Report de la campagne d’automne de D&P, jugée «trop politique»

Canada: Les évêques font à nouveau pression sur «Développement et Paix»

Montréal, 24 septembre 2012 (Apic) Quelques évêques canadiens ont une nouvelle fois fait pression sur «Développement et Paix» (D&P), l’organisation catholique canadienne pour le développement et la paix. Ils jugent que la campagne d’automne de D&P est, cette année, «trop politique». D&P, l’organisme officiel de solidarité internationale de l’Eglise catholique au Canada, également membre de Caritas Internationalis, a décidé de reporter sa campagne.

La traditionnelle campagne d’automne, intitulée cette année «Agissons pour la justice», n’a pourtant rien de révolutionnaire. Elle voulait distribuer des cartes postales destinées au Premier ministre Stephen Harper, l’exhortant à repenser l’aide canadienne au développement, notamment en créant un comité parlementaire spécial chargé de réfléchir à l’avenir de cette aide. D&P avait lui-même été lourdement pénalisé par les processus d’octroi de fonds par l’Agence canadienne de développement international (ACDI). L’organisme catholique, qui recevait 8 millions de dollars canadiens par année de la part du gouvernement, n’en reçoit plus que 3. La nouvelle, tombée en mars dernier, a fait mal à D&P, puisque l’apport gouvernemental constituait 40% de son budget annuel.

Les évêques n’imposent pas l’annulation, mais…

Le 5 septembre dernier, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), Mgr Richard Smith, accompagné du secrétaire général et de ses deux adjoints, a convoqué trois dirigeants de D&P, dont le directeur général, Michael Casey, et le président, Ronald Breau. Au cours de la rencontre, Mgr Smith a indiqué aux représentants de l’organisme qu’une partie de l’épiscopat canadien avait des réticences face à l’imminente campagne d’éducation, qui leur paraissait «trop politique». Sans imposer l’annulation ou le report de la campagne de D&P, Mgr Smith a clairement fait comprendre que si l’organisme choisissait d’aller de l’avant, plusieurs évêques ne lui apporteraient pas leur appui.

Ces campagnes d’automne ont déjà exercé des pressions sur le gouvernement canadien dans divers dossiers, notamment concernant l’industrie extractive (mines, pétrole et gaz) et ou le domaine de la militarisation. Au cours des dernières années, les évêques s’étaient bien gardés d’indiquer qu’ils souhaitaient effectivement mettre l’organisme sous tutelle. En revanche, ils ont indiqué leur intention de clarifier certains aspects de l’action de D&P.

En ce mois de septembre, tout était prêt pour le lancement: l’ensemble du matériel visuel, de même que des formations, étaient en attente de déploiement. Mais le 5 septembre dernier, les évêques ont fait part de leurs réticences aux dirigeants de D&P.

«Ils étaient préoccupés par la campagne. Ils craignaient que les actions proposées soient plus politiques qu’éducatives. Ils estimaient notamment qu’une telle approche n’était pas appropriée pour les paroisses», explique Michael Casey, directeur général de D&P. Selon M. Casey, il ne s’agissait pas d’une interdiction stricto sensu, mais le message n’était pas moins clair pour autant.

Pas touche à Stephen Harper ?

Des évêques se sont effectivement opposés au lancement de la campagne d’éducation automnale de leur organisme D&P. Parmi le matériel éducatif qui ne sera pas déployé, il y avait notamment une carte postale destinée au Premier ministre Stephen Harper, au ton tout à fait serein, qui demandait la mise sur pied d’un comité parlementaire spécial pour réfléchir collectivement à l’avenir de l’aide canadienne au développement.

«Des changements profonds et soudains au programme international viennent ternir la réputation du Canada et limiter sa capacité à répondre aux besoins des populations pauvres des pays du Sud», peut-on lire sur la carte postale. Elle rappelle que l’Agence canadienne de développement international (ACDI), mise sur pied pour venir en aide aux populations pauvres, n’a pas été épargnée par ce revirement majeur.

«Le budget de l’ACDI a été réduit et elle doit maintenant suivre de nouvelles orientations qui changent la façon dont l’aide au développement international sera appliquée. Ces changements affecteront le partenariat de longue date que l’ACDI a établi avec les organisations de la société civile du Canada ainsi que sa principale raison d’être qui devrait être la réduction de la pauvreté».

Décision a été prise de «reporter» la campagne et toutes les sessions de formation prévues dans le cadre de cette campagne sont également reportées. Le public ignore toujours ce qui adviendra du demi million de documents éducatifs déjà imprimés par «D&P». La Conférence épiscopale catholique canadienne (CECC) n’a toujours pas émis de déclaration publique dans ce dossier. Il semble que les évêques s’inquiètent que le dialogue continu entre l’Eglise catholique et le gouvernement du Canada sur d’importantes questions d’actualité sensibles puisse être compromis par la campagne de D&P. Son président, Ronald Breau, reconnaît également que les dirigeants de D&P sont conscients du fait que leur décision décevra plusieurs membres actifs et engagés.

Mécontentement à la base

Diverses voix se sont déjà fait entendre pour déplorer cette nouvelle intervention épiscopale, qui a entraîné une certaine confusion. «C’est l’action des laïcs qui est en jeu», affirme ainsi Claude Lacaille, un prêtre québécois qui avait durement critiqué l’épiscopat canadien il y a deux ans alors que l’organisme était vilipendé par des groupes de tendance conservatrice qualifiés de «pro-vie». Ces mouvements accusaient l’œuvre d’entraide catholique de ne pas respecter à la lettre les enseignements de l’Eglise dans certains de ses projets de développements, notamment au Mexique. Le prêtre voit dans une telle intervention des évêques canadiens une tentative de mettre l’organisme sous leur tutelle. (apic/rvm/be)

24 septembre 2012 | 15:55
par webmaster@kath.ch
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