diocèses allemands et d’une vingtaine d’associations et institutions catholiques, montrent la nécessité de trouver de nouvelles voies pour transmettre la morale sexuelle de l’Eglise catholique. Pour que leurs confrères d’autres parties du monde puissent lire ces réponses, la Conférence épiscopale allemande a décidé d’en publier une synthèse sur son site internet (www.dbk.de) en anglais et en italien.
Les résultats montrent une nette divergence entre ce que l’Eglise enseigne en matière de mariage, de sexualité et de vie familiale, et ce qu’en pensent les catholiques à la base, même ceux qui sont actifs dans la vie paroissiale. Le questionnaire, tout en étant critiqué par certains comme étant «difficilement compréhensible», a suscité un grand intérêt parmi les fidèles et les organisations catholiques.
L’enseignement de l’Eglise sur le mariage et la famille en perte de vitesse
Les évêques, analysant la perte de signification auprès des fidèles de l’enseignement de l’Eglise sur le mariage et la famille, mettent en cause les changements de société, mais également les déficits dans leur propre pastorale. Le langage des documents ecclésiaux est devenu une langue incompréhensible pour nombre de fidèles. La sécularisation de la société, le pluralisme et l’individualisme croissant ainsi que la flexibilisation du marché du travail qui déchire de plus en plus les familles, mettent en cause le modèle traditionnel de la famille.
Le comité permanent de la Conférence épiscopale a présenté les résultats à la presse le 3 février dernier à Bonn. Début janvier, les réponses, soit plus de 1’000 pages ont été analysées et une synthèse en a été préparée.
Les catholiques qui ont répondu au questionnaire saluent notamment l’offre de la pastorale des familles et de la pastorale sacramentelle. Les fidèles évoquent de façon détaillée les défis représentés par la transmission de la foi et l’éducation chrétienne dans les familles.
Par contre, les catholiques allemands sont loin de tous comprendre et accepter la morale sexuelle prônée par l’Eglise. Ils considèrent les personnes mariées vivant séparées et les personnes divorcées remariées comme faisant naturellement partie de la réalité pastorale en Allemagne.
L’encyclique «Humanae vitae» est rejetée
Les évêques constatent, en ce qui concerne la contraception, une «grande différence» entre la doctrine officielle et ce qu’en pensent les fidèles. L’encyclique «Humanae vitae» de 1968, qui prohibe l’utilisation de méthodes artificielles de contraception, est rejetée par la grande majorité des catholiques. Ils la qualifient d’»incompréhensible» et n’en tiennent pas compte dans la pratique. Par contre, sur l’avortement, les catholiques, dans leur grande majorité, partagent la même ligne que le magistère de l’Eglise.
La plupart des catholiques allemands «ne comprennent pas» l’exclusion des divorcés remariés des sacrements, relève la synthèse des évêques allemands. Ils demandent à la place une «pastorale de respect de la décision de conscience de l’individu» et une approche miséricordieuse face à l’échec, «qui permette également la réadmission aux sacrements».
Même atmosphère chez les catholiques autrichiens
En Autriche, l’Eglise catholique a reçu plus de 34’000 réponses au questionnaire, et les résultats sont pour la plupart de la même veine qu’en Allemagne ou en Suisse. Un fort pourcentage signale que l’Eglise ne prend pas assez au sérieux la réalité de l’échec dans le mariage et la famille. Dans ce pays aussi, la grande majorité des catholiques demandent que les divorcés remariés aient à nouveau accès aux sacrements de la communion et de la pénitence. Cette majorité rejette également la position de l’Eglise sur les moyens de contraception artificiels. Pour la grande majorité des catholiques autrichiens, la planification familiale est de la responsabilité des parents. (apic/kna/kpr/be)



