Exactions quotidiennes contre la population civile
République démocratique du Congo: Les religieux de Kisangani dénoncent Kigali et le RCD
Kisangani, 12 février 2002 (APIC) Un groupe de religieux de l’archidiocèse de Kisangani, en zone occupée de la République démocratique du Congo, dénonce les exactions des rebelles du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) et du gouvernement rwandais de Paul Kagame à Kigali.
Selon des sources religieuses sur place, la situation est dramatique pour les populations de Goma suite l’éruption du volcan Nyiragongo. Le Rwanda exige en effet que l’aide internationale transite par Kigali, alors que des avions cargo pourraient atterrir à Goma. «Le transport de cette aide doit se faire par route et une grande partie est retenue au Rwanda. On vend au marché de Kigali des caisses jaunes (kits) destinées au sinistrés.»
Le RCD rançonne les ONG
Depuis le samedi 2 février, le RCD exige des taxes de 50% sur toute aide apportée par les ONG. Aussi plusieurs ONG ont-elles arrêté l’aide et sont reparties: les Allemands qui travaillaient aux routes, d’autres qui travaillent pour le ravitaillement en eau, le ravitaillement en médicaments… Le RCD essaie de faire partir le plus de gens possible de Goma vers le nord (Beni) ou vers le sud (Bukavu) en leur rendant la vie impossible dans le but de mettre d’autres personnes à leur place à Goma. «Il y a chantage et insécurité pour rendre la situation impossible et faire fuir les gens en les décourageant et les empêchant de reconstruire», dénoncent des sources religieuses qui doivent garder l’anonymat pour raison de sécurité.
Lorsque des habitants de Goma réfugiés près de Gisenyi, au Rwanda, ont voulu quitter le camp, des soldats ont arrêté et emprisonné 50 hommes en leur disant «Puisque vous voulez rentrer à Goma, vous êtes des Interhamwe (les miliciens hutus qui ont participé au génocide au Rwanda)». A Kisangani, les religieux dénoncent le sort fait au journaliste Pierre Komba, de la chaîne catholique «Radio télévision Amani» (RTA), et les vexations auxquelles sont soumis quotidiennement les civils dans la partie orientale de l’ex-Zaïre aux mains des rebelles du RCD et des troupes rwandaises.
Dans une lettre adressée au vice-gouverneur de la Province Orientale, les religieux font part de leur indignation face aux graves menaces visant Pierre Komba. Le journaliste a été l’objet d’au moins trois tentatives d’enlèvement de la part des forces de sécurité. Des agents inconnus, dont l’un portait un uniforme, s’en sont même pris à sa famille et ont menacé de mort sa femme et son jeune enfant. Komba est recherché pour avoir publié des articles «osant» relever le manque d’hospitalité accordée par le Rwanda aux sinistrés de l’éruption du volcan Nyiragongo fuyant Goma, rapporte l’agence d’information missionnaire MISNA à Rome.
Des vivres convoités par l’armée rwandaise
MISNA relève que pour les religieux, ces informations nuisent à l’image du régime de Kigali et «dénoncent implicitement la manipulation des aides internationales que Kigali et le même RCD ont l’intention de perpétrer». Kigali demande de stocker les vivres dans des magasins situés des deux côtés de la frontière. «Les gens savent très bien que le dépôt situé sur le tronçon Gysenyi-Ruhengeri sera réservé exclusivement à l’armée rwandaise qui poursuit quotidiennement les civils hutus réfugiés au Congo sous prétexte qu’ils sont des Interhamwe».
«Chaque jour, affirment les religieux, les droits fondamentaux des individus sont violés par le mouvement armé qui, hypocritement, s’appelle lui-même ’Rassemblement Congolais Démocratique’, mais qui en réalité ne fait rien d’autre que de perpétuer les habitudes répressives de l’époque de l’ex-dictateur Mobutu Sese Seko». Les religieux de l’archidiocèse de Kisangani exigent que l’on garantisse la sécurité de Pierre Komba et de sa famille. Ils en rejettent, en cas d’agression, la responsabilité sur les autorités locales, qui devront en répondre devant l’opinion publique nationale et internationale. (apic/anb-bia/misna/be)



