Umberto Bossi fâche tout le monde
Réponse des prélats romains aux déclarations du ministre sur la richesse de l’Eglise
Rome, 1er mars 2004 (Apic) Les prélats italiens répondent aux attaques d’Umberto Bossi, ministre des Réformes, contre l’Eglise catholique et le pape, dans la presse italienne du 1er mars 2004. Le ministre et chef de la Ligue du nord s’en est pris à l’impôt versé en Italie à l’Eglise.
Les propos du ministre sur l’impôt versé en Italie à l’Eglise, le dimanche 29 février, et reproduits dans la presse le lendemain, ont déclenché une vive polémique au sein du Vatican et de la coalition gouvernementale italienne, dirigée par Silvio Berlusconi.
Le cardinal Attilo Nicora, président de l’Administration du patrimoine du siège apostolique a ouvert les feux: «Je suis aussi Lombard et je sais que les sentiments exprimés par l’honorable Bossi ne sont pas ceux de nos populations», a commenté. «Il n’apporte aucun argument juridique, ni politique ou culturel. Nous sommes sur le plan de l’insulte et je ne m’abaisserai pas à ce niveau», a conclu le cardinal.
Quant au cardinal Achille Silvestrini, préfet émérite de la Congrégation pour les Eglises orientales, il déclare: «Je suis de Romagne, mais je dois dire qu’un tel sentiment anti-romain, qui prétend réduire l’Eglise à la pauvreté, ne se retrouve pas non plus dans ma région, qui pourtant a connu une longue période d’anticléricalisme politique».
«Je suis scandalisé par le fait qu’aucun des catholiques qui votent pour la Ligue ne se sente choqué par la manière peu correcte avec laquelle elle aborde les questions ecclésiastiques et pontificales», déclare pour sa part le cardinal Sergio Sebastiani, président de la Préfecture des affaires économiques du Saint-Siège.
Mgr Giuseppe Casale, archevêque émérite de Foggia, déclare quant à lui: «Que le seigneur me pardonne, mais après les dernières manifestations de Bossi, je ne peux pas faire autre chose que de dire : arrêtez Bertinotti.»
Bossi veut couper les «huit pour mille» à l’Eglise
Le ministre Umberto Bossi a déjà critiqué l’Eglise catholique, samedi 28 février à Padoue. Quelques jours après le 20e anniversaires des accords entre le Saint-Siège et l’Italie – Accords de la Villa Madame du 18 février 1984 – Umberto Bossi a proposé de couper la petite fraction de l’impôt versée en Italie à l’Eglise. Une taxe connue sous le nom de «huit pour mille», invitant le clergé à retrouver la voie de la pauvreté. «Nous devons arrêter de payer les huit pour mille à l’Eglise, remettre les prêtres nu- pieds et leur donner la possibilité de devenir des franciscains», a-t-il lancé à des journalistes. «C’est comme cela que l’Eglise sera sauvée», a poursuivi Umberto Bossi, jugeant «scandaleux et inacceptable que des cardinaux vénèrent le dieu argent», a-t-il conclu, en accusant en outre une partie de la Curie romaine d’être favorable à la gauche.
Quelques jours plus tôt, la Ligue du nord s’en était prise à Jean Paul II, jugeant «inquiétant» qu’il ait prononcé quelques mots en dialecte romain en recevant le clergé de Rome le 26 février 2004. Le pape avait notamment prononcé en dialecte romain les paroles: «Nous sommes Romains». La Ligue du nord y a vu un signe de la collusion entre l’Eglise et la politique de la capitale, qu’elle ne cesse de dénoncer, rendant «Rome la voleuse» responsable de tous les maux du pays.
Les débordements verbaux de Bossi et de la Ligue, vivement critiqués dans l’opposition, ont aussi provoqué de vifs remous dans la majorité au pouvoir. «Le problème n’est pas de prendre des ressources à l’Eglise. Il est que M. Bossi retrouve ses sens», a ainsi déclaré Marco Follini, chef des démocrates-chrétiens de l’UDC, l’une des composantes de la coalition. Silvio Berlusconi a, jusqu¹à présent, gardé le silence sur les propos du chef de la Ligue du nord. (apic/imedia/vb)



