Quiconque possède un fusil dicte sa loi

République centrafricaine: Chaos et anarchie

Ougo, Centrafrique, 8 février 2007 (Apic) L’état d’abandon dans lequel se trouve depuis au moins trois ans le Nord de la République centrafricaine a transformé cette zone du pays en une terre sans foi ni loi.

Villages abandonnés, population civile soumise au racket, aux agressions et exactions de quiconque possède un fusil, routes dangereuses et pillages répétés. L’état d’abandon dans lequel se trouve depuis au moins trois ans le Nord de la République centrafricaine a transformé cette région en une zone de non droit où des groupes et individus armés font régner la logique de la terreur.

«Le banditisme a toujours existé dans la région, mais après le coup d’État qui a amené au pouvoir François Bozizé, l’actuel président centrafricain, le nombre de personnes qui possèdent une arme a beaucoup augmenté» raconte une source de l’agence italienne MISNA contactée sur place. République centrafricaine: Chaos et anarchie» ajoute la même source. «Il est difficile de savoir si ces bandits sont de simples délinquants , des rebelles, des mercenaires ou des groupes venant de pays voisins. L’armée régulière est peu présente, et évite l’affrontement avec ces individus. Et si affrontement il y a, «c’est encore pire» dit encore l’interlocuteur qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité.

«De temps en temps les autorités lancent des opérations de police, surtout une fois que les rebelles sont passés, et alors ce sont les civils qui en font les frais. Les villages sont incendiés, les habitants brutalisés voire tués parce qu’ils sont accusés d’être des collaborateurs» ajoute encore la source. Selon les dernières estimations des Nations Unies, au moins 70’000 Centrafricains sont réfugiés dans deux pays limitrophes, le Tchad et le Cameroun, et 150’000 civils sont des déplacés internes . Les villageois préfèrent aller vivre dans les villes plus grandes où ils se sentent un peu plus en sécurité. Ils vont chez des parents ou se regroupent aux abords des grands centres, tels que Bouar, Bozou, Bossangoa et Batangafo.

«Il suffit de sortir de la ville pour tomber sur une embuscade ou des coupeurs de route» poursuit ce témoin. Une agression à main armée s’est même produite au dépens du Frère italien Norberto Munari près d’Ougo (d’où part la seule piste praticable en voiture pour le Sud). Les bandits lui ont volé ce qu’il avait sur lui, sans le blesser toutefois, mais cette agression est symptomatique de l’insécurité qui n’épargne personne. La nouvelle émane du Centre de coopération missionnaire des Frères capucins.

«Pour nous, c’est un peu normal, nous n’y faisons plus attention – raconte un missionnaire contacté dans le Nord du pays – mais ce sont les Centrafricains qui souffrent le plus de cette situation, c’est invivable. Autrefois Ougo était un grand village, aujourd’hui il est presque réduit au néant. Les capucins y avaient un grand dispensaire, dans lequel ils avaient lutté, aux côtés de l’Organisation mondiale de la Santé, contre la maladie du sommeil, et qui était très important pour les populations des zones rurales frontalières.

Mais les attaques et les pillages l’ont quasiment fait mourir» déclare encore le témoin de MISNA. Des décennies de conflits armés et d’instabilité politique ont freiné le développement de ce pays, l’un des plus pauvres du monde, privé d’infrastructures et de services de base. L’ONU est en train d’étudier la possibilité d’envoyer une mission de maintien de la paix dans le nord et dans l’est du Tchad, pays frontalier. Il y a quelques mois, après avoir été en mission dans le Nord du pays, Ibrahima Fall, envoyé de l’ONU en Centrafrique, avait déclaré que le pays avait besoin d’une assistance internationale urgente et que la situation, très grave, risquait d’empirer pour les civils. (apic/misna/vb)

8 février 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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