France: Les Eglises s’invitent au G20

Responsabilisation des acteurs étatiques et financiers

Cannes, 3 novembre 2011 (Apic) L’observatoire socio-politique du diocèse de Fréjus-Toulon et l’association des économistes catholiques (AEC) s’invitent au sommet du G20 à Cannes. Elles dévoileront dans la soirée du 3 novembre le fruit de leur réflexion conjointe pour sortir de la crise financière. Elles demandent la responsabilisation des acteurs étatiques et financiers de la crise.

Les Eglises catholique et protestante lancent un appel au G20 pour lutter contre la pauvreté. «Notre but est de mettre en avant, à la lumière de la doctrine sociale de l’Église, les dysfonctionnements du système financier qui repose sur des bases ni bonnes, ni justes, afin de trouver ensuite les solutions adéquates» indique Cyril Brun, directeur de l’observatoire. Jean-Yves Naudet, qui dirige l’AEC y voit le moyen de souligner la dimension éthique de la crise financière.

«Les désordres financiers actuels sont le résultat de règles, de pratiques et d’institutions injustes, qui ont créé une culture de l’irresponsabilité», notent-ils. «Chacun est responsable. Les traders spéculent à court terme sans se poser de questions. Les banques centrales et la commission européenne n’ont pas sanctionné les États qui ont violé les règles européennes encadrant l’endettement et les déficits publics. Leur action est contraire à la morale qui veut qu’on dépense ce que l’on gagne et injuste car le poids de la dette est reporté sur les générations futures», résume Jean-Yves Naudet, professeur d’économie à l’université d’Aix Paul Cézanne.

Pour y remédier, les économistes catholiques estiment «urgent de rétablir dans le secteur financier les règles de responsabilité» : «Certaines banques ont fait des investissements hasardeux en comptant sur la recapitalisation des États en cas de perte. Des règles doivent être définies pour qu’elles soient supportées par leurs actionnaires. Si leur mauvaise gestion n’est pas sanctionnée, la justification morale de leur rémunération n’existe plus», affirme Jean-Yves Naudet.

Mesures immédiates contre la spéculation

Selon Pierre de Lauzun, directeur général délégué de la Fédération française des banques, cette conversion à la responsabilité ne pourra pas s’exonérer d’une prise de conscience morale collective : «Il faut que les gens admettent que leur comportement obéit à des règles morales et qu’ils en assument les conséquences. Par exemple, un trader responsable n’achètera pas des actions pour alimenter une bulle spéculative».C’est bien le sens de l’appel à l’» alter humanisme» que lance l’Église du Var, pour qui la crise financière est avant tout «une crise de l’homme, de l’État et du rôle de l’économie «.

«Penser une réforme financière sans faire la vérité» sur ces trois éléments revient à «vouer à l’échec toute tentative», note le texte. Pour qu’émerge une économie «juste et responsable», l’Église varoise estime que «toute activité économique doit donc avoir pour norme l’adéquation entre ce qui est fait et ce qui est dû».

«Il convient de remettre l’homme au centre de l’économie à travers la définition de cadres éthiques au-delà desquels la finance est injuste, c’est-à-dire, ne sert plus le bien de chaque homme», affirme Cyril Brun. L’État, garant du bien commun veillera à ce que le bien privé ne se fasse jamais à son détriment et qu’il lui soit ordonné. Avec une demande immédiate à savoir l’adoption de mesures «tendant à limiter les pratiques spéculatives». (apic/ag/js)

3 novembre 2011 | 14:08
par webmaster@kath.ch
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